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Pays de la Loire, Norvège, Brésil… Le futur a déjà commencé

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Pays de la Loire, Norvège, Brésil… Le futur a déjà commencé
(Crédit photo : DR)
 
Un peu partout dans le monde, des initiatives préfigurent le temps des éclaircies, après la tempête économique.
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N° 29 - octobre 2011

Crise : comment en sortir

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1/ ELLEN MACARTHUR OUVRE UN BOULEVARD À LA CROISSANCE CIRCULAIRE

2/ DANS LES PAYS DE LA LOIRE, LES CITOYENS REMONTENT AUX RESSOURCES

3/ TRIODOS, CHAMPION NÉERLANDAIS DE LA BANQUE DURABLE

4/ LE CHIEMGAUER, LE BILLET QUI OUVRE GRAND LA BAVIÈRE

5/ LA NORVÈGE PREND LE TRAIN DE LA PARITÉ

6/ LA PUB INTERDITE DE SÉJOUR À SAO PAULO


ELLEN MACARTHUR OUVRE UN BOULEVARD À LA CROISSANCE CIRCULAIRE

A la Fondation Ellen MacArthur, les idées de Lester Brown font leur nid. On y prône d’ailleurs la « croissance circulaire ». « C’est un système dans lequel le recyclage prend sa réelle définition », explique Jocelyn Blériot, directeur de recherche de l’organisation. Dans celui-ci, nos déchets sont intégralement transformés en matière première pour produire d’autres biens et services. Les machines à laver ne font pas que passer sur le tapis roulant de la consommation, qui les emportent de l’usine à la décharge : elles sont séparées en nutriments biologiques, qui retournent aux écosystèmes, et en nutriments techniques, réutilisés dans d’autres produits. « Ces matériaux seront cyclables à l’infini ou, au moins, sur une durée qui fait une vraie différence environnementale », poursuit-il. Un modèle hautement inspiré par la nature, où les plantes nourrissent les vers de terre, qui enrichissent le sol à leur mort, fournissant de l’engrais – sain ! – à de nouvelles plantes.

Exemple : en 2003, Ford sortait son concept-car Model U, dans lequel la garniture intérieure, à base de composés chimiques non toxiques, pouvait être recyclée indéfiniment – le nutriment technique – et le toit, à base de fibres naturelles issues du maïs, pouvait être composté – le nutriment biologique. « Pour passer à ce business model, il est indispensable d’estimer le coût des externalités », assure Jocelyn Blériot.

Des externalités ? Késako ? En clair, ce sont les effets provoqués par un agent économique sur un autre agent, alors que celui-ci n’avait rien demandé. Pour le meilleur, c’est l’apiculteur dont les abeilles pollinisent gratuitement les arbres de l’arboriculteur. Pour le pire, c’est un système crachant des milliards de voitures jetables qui, loin de contribuer à la santé de notre futur, épuisent les ressources de notre bonne vieille Terre. « C’est encore un idéal. Mais si on en réalise 60%, ce sera déjà bien ! », conclut le spécialiste. —

DANS LES PAYS DE LA LOIRE, LES CITOYENS REMONTENT AUX RESSOURCES

« Quelles sont les richesses que nous détenions et que nous avons perdues ? Celles à transmettre aux générations futures ? Qu’est-ce qui compte le plus ? » Dans les Pays de la Loire, des citoyens, des associations, des chefs d’entreprise et des élus planchent sur ces questions depuis janvier. Objectif : trouver de nouveaux outils de mesure de la richesse de la région. Les indicateurs habituels butent sur leurs propres limites : essayez un peu d’évaluer la crise écologique actuelle avec le PIB !

Sur une idée de l’Observatoire de la décision publique (ODP), le Conseil régional s’est donc attelé à la fabrication de nouveaux thermomètres pour prendre la température de son territoire. L’ODP, présidé par le philosophe Patrick Viveret, n’en est pas à son coup d’essai. On le retrouve derrière le Forum pour d’autres indicateurs de richesse, mis sur pied lors de la Commission Stiglitz en 2008. Ou le retour, l’année suivante, de la régie Eau de Paris dans le giron du service public. « L’ODP a mené pendant un an et demi un travail très important pour faire accepter le changement de statut chez le personnel. C’est un bon exemple de démocratie sociale, qui a nourri mon argumentaire auprès des politiques et du maire Bertrand Delanoë », observe Anne Le Strat, présidente d’Eau de Paris et adjointe au maire, chargée de l’eau.

Pour créer les nouveaux indicateurs de richesse des Pays de la Loire, la technique de l’ODP est simple : on discute d’abord, on invente ensuite. « Nous n’avons pas suivi la pratique habituelle, qui consiste à prendre des indicateurs alternatifs pour les adapter au territoire. Nous sommes partis à l’envers. C’est inédit en France », se félicite Hélène Combe, déléguée générale de l’ODP. Plus de 2 000 personnes ont participé, toute l’année, aux rencards fixés dans des lieux publics, des entreprises ou des lycées. Une centaine de débats en tout. Ce qui en sort ? « La prise de conscience de la nécessité du collectif pour combler la perte de lien social, l’exigence de partage et de solidarités, l’urgence de la protection de l’environnement », résume Hélène Combe.

Avec son équipe – ODP, région, Société publique locale d’aménagement, Ecole des mines – elle va désormais proposer, début 2012, les nouveaux instruments de mesure, histoire de mettre en œuvre « un autre développement ». Ensuite ? Elus et citoyens devront mettre la main à la pâte. —

TRIODOS, CHAMPION NÉERLANDAIS DE LA BANQUE DURABLE

« Soyez fier de votre épargne. » Le slogan est osé en ces temps troublés. Pourtant, les clients de Triodos qui témoignent sur Youtube affichent bel et bien leur fierté. Eux savent qu’ils épargnent utile et que, d’un clic de souris, ils ont accès aux projets soutenus par leur banque. Eux ont compris qu’on pouvait se servir de ses économies comme d’un contre-pouvoir à la finance folle. Car Triodos est devenue la banque durable de référence. Née il y a trente ans aux Pays-Bas, sa notoriété y est montée en flèche à la faveur de la crise.

Ce qui fait la différence ? La volonté de faire rimer rentable avec durable. Pas question de jouer avec les créances titrisées et autres produits complexes. Chez Triodos, on fait simple. La banque n’est pas cotée en Bourse et les dépôts des clients servent à financer des projets concrets : une entreprise de livraison à vélo, une chaîne de restauration rapide bio, des projets d’énergie renouvelable, etc. Bref, la fameuse « économie réelle ». Quant aux placements, ils filent dans des fonds éthiques. Une équipe ne cesse d’évaluer les entreprises cotées en Bourse pour voir si elles ont le bon profil. Et pour la rémunération ? « S’il vous importe peu de savoir ce que devient votre argent, vous trouverez mieux dans d’autres banques », résume Paul Gérard, responsable de la com de Triodos Belgique. Pour un compte épargne, le taux de base est de 1 % + 0,25 % de prime de fidélité, ce qui correspond à la fourchette basse de la moyenne des banques.

Et ça marche. En 2010, l’établissement affichait une hausse des bénéfices de 20 % (à 11,5 millions d’euros), du nombre de clients de 11 % (285 000), des crédits aux entreprises de 28 % (2,1 milliards d’euros). Et le staff est passé de 300 employés en 2005 à près de 700 aujourd’hui. Triodos a pris pied en Belgique, en Grande-Bretagne, en Espagne et en Allemagne. Pas encore en France. « On y réfléchit », glisse Paul Gérard. Mais Triodos a deux principes : ne pas grandir trop vite et répondre à une demande. Avis aux amateurs ! —

LE CHIEMGAUER, LE BILLET QUI OUVRE GRAND LA BAVIÈRE

Cela ressemble à des billets de Monopoly. Mais au cœur des Alpes bavaroises, le « Chiemgauer » est une monnaie tout à fait officielle. Alors que l’euro vacille, ces petits billets très colorés ont le vent en poupe : 2 000 consommateurs les utilisent et 400 entreprises régionales les acceptent, du coiffeur au dentiste. Lancé en 2003, la devise se propose de soutenir l’économie locale contre la mondialisation. « Utiliser le Chiemgauer, c’est envoyer un message de solidarité à son commerçant », explique Christophe Levannier, vice-président de Regios, l’association qui gère cette monnaie régionale. « Cela veut dire qu’on préfère acheter local, plutôt que dans une grande enseigne nationale ou internationale. »

Le Chiemgauer est à parité avec l’euro. Mais pour éviter qu’ils ne dorment dans les tiroirs, les billets ont une durée de vie limitée à trois mois. Une façon d’accélérer la « vitesse de la monnaie », le nombre de fois qu’un même billet est utilisé. « C’est psychologique, glisse Christophe Levannier. Quand on a des Chiemgauer et des euros en poche, on préfèrera utiliser la monnaie locale en priorité. De plus, les bénéfices restent enfermés dans la région, au lieu de courir la planète à la recherche du placement le plus rentable. » Selon leurs créateurs, les Chiemgauer tournent ainsi trois fois plus vite que la monnaie unique. L’an dernier, plus de 4 millions d’euros d’achats ont été réglés avec la monnaie alternative. Et quand les billets sont périmés ? Il faut payer une commission de 2 % pour les réutiliser. Les sommes ainsi récoltées – plus de 10 000 euros par an – servent à financer des projets sociaux.

Monnaie idéaliste ? « Monnaie protectionniste », dénoncent ses détracteurs. « A grande échelle cela pose un problème en termes de commerce extérieur », prévient Gerhard Rösl, professeur d’économie et ancien de la Bundesbank. Reste que le Chiemgauer fait des émules : une cinquantaine de monnaies régionales ont désormais cours outre-Rhin. —

LA NORVÈGE PREND LE TRAIN DE LA PARITÉ

Flytoget collectionne les titres. En 2008, la compagnie ferroviaire qui assure la liaison de l’aéroport d’Oslo à la gare centrale a été élue meilleur employeur de Norvège. En 2010, elle a décroché la première place des entreprises les plus populaires du royaume, avec un taux de satisfaction de ses clients de plus de 80 %. Kari Skybak, directrice des ressources humaines, en est convaincue : la parité au sein de l’entreprise est « un des facteurs » de ce succès. En 2003, la Norvège a été le premier pays au monde à adopter une loi exigeant que les femmes occupent au moins 40% des postes, au sein des conseils d’administration de ses grandes entreprises. Les patrons avaient jusqu’en 2005 pour se mettre en règle. Le gouvernement norvégien leur a finalement adressé un ultimatum : sans respect de la loi avant 2008, leurs compagnies seraient dissoutes. L’objectif est aujourd’hui atteint.

Fondée en 1992, Flytoget est allée plus loin. Non seulement, les femmes occupent la moitié des sièges du conseil d’administration et des postes de direction, mais elles représentent plus de 50 % des effectifs de la compagnie, qui compte 330 salariés, le tout, sans discrimination active à l’embauche. « Nous avons des clients des deux sexes, du monde entier et nous essayons de faire en sorte que cette diversité se reflète aussi chez nos employés », explique Sverre Høven, le directeur des opérations.

Les hôtesses, par exemple, sont encouragées à suivre la formation de conducteur de train, si elles le souhaitent. Un corps de métier encore dominé par les hommes. Mais chez Flytoget, elles sont désormais 15 % à exercer cette profession. Sverre Høven n’y voit que des avantages : « Leur arrivée bouscule un certain conservatisme. » Pour Kari Skybak, « les hommes réagissent souvent de façon plus rationnelle, tandis que les femmes sont conscientes de l’importance de l’affectif, ce qui améliore souvent la communication ». Pour autant, selon le quotidien Aftenposten, seules 5 des 220 entreprises norvégiennes cotées en Bourse sont dirigées par des femmes. Et elles ne représentent toujours que 17 % des effectifs des conseils d’administration des PME du pays. —

LA PUB INTERDITE DE SÉJOUR À SAO PAULO

Pollution sonore, embouteillages, délinquance, São Paulo n’est en rien un modèle d’urbanisme. Et pourtant, la capitale économique du Brésil a été la première ville au monde à interdire la publicité dans son espace public. Depuis le début des années 2000, d’immenses panneaux publicitaires fleurissaient dans ses rues, leur nombre croissant avec le pouvoir d’achat des habitants.

La loi « ville propre », votée à la quasi-unanimité par le conseil municipal, fut la réponse des autorités locales face à cette prolifération de la pollution visuelle. Le 1er janvier 2007, toute publicité visible de la rue a donc dû disparaître. Et les enseignes commerciales sont aujourd’hui encadrées par des normes strictes de taille, hauteur et espacement qui dépendent de la hauteur de l’immeuble. Quel que soit l’événement, festivals, élections municipales et même Coupe du monde de football, la municipalité assure qu’aucune exception n’est envisagée.

Mais après avoir accusé le coup, les annonceurs se sont adaptés : la publicité s’est déplacée vers les ascenseurs, les taxis, les zincs de bars… Les hommes sandwich ont également repris du service. Les espaces qui échappent à la règle, comme le mobilier public urbain, les abribus ou le métro, sont quant à eux littéralement envahis, non seulement de publicités classiques, mais aussi d’écrans de télévision qui diffusent en boucle des films publicitaires.

Malgré cette échappatoire, le caractère novateur de la lutte de São Paulo contre la pollution visuelle à grande échelle inspire le gouvernement fédéral. Depuis juin dernier, une loi visant l’interdiction de la publicité infantile est en discussion au Parlement. Son objectif ? Protéger les enfants et lutter contre « la consommation excessive des familles ». —

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Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice est journaliste scientifique.

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