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L’Echo des Platanes

Par Julien Kostrèche
28-11-2010
Mots clés
Médias
Sciences
Climat
France

Les petites phrases de Claude Allègre

Les petites phrases de Claude Allègre
(Crédit photo : fondapol - Flickr)
Sous le ciel gris d'un hiver précoce qui semblait contredire le réchauffement climatique, Claude Allègre était de passage à Nantes vendredi dernier. Invité par l'Université permanente, il donnait conférence sur le thème « science et médias ». Spectacle garanti.

« Science et médias » : vaste programme ! Mais exposé finalement assez court de la part de l’ancien ministre ce ven,dredi 26 novembre, devant un amphi plein comme un oeuf (un millier de personnes) et composé à 90% de retraités conquis à sa cause.

Terra eco étant basé à Nantes, nous saisissons l’occasion de cette visite pour lui demander un entretien, histoire de savoir comment il a digéré le récent rapport de l’Académie des Sciences ou s’il juge la conférence de Cancún qui s’ouvre sur le climat tout aussi « inutile » que celle de Copenhague.... Mais l’ancien ministre préfère décliner, évoquant auprès de ces hôtes nantais « un sale coup » que Terra eco lui aurait joué. Un sale coup ? C’est pas vraiment le genre de la maison. A moins qu’il ne se soit souvenu de ça : Allègre : son labo, son business, ses amis

Advienne que pourra ! Je me rends donc sur place pour tenter de lui poser quelques questions en public, au nom de la rédaction. Ça tombe bien, malgré la thématique du jour, les journalistes ne sont pas bien nombreux dans la salle.

D’entrée de jeu, Claude Allègre rebondit sur un lapsus (volontaire) de l’animateur de la conférence qui évoque son dernier livre : « L’imposture médiatique » (il s’agit en fait de « L’imposture climatique », ndlr). « Je pourrais peut-être un jour écrire l’imposture médiatique », s’amuse aussitôt Claude Allègre. Rires dans la salle. Ça commence bien. Quelque minutes plus tard, on frôle l’interruption de séance lorsqu’un mystérieux collectif « Spartacus » scande depuis le balcon « Allègre collabo  ! ». Et disparait aussitôt dans un nuage de tracts dénonçant « le pitoyable larbin de Sarkozy » (référence à son « plaidoyer » pour le président de la République paru dans Le Point).

La suite est beaucoup plus calme et convenue, mais pas inintéressante. Du changement climatique, il ne sera pas question ou presque. Claude Allègre livre sa vision du rôle du scientifique dans la cité, revient sur les moments clés de sa carrière, regrette le rôle « positif » des médias d’il y a 20 ans - ceux qui l’avait soutenu sur la théorie de la tectonique des plaques contre « les 3 000 géologues qui le trainaient dans la boue ». Il déplore l’excès d’information de notre époque, la gadgétisation de la science devenue une rubrique parmi d’autres, la tendance systématique des médias à ramener la science dans des débats de société sur le sida, les OGM, les mères porteuses... ce qui ne fait jamais avancer la science.

Plus préoccupant encore selon lui,« la manipulation des médias » par des lobbies scientifiques qui cherchent à se faire connaître pour trouver de l’argent. Face à cela, Claude Allègre a une solution : « la meilleure méthode aujourd’hui c’est de mettre des documents de vulgarisation scientifique sur internet pour tout le monde. Et ça c’est aux scientifiques de le faire », affirme-t-il.

Alors...

- Première question : en quoi la vulgarisation empêcherait-elle les lobbys de fonctionner à plein ? Réponse (en résumé) de Claude Allègre : « Je ne vous ai pas dit qu’il fallait exclure les journalistes. Mais le problème n°1, c’est le tri de l’information. »

IMG/mp3/Allegre_question_1.mp3

- Deuxième question : quand on prône la vulgarisation scientifique, pourquoi venir sur des plateaux télé pour faire du spectacle et des petites phrases ? Réponse (en résumé) de Claude Allègre : « Premièrement, je ne fais pas de petite phrase. Deuxièmement, quand j’écris un livre, mon éditeur fait en sorte que je sois invité à la télévision, c’est tout ! »

IMG/mp3/Allegre_question_2.mp3

Sacré Claude Allègre ! Des petites phrases, il y en aura pourtant au cours de cette conférence. En voici quelques unes, juste pour le plaisir :

- « Si vous avez peur des nanotechnologies, ne faites pas de feu de bois, c’est ça qui donne les nano-tubes de carbone les plus abondants ! »

- « Dans ce pays on a fait un sommet avec le principe de précaution. Le principe de précaution c’est pas difficile hein, quand on sait quelque chose, on ne fait rien, mais quand on ne sait rien il faut tout prévoir. J’avais écrit un article “Principe de précaution, piège à con”, je le re-signerais aujourd’hui ! »

- « Je vais vous dire une chose terrible : la science c’est pas la démocratie, ça n’a jamais été la démocratie. Ceux qui inventent quelque chose, ils sont minoritaires, par définition. »

- « Les politiques sont nuls en sciences, en France. Moi j’étais dans un gouvernement où j’étais le seul scientifique. Alors qu’aujourd’hui le président chinois est un scientifique, le premier ministre chinois est un scientifique, le gouvernement chinois est composé à 65% de scientifiques ou d’ingénieurs. »

- « Je pense qu’un journaliste doit être objectif. Jean-Michel Apathie, depuis qu’il est journaliste politique, il ne vote plus aux élections, pour rester neutre. Dans le domaine scientifique, c’est la même chose. »

- « Je suis pour la disparition des pesticides et même des engrais. La seule méthode c’est d’avoir des OGM. Faut que les Français arrêtent de scier la branche sur laquelle ils sont assis. L’agro-alimentaire est le deuxième poste d’exportation de la France, après le tourisme. Je veux bien qu’il faille flanquer notre agriculture part terre, mais il y aura des dégâts. »

Mots-clés : Médias | Sciences | Climat
COMMENTAIRES ( 5 )
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  • jeanclaudechar : Qualité du reportage

    Je ne veux pas compromettre Julien Kostrèche étant l’un des organisateurs de cette conférence débat, mais j’apprécie l’honnêteté du reportage, qui montre bien les nombreux aspects des rapports entre science et médias, les évolutions, les enjeux, tels qu’ils ont été évoqués par Claude Allègre. Sur le fond les questions restent ouvertes. Nous essayons d’en débattre sereinement.
    Petite précision : je ne suis pas sûr que le lapsus de l’animateur sur " L’imposture médiatique" était volontaire ! Cela étant n’est-ce pas un vrai sujet ?

    30.11 à 22h28 - Répondre - Alerter
    • Julien Kostrèche : précision

      Merci pour votre message.

      Juste pour éviter tout malentendu, je ne suis pas l’un des organisateurs de cette conférence-débat avec Claude Allègre, vous l’êtes :-)

      Quant à "L’imposture médiatique", si vous faites référence au climat, je ne crois pas que l’on puisse dire cela. Mais la posture des médias, c’est un vrai sujet oui. Deux textes intéressants pour prolonger ce débat :
      - l’un est signé Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions liées au carbone : c’est une lettre ouverte aux journalistes
      - l’autre par le journaliste Daniel Schneidermann : Allègre, leçons (prudentes) d’une imposture

      1er.12 à 10h11 - Répondre - Alerter
  • Je ne partage pas les opinions de C. Allègre, mais il faut quand même saluer la pertinence des problèmes qu’il pointe du doigt.

    Il dénonce la domination qu’exerce la science "mainstream". En climatologie, la science dominante a certainement raison, mais elle s’oppose de plus en plus frontalement à une autre science dominante : l’économie qui croit que le capital superficiel (créé par l’homme) est entièrement substituable au capital naturel.

    De même il dénonce la difficulté du journalisme à faire un tri pertinent dans l’information surabondante, qui empêche la formation d’une opinion éclairée.

    J’identifie une cause commune à ces obstacles structurants : le "réactionnisme" du "business", qui n’a généralement pas intérêt au dépassement nécessaire de l’ère moderne (libéralisme absolu, foi dans le progrès technico-scientifique, prédominance des intérêts individuels par négligence de la biosphère etc.). Ainsi, quand C. Allègre tient des propos erronés avec une certaine aura scientifique (les fameuses petites phrases très médiatisées), c’est dans une démarche commerciale soutenue par son éditeur.

    La solution (pas simple) est de neutraliser les intérêts financiers aussi bien dans les médias que dans la science. Cela doit passer par de nouvelles règles, par une régulation politico-juridique qui devra instaurer des financements indépendants (ou au moins transparents) et obliger à une plus grande rigueur. Les journalistes forment l’opinion en abusant du conditionnel, en diffusant de la vulgarisation qui ne résisterait pas à la "peer review" ou en violant le secret de l’instruction. Ce n’est pas tolérable, encore moins aujourd’hui.

    29.11 à 15h11 - Répondre - Alerter
  • Je coupe du texte, mais “Principe de précaution, piège à con” et après : "La seule méthode c’est d’avoir des OGM" : en voilà un qui s’assume.

    29.11 à 13h30 - Répondre - Alerter
  • Je suis pour la disparition des pesticides et même des engrais. La seule méthode c’est d’avoir des OGM.
    OGM et produits chimiques sont issue des mêmes firmes internationales. Il faut dénoncer plus fort le fait que les OGM à moyen termes lient inexorablement leurs utilisateurs à la chimie une fois les récoltes à court terme engrangées. Les OGM d’aujourd’hui appellent les produits chimiques de demain.
    Le film "solutions locales pour un désordre global devrait être distribué gratuitement à tous les coins du monde pour qu’enfin les consciences se réveillent sur ce sujet. Il est édifiant !

    29.11 à 08h38 - Répondre - Alerter
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