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Des tubes pour nourrir la ville

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Des tubes pour nourrir la ville
(Crédit photo : www.noelhodson.com)
 
Une bande d’ingénieurs planche depuis des années sur Foodtubes : un réseau de circulation de nos aliments via des pneumatiques souterrains. Un test grandeur nature pourrait voir le jour près de Londres.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 23 - mars 2011

Tous accros au pétrole

Et si finalement les pneumatiques, c’était fantastique ? Souvenez-vous : une navette en forme de cylindre creux où l’on glisse son courrier, un vaste réseau de tubes qui quadrille une ville ou une entreprise, et un peu d’air comprimé. Voilà comment on faisait circuler jadis petits paquets et documents à Londres, Berlin, New York, Prague… et même Paris jusqu’en 1984. Depuis, ces bons vieux tubes pneumatiques ont été abandonnés au profit des fax et des courriers électroniques, bien plus modernes. Pourtant, une équipe britannique souhaite les réhabiliter pour transporter de la nourriture !

Légumes, poisson frais, boîtes de conserve, yaourts ou paquets de pâtes pourraient ainsi circuler sous nos pieds, 24 heures sur 24, sans craindre les embouteillages ni les caprices de la météo. Plus de retards de livraison donc. Et surtout, à la surface, des routes et des centres-villes débarrassés de leurs encombrants camions « qui dépensent 92 % de leur énergie pour se transporter eux-mêmes », souligne Noel Hodson. Spécialiste des transports, c’est lui qui est à la tête de cet étonnant projet baptisé Foodtubes, rassemblant une vingtaine d’ingénieurs, d’universitaires et de consultants.

Concrètement, l’idée est la suivante : distribuer les produits alimentaires et de consommation au cœur des villes via des tubes souterrains qui relieraient entre eux producteurs, grossistes, distributeurs et usines de recyclage. Sans pour autant aller jusqu’à la porte des particuliers !

Les tentacules de « Brazil »

Remettre au goût du jour nos pneumatiques d’antan, d’accord. Mais il s’agit de leur donner un sérieux coup de jeune. Finies les navettes minuscules, où l’on pouvait loger au mieux un sandwich : Foodtubes imagine de gigantesques capsules en aluminium, légères, d’un mètre de haut sur deux de long ! Adieu également les tubes pressurisés : le système prévoit que les capsules se déplacent à 100 km/h maximum grâce à un moteur linéaire à induction. Ce dernier est déjà utilisé pour propulser les wagons des montagnes russes ou Linimo, le fameux train japonais à sustentation électromagnétique. Géré par une armada d’ordinateurs, le tout sera inévitablement gourmand en électricité. Pour la produire de manière écologique, on aura donc recours à l’éolien, l’hydraulique, le solaire, l’énergie marémotrice ou géothermique, etc. Au final, le Royaume-Uni économiserait chaque année 8 % d’émissions de gaz à effet de serre dues à l’homme et le fret verrait sa facture chuter de 85 % !

Reste la grande question : un projet tentaculaire comme celui-ci est-il réaliste ? Ne risquons-nous pas, comme le caricaturait Terry Gilliam dans le film Brazil, d’être vite débordés par un entrelacs de tuyaux à construire ou à gérer, traversant les continents, galopant sous nos villes, grimpant dans les étages de nos immeubles ? Pas de panique : l’équipe de Foodtubes rappelle qu’il existe déjà plus d’un million de kilomètres de pipelines à travers le monde, dont 300 000 km en Europe et plus de 500 000 km aux Etats-Unis. Ils transportent de l’eau, du gaz et du pétrole. « Y a-t-il un seul responsable des transports sain d’esprit qui suggère de condamner les pipelines pour acheminer leur contenu par la route ou le rail ?, demande avec malice Noel Hodson. La nourriture est aussi vitale que l’eau. » Et puis, toujours selon les promoteurs du projet, installer ces tubes serait plus simple et plus économique que l’entretien actuel de nos routes et de nos camions.

700 camions en moins par jour

« L’idée, raconte Noel Hodson, m’est venue en travaillant sur la conception de petits véhicules économiques, sur le télétravail pour réduire la circulation automobile et en étudiant les biens véhiculés par pipeline sans générer de pollution. » Foodtubes, né du croisement de ces recherches, a été présenté en 2008 au prestigieux prix St Andrews pour l’environnement, organisé par la très cotée université écossaise. Finaliste malheureux, le projet circule depuis dans les médias du monde entier et l’équipe est invitée à faire des présentations à Londres, Buenos Aires ou au Texas.

Et pour mieux convaincre, Foodtubes a imaginé un banc d’essai grandeur nature dans la périphérie de Londres, à Croydon. Dans ce district qui rassemble 130 000 foyers et plus d’une centaine de magasins et de supermarchés, 80 kilomètres de tubes et 400 terminaux seraient nécessaires pour un budget de 400 millions d’euros. Croydon verrait alors disparaître de ses rues 700 camions par jour et économiserait chaque année 60 millions d’euros. Mais en dépit de ces beaux arguments, ce « fast-food » d’un nouveau genre n’existe encore que sur le papier. Noel Hodson, désormais en quête de financement, entend boucler son budget en demandant près de 6 millions d’euros à la Commission européenne. L’Union jugera-t-elle que son tuyau est percé ? —

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  • J’ai lu avec grand intérêt cet article sur la remise au goût du jour du transport pneumatique. Il est effectivement moins question d’innovation technologie que d’innovation sociétale pour la cas. Je vous propose d’aller un peu plus loin dans la démarche "pneumatique" ; pour tout organisme l’apport de nourriture et d’énergie est vital, n’oublions pas cependant l’élimination des produits non utilisables, les déchets.
    A ce titre les systèmes de collecte souterraine, par voie pneumatique, des des déchets urbains pourraient également répondre aux questions de développement durable des grandes agglomérations.
    Imaginez une ville où la valse matinale des camions poubelles aurait disparu et aurait emporté avec elle son lot d’embouteillages, de pollution, de nuisances sonores et olfactives. Où les bacs à ordure n’encombreraient plus les trottoirs. Une ville où, après le tout à l’égout, serait venue l’ère de l’évacuation automatisée des ordures ménagères par le sous-sol.
    Cette ville existe, il y en a une centaine d’exemplaires à travers le monde, de Stockholm à Taiwan en passant par Lisbonne, Séville, Barcelone, Copenhague. Dans ces métropoles, des quartiers entiers (le plus souvent de nouvelles zones résidentielles ou des centres villes historiques) ont été équipés avec la technologie de la collecte pneumatique par voie souterraine.
    Il y a 40 ans en Suède, la recherche de solutions alternatives à la collecte des ordures en zones résidentielles est devenue un véritable enjeu socio-économique. Il était impossible d’améliorer les aspects hygiéniques et environnementaux de la collecte conventionnelle, ni de contrôler la hausse continuelle des coûts. Il fallait aussi répondre à la nécessité de réduire les dépenses dues aux forts taux d’accidents du travail de cette catégorie socioprofessionnelle.

    Pour répondre à ces demandes, des travaux ont été conduits pour développer un système de collecte automatique permettant de transporter pneumatiquement les déchets par des canalisations souterraines depuis le lieu d’origine jusqu’au lieu de regroupement ou d’élimination finale.

    Depuis des siècles la façon de collecter les ordures ménagères et les déchets urbains n’a pas changée. De la charrue tirée par un homme, puis par un cheval et maintenant par un véhicule motorisé, il peut être trivial d’affirmer que l’outil de collecte est identique à l’exception de son empreinte environnementale.
    Pourrions nous nous passer actuellement du tout à l’égout et de nos réseaux d’assainissement ? Quels sauts technologiques, financiers et culturels ont été nécessaires pour voir l’avènement du premier réseau de canalisations d’évacuation souterrain ?
    La gestion des déchets urbains, de la collecte au traitement, sera un des principaux axes d’amélioration de ce siècle. Par obligation certes, il faudra le prendre en compte et y porter beaucoup d’attention.

    Trop peu considéré par le passé le déchet urbain est sur le point de prendre une place de choix au sein de la société du XXIe siècle ; notons que son importance, par sa capacité de nuisances, a été reconnue au moyen âge alors que les populations se concentraient autour des châteaux. A l’époque il s’agissait de salubrité.

    Quelques siècles plus tard, le déchet a changé en qualité et en quantité. Il n’est nullement question ici d’alarmisme ou de catastrophisme. Il semble pourtant que l’histoire et l’évolution des sociétés se répètent de façon cyclique. Cependant, l’échelle n’est plus la même. Elle est la nouvelle donnée à prendre en compte. Le monde industrialisé a finalement pris acte des avertissements de ses experts. Quels seront les palliatifs et les actions préventives ?

    Cycle logique, nouvelle philosophie ou vision de l’humanité, soyons assurés que notre civilisation n’a pas été habituée à considérer avec intérêt ses propres déchets. L’homme du XXIe siècle va devoir changer, les échéances qui l’attendent peuvent ne pas lui laisser le choix.

    13.03 à 12h20 - Répondre - Alerter
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