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28-02-2008
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La multinationale syndicale

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Les syndicats ont leur « world company » : la Confédération syndicale internationale qui rassemble 311 organisations dans le monde. Elle a compris que le simple lobbying ne suffisait plus pour se faire entendre.
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Mansour Osanloo dirige le Syndicaye Sherkate, le syndicat des chauffeurs de bus de Téhéran. Le 10 juillet 2007, il a été arrêté et envoyé vers la prison d’Evin, au nord de la capitale. Depuis, la Confédération syndicale internationale (CSI) se mobilise. Elle a organisé une journée de soutien, le 9 août 2007, signé mi-décembre une résolution condamnant « l’oppression continue contre le mouvement des syndicats indépendants » en Iran et exigé la libération immédiate d’Osanloo. C’est la mission de la CSI : faire respecter aux quatre coins du monde les libertés syndicales, garanties des droits essentiels du travailleur.

Une « boîte » de 168 millions de salariés

La CSI est née de la fusion de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), plutôt sociale-démocrate, de la Confédération mondiale du travail (CMT) aux racines chrétiennes et de huit autres syndicats jusqu’ici non affiliés. A sa fondation en 2006, la CSI est devenue tout bonnement la reine de l’échiquier syndical mondial. Aujourd’hui, elle rassemble 311 organisations présentes dans 155 pays, soit pas moins de 168 millions individus abrités sous son immense parapluie. Récoltant ses deniers à travers un système de cotisations en paliers (calculés en fonction du PIB national), l’organisation affiche un budget annuel de 10 millions d’euros. Une paille, étant donné les objectifs qu’elle s’est fixés : éradiquer l’esclavage, le travail des enfants, mettre fin à la discrimination à l’égard des femmes, des jeunes ou encore des migrants.

Et pour s’attaquer à ces chantiers titanesques, la CSI dispose de sa boîte à outils personnelle. Premier d’entre eux : des rapports solides qui pointent du doigt les infractions les plus sévères. Chaque année, elle fait ainsi, en 300 pages, le compte des violations des droits syndicaux et décerne la palme du plus mauvais élève. Cette distinction a été remportée l’an dernier par la Colombie : 78 représentants syndicaux y ont été abattus rien qu’en 2006. Ces rapports sont envoyés aux instances internationales, comme les Nations unies, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’Organisation internationale du travail, et nationales. « Dans des pays comme la Birmanie, il est inutile de parler avec la junte au pouvoir pour tenter d’améliorer la situation. Nous nous adressons alors à l’Europe, aux gouvernements des pays de l’OCDE, afin de faire pression économiquement et politiquement pour obtenir la restauration des droits fondamentaux du travail », explique Tim Noonan, du service de communication de la CSI.

Le lobbying est souvent long et douloureux. Il porte parfois ses fruits, mais se heurte souvent à des murs infranchissables. Sauf que la toute nouvelle CSI semble s’être dotée d’échasses pour franchir les obstacles les plus importants. « Les instances internationales précédentes manquaient d’efficacité. Alors nous avons voulu que la nouvelle organisation réponde à une dynamique différente, explique Jean-Michel Joubier, conseiller à l’espace Europe-International de la CGT, l’un des quatre syndicats français affiliés à la CSI. Aujourd’hui, la CSI ne se contente pas d’un simple lobbying auprès des gouvernements. Lors de la répression de la grève générale en Guinée fin 2006, elle a envoyé sur place son secrétaire général pour affirmer son soutien aux travailleurs. Désormais, c’est du concret. »

Les Jeux olympiques en ligne de mire

Ainsi, la nouvelle CSI ne se contente plus d’afficher seulement un visage indigné, mais dégaine ses campagnes sur le terrain. Cette année de JO de Pékin, elle a lancé une offensive de taille auprès du Comité international olympique. Son ambition  : faire respecter les droits des travailleurs impliqués dans la chaîne de production du secteur sportif. Une journée mondiale d’action pour « le travail décent » est prévue par ailleurs le 7 octobre 2008 afin de sensibiliser le plus grand nombre aux droits fondamentaux des travailleurs. « C’est une première, souligne Jean-Michel Joubier. Si nous sommes en nombre suffisant ce jour-là, les instances internationales verront bien qu’une organisation structurée au niveau mondial est capable de faire entendre sa voix. »

Car, à l’heure de la mondialisation, la CSI dit vouloir jouer un rôle de premier plan. « Il y a encore vingt ans, un syndicat pouvait se contenter d’agir sur le plan national ou européen sans appartenir à une structure mondiale. Aujourd’hui, hormis quelques questions franco-françaises sociales ou relatives à l’emploi, tout se règle au niveau international. Prenez la délocalisation d’une entreprise par exemple, elle ne peut se discuter qu’à l’échelle mondiale », insiste Luc Martinet, secrétaire confédéral à la CFDT. Ainsi seule la CSI pourra coordonner les actions des quatre coins de la planète et inventer une mondialisation « à visage humain », soulignent en choeur les syndicats. En aura-t-elle la carrure : « On n’est encore qu’une potentialité, décrypte Jean-Michel Joubier de la CGT. La CSI a prouvé qu’elle voulait travailler plus efficacement. Maintenant, reste à nous, organisations affiliées, à prendre les mesures nécessaires pour transformer cette bonne résolution en réalité. » En attendant, Mansour Osanloo est, lui, toujours en prison en Iran. —


La France attaque de front A la naissance de la CSI en 2006, les quatre principaux syndicats français – CGT, CFDT, FO et CFTC – se sont vus pour la première fois réunis au sein d’une même organisation mondiale. Divisés sur le plan national, les syndicats français appartenaient à des organisations mondiales concurrentes. Pour la CGT, ce fut longtemps la Fédération syndicale mondiale, aux racines soviétiques, pour FO, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) aux positions proaméricaines. La CFTC faisait, elle, partie depuis 1920 de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC), fondée à l’initiative de l’Eglise catholique, et qui est devenue la Confédération mondiale du travail (CMT) en 1968. Enfin la CFDT, d’abord affiliée à la CMT, est passée à la CISL en 1988. Désormais, les quatre syndicats français oeuvrent dans la même maison. « Faire entendre des voix discordantes auprès d’une instance internationale comme celle-ci, ce serait discréditer le syndicalisme français. Ce dialogue sur la scène internationale peut nous faire progresser sur le plan purement national. En tout cas nous l’espérons... », confie Jean-Michel Jourbier, de la CGT.


FICHE D’IDENTITE Création : fondée le 1er novembre 2006, la CSI est issue du rapprochement entre la Confédération internationale de syndicats libres (CISL), la Confédération mondiale du travail (CMT) et quelques autres organisations non affiliées dont la CGT française. Budget : environ 10 millions d’euros par an. Membres : la CSI rassemble 311 organisations présentes dans 155 pays et représente 168 millions individus. Dirigeants : le secrétaire général est l’Anglais Guy Rider. Siège : Bruxelles.

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