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20-10-2010
Mots clés
Société
Consommation
France

Le cercueil

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Le cercueil
(Crédit photo : Vincent Baillais)
 
Notre dernière demeure est imbibée de solvants et gloutonne en forêts. Pour ceux qui souhaitent mourir en héros vert, une seule solution : le cercueil en carton.
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N° 19 - novembre 2010

Comment Sarkozy a failli être écolo

La vie est bien courte pour un cercueil : sitôt sorti de l’arbre, sitôt parti en fumée ou livré aux vers de terre. Côté cimetière, 90 000 m3 d’arbres sont abattus chaque année en France pour mettre en bière 540 000 trépassés. Et dans les deux prochaines décennies, le pic de mortalité attendu abattra plus de 117 000 m3 par an, l’équivalent de 696 hectares de forêt coupés. Le chêne, le hêtre et le pin, les essences les plus utilisées, viennent de France et d’Europe de l’Est. Pour les défunts aux goûts de luxe, l’acajou est importé d’Afrique ou d’Indonésie et traité pour supporter ce long voyage. Quant à l’aggloméré et à ses ingrédients à base de formol, c’est un vrai poison qui pollue déjà l’air de nos maisons.

Fusil de chasse et paire de skis

Une fois abattu, l’arbre est tronçonné, découpé en planches qui sont rabotées et poncées. Au moment de l’assemblage et des finitions, colles, laquage, vernis à la sauce solvants et quincaillerie en tous genres défilent : de quoi plomber l’ardoise environnementale du cercueil. Bertrand de Marne, de l’Union nationale des industries françaises de l’ameublement, s’insurge : « la faible proportion en solvants n’a pas d’impact sur l’environnement. » Heureusement, la mauvaise foi ne tue pas. Selon une étude de l’Institut technologique FCBA (1), bois mis à part, les vernis et colles solvantées arrivent en deuxième position en termes d’impact négatif sur l’environnement. Suivis de près par le métal des décorations, puis par les joints en acier et les vis d’assemblage. Et qui arrive en première place ? Le capitonnage satiné dans lequel est déposé le défunt pour « le confort visuel de la famille », dixit la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie. Ce petit nid douillet facultatif – mais quasi systématique, – est la plupart du temps fabriqué en polyester, et donc 100 % non biodégradable. A cela s’ajoutent les vêtements synthétiques du mort, les 8 litres de produit formolé que l’embaumeur a injecté (dans 40 % à 50 % des cas) dans le corps et les objets que la famille place dans le cercueil : du fusil de chasse à la paire de skis. Autant de « détails » que la réglementation française n’a jamais pensé à limiter.

L’ensemble est déposé en pleine terre ou, plus souvent, dans un caveau en granit du Tarn, de Bretagne ou, de plus en plus, de Chine. Les caveaux en béton et en PVC, plus économiques, sont aussi assez répandus. Ce joli mélange va fermenter dans les écosystèmes de nos cimetières, acidifier les sols et contribuer à l’eutrophisation des eaux souterraines. En clair, les nutriments y sont trop nombreux, les algues y prolifèrent et l’oxygène se fait la malle.

Boîte en carton, slip en coton

Face à ce sinistre bilan, quelques fabricants français commencent à proposer des gammes de cercueils autoproclamés écoconçus. Ils annoncent un approvisionnement en bois issu de forêts gérées durablement, des vernis sans solvants, des poignées en bois et un garnissage intérieur en matières végétales. Ce cercueil dit « écolo » est présenté comme étant 30 % moins polluant que la boîte classique et environ 5 % plus cher.

Pour les puristes, l’alternative est ailleurs. Déjà bien connu en Angleterre, en Allemagne et en Suisse, le cercueil en carton a fait son entrée sur le marché français il y a à peine deux ans avec la bénédiction du ministère de la Santé. Pourtant, malgré son prix – quatre à six fois moins cher que le modèle classique –, les ventes ne décollent pas. Le concept est victime d’un boycott de la profession qui aimerait bien l’enterrer au nom de la « tradition ». Fabriqués en Alsace, les quelques milliers d’exemplaires distribués chaque année en France se composent à 70 % de carton recyclé, sans visserie, avec des poignées amovibles et des clips en matière végétale, des encres à base d’eau et des colles à l’amidon de maïs et à la pomme de terre. Le capitonnage proposé est en lin ou coton et, pour aller au bout de la démarche « verte », il est recommandé d’habiller le défunt avec des fibres naturelles.

En France, où le cercueil est obligatoire – même pour la crémation –, la réglementation et l’offre commerciale ne proposent pas d’autre solution. Pourtant, en passant les frontières, on trouve des initiatives originales : sarcophages en papier recyclé, en bambou, en bois de bananier et même en coton ou en laine de mouton britannique bio. Pour nous, pauvres mortels français, le sacro-saint respect de la tradition passe encore avant celui de Dame Nature. —

(1) Institut technologique Forêt Cellulose Bois Ameublement.


CIMETIÈRES VERTS : LA MORT LEUR VA SI BIEN

Les cimetières dits « naturels » ou « boisés » fleurissent en Angleterre. On en compte plus de 200, qui regroupent entre 8 % et 10 % des défunts. Là, les morts n’empoisonnent plus les vivants. En pleine terre, dans un linceul ou dans un cercueil biodégradable, le défunt est vêtu de fibres naturelles et ne doit pas être embaumé. Le cimetière est entretenu le plus naturellement possible, sans pesticides ni désherbant. L’idée est passée outre-Atlantique où ces parcs d’un nouveau genre atteignent plus de 10 hectares, contre moins de 2 chez les Anglais. En Australie, l’église catholique est allée plus loin en créant un cimetière vert où chaque emplacement, dépourvu de pierre tombale, n’est repérable qu’avec un scanner et bientôt un GPS. En France, pas de cimetière vert, mais à Pruillé (Maine-et-Loire), le propriétaire d’un terrain de 4,5 hectares propose depuis 2004 de déposer les cendres du défunt entre les racines d’un arbre. Cinquante places sont déjà occupées. —

Sources de cet article

- Cercueils en carton AB Crémation

- Cercueils biodégradables Euro Iris

- Le dossier du Centre pour un enterrement naturel (en anglais)

- Toutes les données sur la forêt privée en France

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