Franck Magloire, Ouvrière, l’Aube Poche, 176 pages, 8 euros.
Délocalisations obligent, l’ouvrier est un animal social en voie de disparition, du moins sous nos latitudes. A ce titre, chaque témoignage sur la "condition ouvrière" est une pépite pour historiens. Mais ce qu’ont compris les cinéastes plus que les écrivains (Ken Loach, les frères Dardenne, etc.), c’est que le sort des ouvriers évoque bel bien le nôtre. Car la manière dont un pays traite ses ouvriers préfigure probablement celle qui attend ses employés, cadres et autres "intellos précaires", à plus ou moins long terme.
Trente ans d’histoires
C’est l’un des grands mérites du roman de Franck Magloire, qui se glisse dans la peau de sa mère, ouvrière pendant trente ans à Moulinex. Dans son récit à la première personne, elle (il) raconte par le petit bout de la lorgnette, la France du travail, des années 1970 à aujourd’hui. D’abord, celle du plein emploi et des classes sociales bien marquées, jusque dans le port de blouses de couleurs différentes. Puis celle de l’arrivée de Mitterrand et de la crise. Enfin celle du chômage, de la "flexibilité". Celle de la montée du Front national et de la précarisation galopante. Et au bout du compte, celle de la fermeture de Moulinex, en 2001.



























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