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Un marchand qui calcule juste

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Un marchand qui calcule juste
(Crédit photo : Edouard Caupeil – M.Y.O.P)
 
Tristan Lecomte est l’une des 100 personnalités les plus influentes au monde cette année, selon « Time Magazine ». Pourtant, en France, son business de l’équitable et des crédits carbone dérange. Le fondateur d’Alter eco, qui n’a cure des contradictions, part vivre en Thaïlande auprès des petits producteurs.
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N° 18 - octobre 2010

La voiture électrique est-elle faite pour vous ?

Dans le hall de Roissy, ordinateur à l’épaule, il ressemble à un jeune cadre de retour de vacances. L’apparence est trompeuse. Tristan Lecomte vient de planter ses semis dans les rizières de Thaïlande, où il compte s’installer. Plus exactement du côté de Chiang Mai, à 700 km au nord de Bangkok, avec son épouse thaïlandaise, afin de cultiver le riz. « Cela fait douze ans que je clame sur tous les toits que les petits producteurs sont formidables ; je veux vivre cette expérience », lance-t-il, comme une évidence. Evidemment, l’homme – classé parmi les 100 personnes les plus influentes au monde par Time Magazine – poursuivra ses autres activités. En cette fin de mois d’août, il est d’ailleurs en transit vers le Pérou. Le trentenaire au visage d’adolescent va rendre visite à des producteurs de cacao, des fournisseurs d’Alter Eco qu’il accompagne désormais dans des projets de reforestation. Les multiples vies de Tristan Lecomte se chevauchent.

Cet homme de 36 ans aurait pu vivre en costume-cravate. Mais en 1993, quand il entre à HEC, il en veut plus. Il suit donc des cours de théâtre et de philosophie à la Sorbonne, « pour mettre du concept » dans sa vie d’étudiant en école de commerce. Ses deux premières années professionnelles – auditeur chez L’Oréal – le convainquent de rebrousser chemin. Marqué par la vie associative, il fonde Alter Eco en 1998. Sa vocation première : vendre de l’artisanat issu du commerce équitable. « On a tout essayé : la boutique, le site Web, la vente par catalogue. Rien ne fonctionnait, ce furent des années de “lose” ! », sourit-il aujourd’hui. Les canards en bois importés de Colombie – « assez moches » – lui restent sur les bras. Mais renoncer n’est pas le genre de la maison. En 2002, Monoprix lui entrouvre ses portes. Chargé de chercher des filières alimentaires, Tristan Lecomte fait entrer chocolat, café, riz et sucre issus du commerce équitable dans les supermarchés français. « C’était audacieux, témoigne Dominique Fenech, directeur des achats alimentaires de l’enseigne, devenu aujourd’hui l’un de ses amis. Il avait – et garde toujours – une approche visionnaire. » Les partisans de la ligne alter l’accusent depuis de pactiser avec le diable. « Diffuser en grande surface, c’est prendre le risque d’une dénaturation du commerce équitable : pour travailler avec ces entreprises, il faut accepter les incohérences que cela comporte. Notre ennemi n’est pas Alter Eco, mais les multinationales ! », commente, de son côté, Stéphane Le Borgne, le président de la Fédération Artisans du Monde.

Hué sur la blogosphère

Tristan Lecomte n’est pas à un sacrilège près. Il a récemment posé pour la marque de télécom SFR. Un portrait de lui, en pied, accompagné d’un slogan – « Le commerce équitable ne s’arrête jamais, mon opérateur l’a compris » – qui lui a valu l’ire de la blogosphère éthique. Echange – non rémunéré – de bons procédés, rétorque-t-il : il a « donné » son image d’entrepreneur social contre un gain de visibilité pour Alter Eco. Pas question de faire la fine bouche quand il s’agit de rallier des clients à la cause des petits producteurs. « Je crois à la répétition des messages. Quant à mon image personnelle, je m’en fous complètement. » Une main tendue vers les multinationales, l’autre – et le cœur – chez les agriculteurs du Sud. La contradiction est assumée. Son bilan carbone est à l’avenant : paradoxal. Dans sa vie quotidienne, il émet 5 tonnes de CO2 par an, soit la moitié de l’empreinte d’un Français moyen. Pas de voiture et le top en matière de réduction des gaz à effet de serre : un régime végétarien. Mais ses activités professionnelles plombent la note : 55 tonnes annuelles. Tristan Lecomte passe la moitié de son temps dans des avions. Compenser ses trajets lui coûte 900 euros chaque année. De quoi planter quelques centaines d’arbres. Ça tombe bien, c’est son nouveau métier !

Déclic dans l’Amazonie péruvienne

Le jeune pape du commerce équitable a créé il y a deux ans « Pur Projet ». L’entreprise – 1 million d’euros de chiffre d’affaires – vend des crédits carbone aux consommateurs et aux entreprises du Nord pour appuyer des projets de reforestation dans les pays du Sud. Son obsession : travailler avec des coopératives de petits producteurs, celles qu’il connaît si bien, et leur fournir ainsi un revenu complémentaire. Le déclic a eu lieu, en 2008, à Santa Rosa, village de l’Amazonie péruvienne, chez les fournisseurs de cacao d’Alter Eco. Il y rencontre une thésarde qui planche sur la séquestration carbone des arbres plantés sur les parcelles de cacaoyers. « J’ai compris qu’il y avait là une formidable opportunité », raconte-t-il. Deux ans plus tard, le voilà en tongs et en short, sous le toit de palme d’une maison du village. Faux Tintin au large sourire et vrai manager de brousse, il remercie, écoute, motive, arpente les terrains. « Celui-là, c’est un combattant », dit de lui le chef du village, qui le côtoie depuis une décennie. « C’est ici qu’on apprend », répond l’intéressé.

Pour celui qui a vu quatre fois le film Avatar et pleuré à chaque projection, protéger la forêt est devenu un Graal. Une mission, mais aussi une quête personnelle. Si Tristan Lecomte s’envole si souvent, c’est sans doute pour mieux s’enraciner lui-même. Engagé dans une recherche spirituelle bouddhiste, il semble goûter auprès de ceux qui vivent si près de la nature un dépouillement salutaire. « Les gens sont plus heureux ici que nous ne le sommes dans les allées de nos supermarchés », insiste-t-il. Sur les trois hectares qu’il va cultiver en Thaïlande, il veut construire une petite maison en bois pour vivre en famille. Mais aussi tester de nouvelles variétés de riz, dont certaines poussent sans eau, puis créer une banque de graines. Histoire de garder des coups d’avance. —


TRISTAN LECOMTE EN DATES ET EN GESTES

1973 Naissance à Reims (Marne)

1993 Entre à HEC

1996 Auditeur chez L’Oréal

1998 Fonde Alter Eco

2008 Crée Pur Projet

2010 S’installe près de Chiang Mai en Thaïlande. Alter eco travaille avec 167 000 producteurs dans 30 pays, propose 100 produits alimentaires et réalise 15 millions d’euros de chiffre d’affaires

Son geste vert : le végétarisme

« C’est un geste qui a des impacts multiples sur la préservation des forêts, sur les gaz à effets de serre, pour la condition animale… Et c’est bon pour la santé ! »
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