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25-04-2011
Mots clés
Santé
Japon
Décryptage

Fukushima : le coût sanitaire

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Fukushima : le coût sanitaire
(Crédit photo : Jürgen Nefzger)
 
Habitants, sauveteurs, techniciens : qui sont les victimes japonaises ? Combien sont-elles aujourd’hui ? Et demain ?
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N° 25 - mai 2011

Nicolas Hulot s’explique

Un peu plus d’un mois après le début de l’accident japonais, voici le seul bilan officiel disponible : 21 ouvriers surexposés, 70 000 personnes évacuées dans la zone d’exclusion de 20 km. « Il est trop tôt. Il faut attendre que l’accident soit terminé, c’est-à-dire que les cœurs de réacteurs soient isolés. La quantité de radioactivité rejetée pourra alors être évaluée », explique Roland Desbordes, le président de la Criirad, la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité. Il est en effet indispensable de connaître la dose à laquelle les victimes ont été exposées, via les panaches de radioparticules larguées dans l’atmosphère ou l’ingestion d’aliments contaminés. Passez ces données à la moulinette, ajoutez les réponses des victimes aux questions – « Où étiez-vous ? », « Combien de temps ? » – et vous obtenez les risques encourus. Reste à suivre les plus malchanceux plusieurs dizaines d’années. Les épidémiologistes pourront alors, peut-être, estimer combien de cancers, problèmes thyroïdiens, malformations et autres « dégâts collatéraux » Fukushima a causés.

Au rang des premières victimes, les « liquidateurs », ces quelque 500 employés de Tepco envoyés au charbon pour relancer le système de refroidissement et empêcher que le scénario ne vire au cauchemar. Malgré leurs combinaisons, ils encaissent des radiations importantes : alors que le seuil toléré pour un travailleur du nucléaire est de 20 millisieverts par an, la limite a été relevée à 250 sur le site. « Ils doivent normalement porter un dosimètre qui aide à mesurer les radiations reçues et cesser de travailler quand la dose est dépassée », rappelle Philippe Pirard, épidémiologiste à l’Institut national de veille sanitaire (InVS). Dans un quotidien japonais, un technicien a pourtant affirmé n’avoir jamais utilisé l’appareil.

Autres victimes potentielles, les 210 000 personnes habitant à moins de 20 kilomètres de la centrale. « Il va falloir reconstruire le scénario : leur poser des questions sur les endroits où elles se trouvaient et ce qu’elles ont fait lors du passage des panaches. Il faut savoir ce qu’elles ont mangé et mesurer la contamination de leur organisme en radioéléments, en analysant les matières fécales et les urines ou en pratiquant des anthroporadiamétries (1) », décrit l’épidémiologiste. Les victimes peuvent respirer ? Pas vraiment. Le protocole est inapplicable lorsqu’elles sont des centaines de milliers : seules les plus vulnérables devraient être examinées.

Irradier des cobayes

Vient ensuite l’heure des extrapolations, fondées sur la comparaison des doses reçues avec celles mesurées lors des catastrophes passées, Tchernobyl en tête. Ces déductions permettent ensuite d’établir les groupes d’individus les plus à risque. Problème : vingt-cinq ans après, les scientifiques s’écharpent encore sur le bilan de l’accident ukrainien. En 2005, le Forum Tchernobyl – un groupe d’institutions impliquant notamment l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – recensait 30 morts par syndrome d’irradiation aigüe, directement attribuables à l’explosion du réacteur, et jusqu’à « 4 000 personnes qui pourraient, à terme, décéder des suites d’une radioexposition consécutive à l’accident ». En novembre 2009, dans les Annales de l’Académie des sciences de New York, une équipe de chercheurs russes et biélorusses comptabilisait, elle, 985 000 décès, avérés ou à venir, principalement de cancers. « L’épidémiologie est une science de l’observation, explique Philippe Pirard, pas de l’expérimentation. » En clair, on ne peut pas irradier des cobayes pour mesurer leurs chances de tomber malade, ou pire, d’y passer. Aussi est-il essentiel, dès la survenue d’un accident, de mobiliser des moyens pour assurer un suivi épidémiologique.

D’autres remettent carrément en cause l’indépendance de l’OMS. « Elle n’a même pas de bureau dédié à la radioprotection, déplore Roland Desbordes, de la Criirad. Elle laisse le champ libre à l’AIEA qui contrôle toutes les études faites sur le nucléaire. C’est une volonté politique de ne pas faire ces bilans honnêtement. » Pour Yves Lenoir, président de l’association Enfants de Tchernobyl Bélarus, « les seuils d’exposition aux radioéléments sont fixés au niveau précis où il devient plus cher de pousser la sûreté nucléaire que de soigner les conséquences d’une exposition plus grande. Ce raisonnement n’a rien de sanitaire et il s’effondre en cas d’accident. Les travailleurs et les populations sont alors confrontés à des doses au-delà de l’acceptable ! »

Au Japon, des radiations inquiétantes ont été mesurées par l’AIEA et Greenpeace dans des villages hors des 20 km de sûreté. Si le gouvernement a d’abord refusé de les prendre en compte, il a finalement décidé d’évacuer cinq communautés, dont le village d’Ilate, pourtant situé à 39 km de la centrale mais sur lequel s’abattent des vents en provenance de Fukushima. —

(1) Lors d’un passage dans une enceinte de plomb, des détecteurs traquent les émissions émanant des radioéléments piégés dans les poumons, la thyroïde et autres recoins du corps « appréciés » du césium-137.

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Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice est journaliste scientifique.

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