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« Sur le nucléaire, les socialistes ont amorcé un vrai virage »

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« Sur le nucléaire, les socialistes ont amorcé un vrai virage »
(Photo : François de Rugy, député écologiste de Loire-Atlantique. Crédit : LCP - Assemblée Nationale)
 
C'est François de Rugy, un des trois députés écologistes élus à l'Assemblée nationale, qui le dit. Pour le reste il juge le programme du PS « éco-améliorable ».
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Terra eco : Quelle est la proposition du programme du PS, présenté ce mardi 5 avril, qui vous paraît la plus audacieuse et pour laquelle vous signeriez des deux mains ?

François de Rugy : La réforme fiscale. Fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG [contribution sociale généralisée, Ndlr], comme le proposait l’économiste Thomas Picketty, est une bonne idée. Ça change des petites choses à la marge dont on se contentait souvent en matière de fiscalité. Là, nous sommes sur la même longueur d’onde. Pour le reste, ce n’est pas l’audace qui caractérise ce programme du PS. Ce n’est pas un mauvais projet non plus, mais il est très classique et il y a des redites, même si quelques propositions sont intéressantes comme la TVA éco-modulable pour favoriser les produits les moins polluants ou la modération des loyers.

Quelle est la proposition qui vous semble vraiment à côté de la plaque ?

A côté de la plaque, je ne ne vois pas. Mais il y a des propositions floues et des manques. Du flou sur l’énergie en général et sur le nucléaire en particulier. Dire qu’on va sortir du « tout nucléaire » laisse de la place à beaucoup trop d’interprétations... Des manques : comme la taxe carbone qui est passée à la trappe et la réforme des institutions. Où est la nouvelle République dont nous avons besoin ? Qu’est-il proposé pour mieux équilibrer les pouvoirs, garantir l’indépendance de la justice, des médias, ou renforcer le paritarisme entre syndicats et patronats ? Sur ces sujets, le PS n’est pas innovant.

Revenons sur la fiscalité verte. Il est question d’une « contribution climat-énergie juste » dans le programme du PS. N’est-ce pas le retour d’une taxe carbone qui ne dit pas son nom ? Y êtes-vous favorable ?

Mieux vaut parler franc. On vit aujourd’hui une crise énergétique et la question qui se pose est « comment se protéger de la hausse des prix qui va se poursuivre ? » Ce n’est pas avec de petites taxes ici ou là ou avec la TIPP flottante, mais bien en consommant moins d’énergie. Il faut par exemple mettre en place une tarification modulée de l’énergie : les petites consommations bénéficieraient des tarifs les plus bas, et les consommations supérieures à la moyenne seraient payées au prix fort. Si la Contribution climat énergie - à laquelle je suis favorable – revient dans le programme du PS, tant mieux. Mais il n’y aura pas d’effet de baguette magique. Il faudra aussi se battre au niveau européen pour instaurer une taxe carbone, et au-delà. Les négociations sur le commerce international ne doivent pas être déconnectées des négociations sur le climat, sans quoi on favorisera la délocalisation carbone de nos produits vers la Chine.

« N’être dépendant ni du pétrole, ni du nucléaire », tel est l’objectif affiché par le PS. Qu’en dites-vous ?

Dans ce domaine, les socialistes ont amorcé un virage indéniable. Aubry, Fabius et les autres ténors du PS ne s’en remettent plus au seul nucléaire. Mais le plus simple, c’est encore de poser clairement le principe de la sortie du nucléaire, comme en Allemagne, et de discuter ensuite les étapes. Nous y sommes prêts. Si les industriels réussissent à mettre au point des technologies qui permettent de réaliser des économies d’énergie majeures, on pourra sortir plus vite du nucléaire.

Le programme du PS vise même « 75% d’énergies renouvelables dans la production d’électricité de la France à l’horizon 2050 » (soit la part actuelle du nucléaire). Ambitieux ?

Pourquoi garder 25% d’énergies fossiles ou nucléaire en 2050 ? Par souci de compromis entre les pro et les anti-nucléaire ? Certaines centrales sont déjà en fin de vie. Et elles le seront toutes d’ici 40 ans. Maintenir du nucléaire en 2050, cela signifie-t-il qu’on construira de nouvelles centrales ? Dans ce cas il faut annoncer la couleur... J’attends un discours plus clair de la part du PS.

Tout en proposant « d’arrêter de raisonner PIB », le programme socialiste s’ouvre sur l’objectif de porter la croissance de 1,5 à 2,5% du PIB en 5 ans (chapitre « Produire plus, produire autrement »). Pensez-vous que ce type de relance économique peut encore porter ses fruits ?

On voit bien à travers ce thème de la croissance que le PS est traversé de courants contradictoires. On continue de s’en remettre à la croissance pour le financement de la protection sociale, des services publics, pour sortir de l’endettement, pour créer des emplois... Mais cette relance keynésienne par la consommation, on le sait aujourd’hui, n’est pas très opérante dans une économie ouverte.

Et vous semble-t-elle compatible avec les objectifs de réduction des émissions de CO2 qui vise à maintenir le réchauffement climatique sous la barre de + 2°C ?

Non. On ne s’interroge pas assez sur le type de production que l’on veut. La croissance - même verte - du PS n’est pas la transformation écologique de l’économie que nous souhaitons. Celle-ci doit s’appuyer sur des critères forts comme la durabilité, l’impact environnemental, l’empreinte écologique... J’avais espéré que le Grenelle de l’environnement soit la matrice de cette transformation et proposé de fusionner le Grenelle avec le plan de relance. Mais ça n’a malheureusement pas été la stratégie du gouvernement.

Dans votre transformation écologique de l’économie, il y a aussi une place pour une « industrie forte » comme le souhaite le PS ?

Oui, cela continue d’en surprendre certains, mais nous défendons l’industrie, en particulier les industries émergentes et innovantes, comme celle des transports en commun (trains, bus...) dans laquelle la France est bien positionnée. A condition que ces industrie soient respectueuses de l’environnement. L’avenir de l’industrie chimique par exemple sera vert... ou ne sera pas.

Au chapitre « Travailler mieux pour vivre mieux », le PS propose une série de mesures, dont la création de « 300 000 emplois d’avenir » pour les jeunes « dans le secteur non marchand, l’économie sociale et solidaire, les métiers du développement durable et la citoyenneté ». Là, vous applaudissez ?

Les emplois jeunes restent une bonne idée. C’est le rôle de la puissance publique de créer les conditions pour permettre aux jeunes de décrocher une première expérience professionnelle. Mais il faut aussi aider les plus de 55 ans en leur proposant des contrats dans le secteur public.

En revanche, les 35 heures, sans être remises en cause, ne sont pas mises en avant dans le programme du PS. Et d’une nouvelle réduction du temps de travail, il n’est nullement question. Vous le déplorez ?

La leçon des 35h version 1997-2002 a été tirée : nous les écologistes, nous restons favorables à la réduction du temps de travail, mais pas de façon uniforme et imposée d’en haut. Dans l’immédiat, nous sommes, comme les socialistes, pour la suppression des exonérations de cotisations sur les heures supplémentaires. Par ailleurs, il faudra trouver des dispositifs modulés d’aménagement et de réduction du temps de travail tout au long de la vie, acceptables par les salariés et les entreprises (années sabbatiques, temps de formation, temps associatif, congés paternité, cessation progressive d’activité avant la retraite...). En concertation avec les partenaires sociaux, il faudra aussi revenir sur les dispositifs dérogatoires au droit commun introduits par Xavier Bertrand au début du mandat de Nicolas Sarkozy.

Pour conclure, diriez-vous que ce programme du PS permet de poser les bases d’un accord électoral avec EELV (Europe Ecologie - Les Verts) pour rassembler la gauche en 2012 ?

Ce programme du PS, que je qualifierais d’éco-améliorable, démontre si l’en était besoin, l’utilité d’une force politique écologique comme la nôtre. Mais il y a du grain à moudre, on sent une capacité à intégrer les aspirations écologiques chez les socialistes. Sur cette base, on peut se mettre autour de la table pour discuter d’un programme commun.

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