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innovation politique

Par Rodrigue Coutouly
3-04-2011

Politique, écologie : le désarroi des élites

En cette période de montée du Front National, de crise nucléaire japonaise, de débat, contesté, sur la laïcité, la classe politique française, les chroniqueurs médiatiques, les politologues et autres experts paraissent désemparés devant l'évolution de la société. Prenons quelques exemples qui montrent à quel point les vieux clivages et les vieilles grilles d'analyses ne conviennent plus pour comprendre notre monde.

1 -L ’inventaire du désastre :

Vu aujourd’hui une affiche du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) de Besancenot dont je résume le propos : "A bas le capitalisme vert, vive l’écosocialisme !" Mon commentaire : l’écologie, en prenant une place de plus en plus importante dans le débat public, gêne les clivages manichéens d’antan. Il suffit donc de couper l’écologie en bon et méchant et on retrouve nos rassurantes certitudes !

Le parti socialiste, après avoir retrouvé des couleurs, nous prépare son projet politique. On peux être inquiet en lisant ce billet de Pierre Moscovici sur son blog : la solution à nos problèmes ? La croissance, bien sûr ! Comme si il suffisait de la décider, sans analyser pourquoi nous en avons de moins en moins depuis 30 ans ! Car, elle ne se décrète pas, la croissance, et même si l’emprunt a pu être un des outils de ce miracle, est-on bien sûr que cela suffise à la déclencher ?

Le désarroi, on le trouve aussi, bien entendu, du côté de l’UMP. Ses déconfitures peuvent se lire dans l’échec d’un projet de société qui prétendait réformer la société française par la libéralisation économique. Or, la crise est toujours là.

Les experts sont bien embêtés : ceux qui ont préconisé la libéralisation ont échoué, mais ceux qui ont vanté la relance par la demande dix ans auparavant n’ont pas réussi non plus. Les vieux débats du XXéme siècle sont morts.

Et puis, "les français sont des veaux", comme disait le général De Gaulle : ils votent pour le Front National. Les politologues sont désemparés : l’ascencion semble irrésistible et on ne comprend pas pourquoi le pays des Droits de l’Homme devient le berceau de cette montée d’un parti d’extrême-droite.

2 - La méconnaissance de la population française :

Depuis plus de 10 ans, les experts en politique française en sont convaincus : les Français, les classes populaires françaises votent Front National à cause de la violence et de l’insécurité, parce qu’ils sont racistes et n’aiment pas les arabes et les étrangers. Il suffit donc de leur raconter l’insécurité à longueur de JT et de les rassurer sur la politique musclée de la France en ce domaine pour gagner leur suffrage. Avec leur sondage creux, aux questions fermés et orientés, les politologues ont renforcé cette impression.

Mais qui a pris la peine de rentrer dans leur lieu de vie, de s’arrêter et d’avoir, avec eux, une vraie conversation ? Qui a discuté avec ces Français des banlieues, à part ces radio-trottoirs aux questions fermées et téléguidées ? Ces poignées de mains sur les marchés ?

J’ai la chance de travailler depuis vingt ans dans les quartiers nord de Marseille, de recevoir dans mon bureau, tous les jours, des familles issues de ces quartiers populaires, de converser avec eux, dans une population qui vote Front National à plus de 35 % depuis des années. Ma conviction est toute différente.

Le racisme ? La peur de la violence ? Bien entendu, cela existe. Mais, cela reste secondaire. Le vrai problème de ces populations s’appelle l’insécurité. Mais il ne s’agit pas de l’insécurité liée à la violence dont on nous rabat les oreilles. Non, cette insécurité concerne la peur de l’avenir, pour soi et pour ses proches. Cette insécurité est celle de l’emploi perdu ou menacé, ce travail qui socialise et fait de vous un membre à part entière de la société.

Les "gens" des classes populaires, dans leur grande majorité, ne sont pas simplistes, ils ont Internet et analysent l’évolution du monde avec davantage de discernement que l’imaginent nos experts. Les valeurs de la République ? L’école a bien fait son travail, ils les connaissent et les respectent. Mais le délitement de la société est à la mesure de leur désespérance et de leurs difficultés : le cœur de leur espoir et de leur dés(espoir) tient en trois mots : emploi, emploi, emploi.

Et c’est pour cela, parce que ni les socialistes, ni Sarkozy, n’ont su régler le problème, c’est pour cela qu’ils votent FN.

3 - Sur quels axes faut-il travailler ?

Depuis 10 ans, les politiques se sont trompées : ils ont considérés l’emploi comme un problème parmi d’autres. En réalité, aujourd’hui, le travail est devenu, pour les Français, la seule difficulté, celle qui englobe tous les autres.

Mais comment agir ? Par la croissance, bien entendu ! Et on nous ressort les vieilles recettes, celle de la relance ou celle de la liberté économique, celle de l’emprunt salvateur comme celle de la réduction des déficits.

La croissance, telle que nous l’entendons, ne reviendra plus et il nous faut inventer autre chose. Il faut aller chercher, dans l’économie verte, dans les relocalisations et dans une économie qui consomme moins de matières premières, les leviers nécessaires pour construire une autre économie. Les historiens qui se sont penchés sur les différentes révolutions industrielles ou économiques décrivent un cercle vertueux complexe où des mécanismes diversifiés se conjuguent : un saut technologique, une nouvelle organisation sociétale, une mutation culturelle, la création d’une demande, un Etat volontariste menant des politiques publiques appropriées.

Il faut trouver les innovations techniques, sociales et politiques qui formeront le cocktail permettant de trouver ce cercle vertueux.

Maximilien Rouer, spécialiste des relations entre le développement durable et les entreprises a l’habitude de rencontrer des patrons sceptiques qui lui expliquent qu’ils n’ont pas les moyens d’investir dans une démarche de développement durable. Il leur répond toujours : si le baril de pétrole atteint 300 dollars, combien de temps votre entreprise peut-elle tenir ?

Cette question vaut aussi pour notre personnel politique : vous hésitez entre relance par l’emprunt ou rigueur budgétaire ? Mais que vaudra votre politique quand le baril de pétrole sera à 300 dollars ? Elle ne vaudra de toute façon rien parce que vous n’aurez pas anticipé les évolutions inévitables à venir !

Le désarroi de nos élites s’expliquent parce qu’ils continuent à utiliser des schémas culturels du passé, ceux où les ressources étaient abondantes et où les espaces étaient nombreux et accessibles. Le monde a changé et nos élites ne se sont pas encore adaptées. Espérons qu’ils sauront réagir assez tôt !

COMMENTAIRES ( 5 )
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  • Bizarre de voir une pub pour Suez à coté de cet article, qui nous invite à cliquer pour gagner un séjour dans un hotêl,
    ça représente exactement le vieux schéma de pensée que dénonce cet article...

    le dernier lien n’est pas valable, dommage.

    16.04 à 23h21 - Répondre - Alerter
  • Très bonne vision !

    En effet, je suis persuadé que nous sommes à la veille d’une profonde mutation qui devient chaque jours plus nécessaire, vitale même.

    Nous sommes dans un jeu à ressources finies et nous devons agir en conséquence.

    La partie de la croissance effrénée ? Perdue (pour la France depuis la fin du 19ème, pour l’Occident il y a quelques années à peine)

    La solution ? Changer les régles, changer les paradigmes, atterir, ralentir, se calmer, vivre mieux, pas comme des esclaves productivistes et consommateurs bêlants...

    Et en effet, qui dans nos élites a VRAIMENT compris ce qui se passait, et surtout dans quelle direction il FAUDRAIT partir ? Pas beaucoup je crains quand on les écoute (sont-ils audibles d’ailleurs ?)

    C’est vrai qu’il va falloir un grand courage, une grande force de caractère pour prendre le virage, tellement nous sommes habitués et conditionnés... mais après c’est tellement évident, un peu comme un fumeur qui décide d’arrêter.. simplement évident !

    Allez, bon courage hein !

    9.04 à 02h08 - Répondre - Alerter
  • vivement que le Front National arrive pour nous débarasser de tous les "porris" de toute sorte !!!!!

    5.04 à 15h47 - Répondre - Alerter
  • Très TRES bon article !!

    A quand un parti politique qui s’occupe de l’amélioration de la condition sociale ? qui ose abandonner dans le discours la course à la croissance assise sur le recours à la dette qui fait couler inéluctablement une grosse partir de nos impôts dans les poches des banques pour payer les intérêts de la dette. Et les banques, qu’en font-elles : elles engraissent les joueurs et payent les dettes du jeu de la bourse.

    Si le parti "agissant pour une société libre, fraternelle dans laquelle chacun a une égalité de chances" s’intéressait pour de vrai à l’écologie et à un développement sain de la vie sociale, alors, le front national se retrouverait peut-être face à un front "socialiste".
    Puissent la politique redevenir le fait d’êtres humains sensibles au bien du plus grand nombre, avant l’intérêt financier d’un très petit nombre !

    5.04 à 14h28 - Répondre - Alerter
  • 200% d’accord !!!

    notre modèle actuel est à bout de souffle depuis quelques années déjà mais nos dirigeants, aveugles et trop préoccupés à éteindre les feux qui menacent un peu partout, continuent de nier l’évidence !
    Commençons par redonner envie aux jeunes pour les métiers nobles de la terre et de l’artisanat plutôt que ceux de la finance et du marketing !
    Moins rémunérateurs certes mais tellement plus durables ! Et puis le jour où les gens en auront marre d’acheter du vent, pas sur que les pros du marketing et de la finance continueront d’être aussi "arrogants"...
    A défaut d’accepter de revenir à plus de modestie, la planète s’en chargera à notre place.
    www.green-e-motion.fr

    5.04 à 10h45 - Répondre - Alerter
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A PROPOS

Principal de collège, agrégé d’histoire-géographie, j’ai été, dans une autre vie, technicien forestier à l’Office national des forêts et j’ai travaillé en Afrique sahélienne.

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