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Scènes, climat et remue-méninges

Par Hervé Fournier, Dominique Béhar
9-09-2011

A Berlin, l’alliance de l’art et du développement durable

(Plants de salades dans les bassins de la Haus der Kulturen der Welt, consommés au cours du festival (collectif d'artistes myvillages.org) © Joachim Loch)
Retour sur le festival "Über Lebenskunst- Perspectives pour un art de vivre durable" (Berlin, 17 au 21 août 2011)

Plants de salades dans les bassins de la Haus der Kulturen der Welt Article de Céline Roblot publié sur www.youphil.com

"Über Lebenskunst", c’est l’art de vivre, mais "Überlebenskunst", c’est l’art de survivre. Tout un programme… Initié par la Fondation Fédérale allemande pour la Culture (Kulturstiftung des Bundes), "Über Lebenskunst. Initiative for Culture and Sustainability" invite les artistes, à l’heure du développement durable, à imaginer des scénarii de nouveaux modèles et questionne le rôle de la culture pour accompagner les changements de comportements nécessaires vers un mode de vie soutenable. Entre nouvelle définition du bien vivre et survie de l’humanité dans un monde aux ressources limitées, toute la problématique du programme est reflétée par le jeu de mots de son titre.

Un programme 2010-2012 multivolets

Dotée de 3,5 millions d’euros, cette initiative 2010-2012 a débuté par l’appel à projets international Call For Future : 14 propositions artistiques sur les 850 reçues ont été soutenues pendant un an et étaient présentées à Berlin cet été. Point d’orgue du programme, le festival"Über Lebenskunst" à Berlin du 17 au 21 août : 101 heures d’installations, d’excursions, de conférences, de discussions, de workshops, d’événements divers. "Über Lebenskunst", c’est aussi un vaste projet pédagogique mené par des artistes et des professionnels de la culture avec une quinzaine de classes dans toute l’Allemagne, et un travail sur l’intégration du développement durable dans les modes de production des œuvres et des manifestations culturelles.

Rendre perceptibles de nouvelles manières de vivre

Berlin, août 2011. Des plants de salades recouvrent les bassins de la Haus der Kulturen der Welt - le lieu central du festival-, une installation filtrante transforme l’eau de la Spree voisine en eau potable (Das Numen H2O), une douche alimentée en eau de pluie est accessible dans les jardins (The Resilient-Self System/Adrian Lohmüller), un miroir solaire spécialement conçu pour les parties sombres des habitations urbaines éclaire le café du festival (Helioflex)…

Pendant 4 jours et 4 nuits, la Haus der Kulturen der Welt- importante institution culturelle berlinoise- se présente ainsi sous un jour inhabituel, revisitée par des artistes, des scientifiques et des activistes qui invitent les visiteurs à expérimenter un nouvel art de vivre. Les plus chanceux (tirés au sort !) peuvent dormir sur place, au bord de l’eau, dans les habitations temporaires conçues par les étudiants en architecture de la Technische Universität, ou arriver en bateau solaire (l’eau de la Spree est malheureusement trop haute le jour où je veux tenter l’expérience !).

Les repas, préparés à base de produits locaux et régionaux collectés pendant un an par les artistes de myvillages.org, sont l’occasion de réfléchir aux modes de production et d’approvisionnement des aliments que nous consommons, de prendre conscience de la rareté de certains biens et… de l’impossibilité de se procurer localement certains produits : ni (vrai) café ni thé pendant le festival, quelques rarissimes bouteilles de vin berlinois !

Un champ d’expérimentation pour la création contemporaine

Tous ces projets- et bien d’autres dans la ville- reflètent "un festival qui questionne, un atelier pour expérimenter de nouvelles habitudes", comme le définit Hortensia Völckers, directrice artistique de la Kulturstiftung des Bundes.

"Über Lebenskunst" fait ainsi de la nécessité de changer nos modes de vie un champ d’expérimentation pour les arts contemporains, lie innovation et imagination, fait s’inspirer mutuellement artistes et scientifiques. Les projets artistiques présentés créent des images, des symboles, rendent perceptibles des représentations, rendent manifestes des réalités physiques abstraites ou peu visibles. En ce sens, ils illustrent bien la question posée par les organisateurs de l’événement : "N’avons-nous pas besoin, à côté des graphiques d’experts et des études scientifiques, d’autres images et d’expériences artistiques pour nous représenter le changement climatique et ses conséquences, et pour expérimenter de manière sensible d’autres voies alternatives ?"

Des propositions artistiques qui interrogent nos habitudes

Au-delà des scénarii explorés, "Über Lebenskunst" incite à réinterroger la définition de ce qu’est un artiste, dès lors qu’on n’est plus dans la logique classique de la production d’œuvres d’art. La majorité des artistes ayant candidaté pour le programme sont de très jeunes artistes. Beaucoup travaillent en réseau, en collectif, et ont intégré la transversalité dans leur processus de création. Autre point commun : leur réflexion sur la dimension sociale de la pratique artistique, et le développement de processus participatifs impliquant différents groupes sociaux et acteurs de la société civile.

A des degrés divers, la plupart des propositions pose la question du bien commun et du vivre ensemble. Sans être explicitement des projets de sensibilisation ou des projets pédagogiques, beaucoup d’entre eux visent à susciter une prise de conscience qui questionne nos comportements. Au fil des projets, les principaux thèmes abordés concernent l’alimentation, l’énergie (production d’énergies renouvelables, décentralisation de la production), les nouveaux liens sociaux et les nouvelles formes de coopération locale, l’économie alternative, les jardins urbains, la diversité biologique et sociale, la transmission des savoirs, la mobilité… Au final, le festival "Über Lebenskunst" met en lumière comment l’art peut poser des questions et susciter un changement culturel sans instrumentaliser les artistes. A quand un tel programme en France où, là aussi, une nouvelle génération d’artistes s’implique de plus en plus dans les thématiques sociétales et environnementales ? Photo : à la station de métro Neukölln, installation de 10 mini-éoliennes activées par le passage des métros, alimentant un dispositif sonore.

Cet article a été écrit par Céline Roblot celine.roblot@wanadoo.fr

Responsable de projets culturels et consultante développement durable, Céline Roblot a été missionnée par le ministère de la Culture pour concevoir la Stratégie ministérielle de développement durable 2011-2013. Elle dirigeait auparavant le Bureau du Théâtre et de la Danse à l’Ambassade de France à Berlin.

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A PROPOS

Hervé Fournier et Dominique Béhar animent Terra 21, un bureau d’étude qui intervient notamment dans la sphère des industries culturelles, principalement la filière spectacle.

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