“Baisser les impôts pour préparer l’avenir”, titrait Laurent Fabius dans une tribune du Monde (28 août 2001). Car avant de plaider pour “une réhabilitation de l’impôt” comme un “devoir citoyen”, les socialistes, au pouvoir entre 1997 et 2002, ont fait la même chose que leurs prédécesseurs de droite depuis 1986 : ils ont diminué l’impôt sur le revenu. Y compris son taux marginal, qui affecte les contribuables les plus aisés. En moins de vingt ans, ce taux à forte teneur symbolique est passé de 65% à 48,09% aujourd’hui. Et ce n’est probablement pas fini, Jacques Chirac ayant promis lors de sa campagne présidentielle de 2002 de le diminuer de 30%. A ce jour, le gouvernement Raffarin ne l’a certes baissé que de 6%, mais il attend la prochaine embellie économique pour accélérer le mouvement. “C’est la seule manière de réenclencher le cercle vertueux de la croissance et de l’emploi”, justifiait Alain Juppé à l’époque où il présidait encore l’UMP.

Moins que la CSG
Problème : aucun fait incontestable ne vient étayer l’argument selon lequel la baisse de l’IR contribuerait à la relance de l’économie. D’abord parce que plus de la moitié des contribuables en sont exonérés. Surtout, il ne représente que 17% des recettes fiscales en France, c’est-à-dire moins que la contribution sociale généralisée (CSG), de fait le mode d’imposition des revenus le plus important.

Au point que l’économiste Thomas Piketty, spécialiste des inégalités, croit déceler un “leurre” dans cette politique fiscale. “Il s’agit en réalité d’une opération consistant à réduire sans cesse d’avantage le poids de la fiscalité progressive et à aggraver celui de la fiscalité proportionnelle, pour un taux global de prélèvements obligatoires inchangé, voire en légère hausse (puisque le gouvernement a créé dans le même temps une nouvelle cotisation sociale "jour férié", après la hausse des cotisations de retraite complémentaire déjà mise en place à l’automne dernier)”, écrivait-il dans une tribune de Libération (24 mai 2004). Au risque d’ailleurs que les riches bénéficiaires des baisses d’impôt épargnent leurs gains fiscaux sans les réinjecter dans la machine économique.
Pendant ce temps-là, les déficits se creusent. Or moins d’impôt à redistribuer, c’est à terme moins de profs, moins d’infirmières, moins de routes, etc. Rigueur budgétaire oblige, le gouvernement a notamment supprimé 5500 postes d’enseignants à la rentrée 2004.
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J’aime l’impôt !




























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