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4-11-2010
Mots clés
Finance
Social
France
Interview

Surendettement : « Il faut intervenir avant la gangrène »

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Surendettement : « Il faut intervenir avant la gangrène »
(Crédit photo : DR)
 
Entrée en vigueur ce lundi, la loi Lagarde sur le crédit à la consommation protège davantage les particuliers dans le rouge. Mais elle oublie le volet prévention, déplore Jean-Louis Kiehl, président de la fédération Crésus, un réseau spécialisé dans l'accompagnement des personnes surendettées.
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Terra eco : La loi Lagarde sur le surendettement est entrée en vigueur le 1er novembre. Est-ce une avancée pour vous ?

Jean-Louis Kiehl : C’est une loi très importante qui remédie à certains dysfonctionnements et soulage les personnes en souffrance. Elle limite par exemple la durée des plans de surendettement (remboursement échelonné des dettes, ndlr) à huit ans contre dix auparavant. Si les gens ne sont pas parvenus à rembourser au bout de ce délai, la dette devra être effacée. Avec cette loi aussi, l’inscription au fichier national des incidents de remboursement est désormais limitée à cinq ans contre huit ou dix ans auparavant. C’est une bonne chose. Car, ce fichier transforme les personnes surendettées en pestiférés. Elles ne peuvent plus ouvrir de compte ou bénéficier d’un paiement fractionné si elles veulent acheter une voiture par exemple. La loi prévoit enfin une suspension des poursuites des créanciers dès qu’un dossier est déposé en commission de surendettement. Ça évite le blocage des comptes en banque ou la saisie d’un véhicule qui peuvent pousser les personnes dans une situation encore plus grave après le dépôt de leur dossier.

La loi a-t-elle néanmoins des limites ?

Oui, elle oublie la prévention. C’est bien de vouloir soigner le cancer mais s’il y a de plus en plus de cancéreux, ce n’est pas suffisant. Or, c’est le devoir de l’Etat d’intervenir. A la Fédération Crésus, nous réclamons la mise en place d’un fichier positif (recensant de façon nominative l’ensemble des crédits contractés par chaque Français, ndlr). Aujourd’hui, une personne peut prendre 18 ou 20 crédits sans que personne ne l’arrête. C’est ce qui est arrivé à cette mère de quatre enfants qui a contracté 200 000 euros de crédits à la consommation avant de se suicider. Personne ne l’a arrêté avant.

Avec l’Afghanistan, l’Ouzbékistan et l’Afrique du Nord, nous sommes le dernier pays à ne pas avoir de fichier positif. Pourtant, on sait que c’est utile. Ça permet de limiter l’ampleur du surendettement. En France, un dossier moyen de surendettement s’élève à 45 000 euros. En Belgique, où il y a un fichier positif, ce montant n’atteint que 15 000 euros. Et si rembourser 15 000 euros en quatre ou cinq ans, c’est possible, 45 000 euros, ce n’est pas la même histoire ! Rien que les intérêts, c’est 900 euros de remboursement par mois. Alors quand vous gagnez 2 000 euros, que vous avez des enfants… Nous, quand les gens viennent nous voir, ils ont déjà la gangrène. Il faut intervenir avant. D’autant que le coût du surendettement pour l’Etat est considérable. Selon un rapport de la Cour des Comptes, le traitement des dossiers coûte plus de 200 millions d’euros.

Pourquoi le gouvernement rechigne-t-il à instaurer un fichier positif ?

Quand on le réclame, le gouvernement nous répond que ça ne sert à rien. Que le surendettement est un accident de la vie comme le divorce, la maladie. Pourtant, nous avons montré à travers nos études que c’est d’abord un excès de crédits qui conduit aux situations de divorce, de perte d’emploi ou de suicide.

Par ailleurs, les banques font du lobby contre le fichier positif. Leur intérêt est simple. Quand elles voient que leurs clients vont mal, elles ferment le robinet. Les clients se tournent alors vers des filiales de ces banques qui pratiquent le crédit à la consommation. Dans ces espaces-là, les banques peuvent afficher des taux d’intérêt jusqu’à 20%. Et même si 3% à 4 % des clients chutent, ça n’a aucune incidence. Quand l’argent a été acheté à 2% ou 3% et qu’il est prêté avec un taux à 20%, c’est rentable !


La loi Lagarde en bref

Votée le 1er juillet 2010, elle est entrée en vigueur le 1er novembre. Désormais, les personnes surendettées ne seront tenues de rembourser qu’au maximum pendant huit ans (contre dix ans auparavant), tandis que leur inscription au fichier des incidents de paiement (qui interdit par exemple l’accès au crédit) ne pourra excéder cinq ans. La loi donne aussi un peu d’air aux surendettés. Dès l’acceptation d’un dossier par une commission, les créanciers seront dans l’obligation de stopper leurs poursuites tandis que les banques n’auront plus le droit de fermer leur porte aux personnes concernées. Enfin, les propriétaires dans le rouge pourront désormais avoir accès aux procédures de surendettement sans être obligés de vendre leur toit au préalable.
Sources de cet article

- La loi Lagarde sur le site du ministère de l’Economie.

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  • Plus d’un million de petits porteurs et de boursicoteurs français se sont détournés de la bourse après la crise. La question n’est pas de savoir s’ils ont raison ou tort mais de constater qu’ils l’ont fait de leur propre initiative sans l’aide de l’état ou d’associations comme Crésus. Pourquoi ? Parce qu’ils pensaient qu’ils prenaient trop de risque et qu’il n’existait pas de filet pour amortir leur chute (financière). Sans être des experts de la finance, ils ont un minimum de connaissance.

    Il faut mettre en perspective les choses : 2% de crédits impayés en France et, à moins que Jean-Louis Kiehl ait raison contre l’observatoire du surendettement de la Banque de France, les principales causes du surendettement sont des accidents de vie, ne lui en déplaise (pourquoi d’ailleurs ?). On trouve, de plus en plus, dans les dossiers de surendettement des dettes de toute nature autres que les crédits.

    Faudra-t-il inscrire dans le fichier les loyers, les factures d’énergie et de téléphone, les impôts et que sais-je encore dans le futur fichier positif ? Pour apprécier le taux d’endettement des ménages, il faut connaître l’intégralité de leurs engagements, dont les crédits évidemment, mais aussi les ressources. Car si l’on ne peut pas se fier à leurs déclarations pour les crédits, pourquoi le faire pour les revenus ? Il faudra donc ajouter ces données (les déclarations de revenus pour l’IR) au fichier positif. On sait quand on commence, jamais où ça s’arrêtera si ça s’arrète un jour !

    Mais c’est vrai, quand il fallait économiser des années pour s’acheter la télé ou le frigo et des décénnies pour la maison, il y avait moins de surendettés qu’aujourd’hui.

    Avec le fichier positif, ceux dont le loyer absorbe le tiers des revenus vont connaître le bas de laine de leus aînés !

    Et tant pis pour les chômeurs que ça créera, l’Etat providence s’en occupera !

    Pour ma part, plutôt que de fliquer les consommateurs, je préfèrerais qu’on :

    - 1°) les responsabilise mais c’est moins "social" que l’assistanat et ça plaît pas.

    - 2°) s’attaque aux prélèvements obligatoires parmi les plus hauts des pays développés qui font les bas salaires les plus bas de ces mêmes pays !

    23.11 à 17h30 - Répondre - Alerter
  • J’ai trouvé sur http://rachatcredit.blog.capital.fr/une étude exhaustive de la question du fichier positif du crédit qui sera très positif pour le rachat de credit et le credit … pas forcément pour les consommateurs fichés ! D’ailleurs pour que des banques soient pour …

    Un scoop : "Experian se prononce en faveur du fichier positif en France" (http://www.experian.fr/news-et-medi...)

    Mais qui est Experian ?

    "Experian est le leader mondial de la gestion des centrales de crédit. Experian opère pour son propre compte sur plus de 16 centrales de crédit dans le monde."

    Je vous conseille cet article : "Le fichier positif du crédit est une affaire franco-française" (http://rachatcredit.blog.capital.fr...

    15.11 à 14h53 - Répondre - Alerter
  • Personne : Crédit conso

    Il faut aussi considérer que les crédits à la consommation perfusent l’économie et le pouvoir d’achat.

    6.11 à 09h59 - Répondre - Alerter
  • Les usagers des banques qui sont interdits bancaires pour des chéques sans provision, (ne peuvent ouvrir un compte nul part.)
    Pourquoi dans le cas de cette carte "revolving", il n’y a pas un fichier central, interdisant par exemple l’ouverture de plus de 3 cartes...

    5.11 à 16h14 - Répondre - Alerter
  • flamencochueca : flamencochueca

    C’est une loi importante en ce moment de crise.
    flamencochueca.

    5.11 à 13h49 - Répondre - Alerter
  • coccinelle 6416 : Encore Plus SVP !

    Bien sûr qu’il serait agréable que les banques baissent les intérêts de 20 % qu’elles appliquent dès qu’elles le peuvent à des personnes qui n’ont déjà plus recours à des crédits de consommation habituels.
    Le surendettement se paie très cher, j’en ai fait la dure expérience. Comment peut-on vivre de nos jours sans crédit ? Même les plus grandes entreprises vivent à crédit, et que dire des états !
    J’ai attendu 10 années, 10 longues années car j’ai contracté un crédit à La Redoute, notamment pour 1000 francs, à l’époque. Puis des dettes que je ne pouvais plus régler de consommation normales,électricité, assainissement, loyers, amendes majorées, puis dettes de justice à la finale, etc... Pas d’aide sociale à la hauteur sous le régime socialiste pour se remettre debout aussitôt.Les assistantes sociales se prennent pour des décideurs,au lieu d’accomplir leur tâche de soutien, du moins, tel que çà a été vécu pour moi lorsque j’avais encore 25 ans et que tout pouvait m’être encore possible en réinsertion. Je pense que déjà là, il existe un sérieux problème de coordination entre les possibilités de se former sérieusement. Je crois que j’ai largement payé les lacunes des stages Retravailler, et autres stages bidon. Il aurait mieux valu ouvrir plus la formation professionnelle qui manque toujours de places disponibles, elle. Le RMI n’a été qu’un leurre pour moi, j’aurai préféré qu’on m’aide à monter une petite entreprise à l’époque, le système socialiste était trop préoccupé à dominer la pauvreté et à ne pas laisser s’individualiser ceux qui y croyaient pourtant. Je trouve qu’il y avait trop de protectionnisme ce qui s’est montré pour moi trop étouffant.
    Se surendetter va vite, et ne vient pas forcément d’accumulation de crédits, il suffit de ne pas trouver d’emploi et de se retrouver au RMI ce qui signifie la survie totale. C’est vrai, que j’ai économiser mes dettes, largement majorées des intérêts, mais j’ai perdu une vie aussi, je ne suis pas l’unique cas, surtout si on est une femme seule et qu’on approche de la cinquantaine, la formation, l’insertion n’aura pas été notre meilleure deuxième chance.
    C’est très bien que la durée sans crédit soit réduite à 5 années, c’est dommage que ce scénario pourtant en arrive à une si grande échelle ! Si le soutien était la base premium de notre société, en priorité celui des femmes et des enfants, garderie sur les lieux de travail, pour commencer, des locomotions plus abordables, mieux adaptés aux besoins, des idées, j’en ai eu, j’ai eu le temps de les ressentir les manques de notre société dans cet état là !
    Je me demande combien pèsent en millions ces aides (allocations,etc), ce serait un peu aussi à transformer du tout au tout. Je suis pour les micro crédits, car chacun a des idées et des capacités à gagner sa vie, de plus, c’est plus vivifiant, moins frustrant !
    Quand vivra-t- on dans une société faite pour vivre en considérant que nous avons des enfants à élever aussi, qui ont des rythmes physiologique qui nécessitent autre chose que le rythme stressant masculin que notre société inflige ! Je pense qu’en regardant ce qui se passe en suede, j’aurai préféré naitre la-bas, je pense qu’au lieu d’accabler les personnes qui ont besoin d’aide, on devrait allouer un crédit vie au lieu de débourser des sommes folles en aides qui ne permettent pas de vivre décemment toute une vie qui les asservis plutôt qu’autre chose ! Tout le monde saurait qu’il peut devenir quelqu’un et il le chercherait au plus tôt de son existence ! Je reverrai aussi l’enseignement qui est inadéquate à devenir travailleur pour sa société d’abord ! Pas de travail sur les passerelles, trop d’heures d’enseignement pas assez de compréhension sur le terrain, personne ne connait plus les métiers. Encore un monde d’hommes !

    5.11 à 11h53 - Répondre - Alerter
  • En fait les leaders du crédit à la consommation sont contre l’instauration du fichier positif pour deux raisons guère avouables :
    Par protectionisme, afin d’empêcher les leaders étrangers, habitués à travailler avec cet outil, de s’installer en France (et ça marche, car nous sommes le seul pays européen dans lequel les acteurs sont tous nationaux).
    Par peur que leur responsabilité dans la montée du surendettement ne soit révélée par la mise en place de statistiques nationales fiables, effectuées par la Banque de France.

    Ils prétendent donc que le surendettement est dû aux accidents de la vie, alors que, comme l’indique M Kiehl, c’est le contraire qui est vrai : il y a plus de divorces causés par le surendettement qu’il n’y a de situations de surendettement causées par un divorce.

    A ce niveau de désinformation, il ne s’agit donc plus d’un simple mensonge, mais d’un véritable déni. Or, chacun le sait bien, les conséquences d’un déni sont généralement dramatiques.

    5.11 à 05h50 - Répondre - Alerter
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