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22-08-2011

Nigeria : Shell épinglé par le PNUE

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Nigeria : Shell épinglé par le PNUE
 
Un rapport du PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement) confirme une pollution massive du pays Ogoni liée à l'activité pétrolière et pointe notamment la responsabilité de Shell qui a exploité la zone jusqu'en 1993.
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Shell est décidément dans l’œil du cyclone. Alors que la fuite d’un de ses oléoducs menace de marée noire la mer du Nord, le pétrolier a été largement montré du doigt début août dans un rapport du PNUE sur l’état de pollution d’une région du Nigeria. Diligenté par le gouvernement nigérian et financé par Shell, ce rapport, au départ controversé a nécessité 14 mois d’investigations approfondies (122 km² de droits de passage d’oléoducs et 5 000 dossiers médicaux étudiés) pour aboutir à une conclusion sans appel : reconnaissant une contamination environnementale du pays Ogoni dans le delta du Niger, le PNUE estime à 30 ans le temps nécessaire à une restauration environnementale complète.

Et il y a urgence au vu de la pollution très importante de l’eau potable dans certaines zones. A Nisisioken Ogale, la population ingère de l’eau en provenance d’un puits contaminé au benzène à un niveau 900 fois supérieur à ce que préconise l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Une couche de 8 cm de pétrole raffiné flottant dans la nappe phréatique alimentant le puits.

Le système de gestion de Shell peu performant

Fuite de pétrole en Mer du Nord Depuis mercredi dernier, une fuite s’est déclarée sur une plateforme pétrolière de Shell en Mer du Nord à près de 180 km des côtes écossaises. Avec plus de 1300 barils de pétrole déversés il s’agit de la pire marée noire enregistrée en Mer du Nord depuis 10 ans, restant néanmoins sans commune mesure avec la catastrophe de Deepwater Horizon en Floride (5 millions de barils). Alors que Shell assurait samedi avoir colmaté la fuite, une seconde, moins importante, s’est déclenchée en début de semaine.

Shell affirme néanmoins avoir le contrôle de la situation. Les associations environnementales telles que Greenpeace et la société royale de protection des oiseaux (Royal Society for the Protection of Birds RSPB) ont dénoncé le manque de transparence de Shell qui a attendu près de 48h avant de rendre la fuite publique. La RSPB écossaise a appelé au lancement d’une enquête afin d’avoir accès aux données de Shell et de connaître précisément les circonstances de l’accident. Le Ministère de l’Energie et du Changement Climatique devrait s’en charger.

Car le rapport pointe du doigt l’inefficacité des mesures de dépollution mises en œuvre par la Shell Petroleum Development Company (SPDC), une coentreprise regroupant notamment Shell et la NNPC (Nigerian National Petroleum Corporation)(1). « L’étude conclut que le contrôle, la maintenance et la mise hors service des gisements pétroliers sont inadéquats. Les propres procédures de la SPDC n’ont pas été appliquées, créant des problèmes de sureté et de santé publique » peut-on lire dans le rapport.

Si la société n’exploite plus le pétrole de la zone depuis 1993, les puits n’ont toujours pas été réhabilités. La « bio-remediation » (accroître l’activité des micro-organismes pour éliminer le pétrole), seule technique observée par le PNUE en pays Ogoni et notamment utilisée par la SPDC, est considérée actuellement comme peu performante par le rapport. Le PNUE ajoute que 10 sites sur les 15 étudiés et pour lesquels les enregistrements de la SPDC notent une procédure d’assainissement achevée sont en fait encore pollués.

Enfin, s’il reconnait que depuis 2010, Shell a mis en place un nouveau système d’assainissement plus performant, il ne répond toujours pas aux exigences réglementaires locales et aux pratiques internationales. « La SPDC est déjà en train de revoir les techniques d’assainissement utilisées dans le delta du Niger et cherche à impliquer des experts internationaux indépendants afin de trouver une façon de les améliorer » réplique néanmoins Shell sur son site Internet.

Pour Amnesty International, le PNUE confirme une publication de l’ONG en 2009 (voir article lié) et intitulée « Nigeria : petroleum, pollution and poverty in the Niger Delta » (2) mettant directement Shell en cause dans la pollution et la paupérisation de la zone. « Ce rapport prouve que les activités de Shell ont eu des répercussions désastreuses au Nigeria, mais que l’entreprise s’en est sortie en niant cet état de fait pendant des dizaines d’années, prétendant travailler dans le respect des normes internationales les plus élevées », insiste Audrey Gaughran, en charge des questions relatives aux enjeux internationaux à Amnesty International. De quoi en rajouter à l’image déjà fortement écornée de l’entreprise.

Les oléoducs : sabotés ou mal entretenus ?

Pourtant, la société pétrolière n’est pas encore prête à faire son mea culpa. Pour elle, le fléau de la pollution en pays Ogoni est essentiellement dû aux sabotages des oléoducs qu’elle possède dans la zone. Sur le site Internet de l’entreprise, un document affirme même que 70% des fuites de pétrole de la SPDC sont dues à ces activités. Plusieurs ONG dont Amnesty International et les Amis de la Terre ont néanmoins plusieurs fois remis en cause les chiffres avancés par la compagnie pétrolière qui, selon elles, n’ont jamais été justifiés. (voir article lié)

Néanmoins, un jour avant la parution officielle du rapport du PNUE, la société a fait machine arrière à propos de deux marées noires survenues en 2008 et 2009. Elles avaient provoqué la fuite d’environ 45 millions de litres de pétrole de ses oléoducs, une quantité comparable à la catastrophe de l’Exxon Valdez en 1989. Jusqu’à aujourd’hui, Shell affirmait que ces fuites étaient essentiellement dues au sabotage des oléoducs. Elle reconnait aujourd’hui qu’elles ont en grande partie été causées par le mauvais entretien de ses conduites.

Mais pas question pour autant de prendre l’entière responsabilité de la pollution en pays Ogoni. « Il est regrettable […] de donner l’impression que la SPDC en particulier et les compagnies pétrolières en général soient responsables de toutes les fuites de pétrole au Nigeria », insiste dans une lettre Mutiu Sunmonu, directeur de Shell Nigeria. L’entreprise propose même depuis le début de l’année de suivre sur Internet toutes les fuites ayant lieu sur le réseau avec leurs causes respectives. S’il ne dédouane pas Shell à ce sujet, le rapport du PNUE fait néanmoins état de ce problème assez récent qu’est le raffinage artisanal issu de pétrole obtenu illégalement par le sabotage des oléoducs. A Bodo West, entre 2007 et 2011, il a ainsi été enregistré une baisse de 10% de la couverture de mangrove saine liée à l’augmentation de ce phénomène.

Une première étape

Le PNUE préconise donc la création de nouvelles institutions avec notamment l’établissement d’un Fonds pour la Restauration Environnemental du Pays Ogoni rassemblant 1 milliard de dollars (690 millions d’euros) collectés par le gouvernement et l’industrie pétrolière. Ils permettraient de financer les 5 premières années de restauration. « Le PNUE espère que ces conclusions permettront de mettre fin à des décennies d’impasse dans la région et fourniront une base sur laquelle la confiance pourra être construite et des mesures pourront être prises afin de remédier aux multiples problèmes de santé et de développement durable affectant le peuple Ogoni » a conclu Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE lors de la présentation du rapport.

(1) la SPDC est composée à 55% de la NNPC, 30% de Shell, 10% de Total et 5% d’Agip.

(2) "Nigeria : pétrole, pollution et pauvreté dans le delta du Niger"

En partenariat avec Novethic, le média expert du développement durable.

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Journaliste stagiaire à la rédaction de Terra eco

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