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Mode d’emploi pour dictateur du monde arabe

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Mode d'emploi pour dictateur du monde arabe
(Légende photo : « Moubarak, toi et ta femme, barrez-vous en Amérique » - Crédit photo : Iman Mosaad/Flickr )
 
Pourquoi les nations arabes sont-elles si souvent des dictatures ? Parce que, riches en pétrole, elles peuvent faire vivre leur population sans leur accorder trop de pouvoir, souligne Şahin Alpay, professeur au département de sciences politiques à l'Université de Bahçeşehir à Istanbul.
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La semaine dernière j’ai assisté à une conférence sur l’état de la liberté d’expression et de la presse dans le monde, organisée par l’Unesco à Paris. Un des intervenants était un journaliste palestinien, Khaled Abou Aker, directeur du réseau internet des médias arabes (AMIN). Pendant sa prise de parole, Abou Aker a soutenu que l’arrivée d’internet dans les années 1990 ainsi que la création de la chaîne de télévision Al-Jazzera fut une véritable révolution pour le monde arabe. D’après lui les récentes rébellions contre les régimes autoritaires sont en grande partie dues à l’action de ces nouveaux médias. Ces moyens de communication ont renforcé le pouvoir du peuple en lui permettant de surpasser la censure.

Les révoltes populaires en Tunisie et en Egypte ont provoqué un débat sur les raisons pour lesquelles les régimes autoritaires dominent le monde arabe. En fait, il n’y a jamais eu de démocratie dans les seize pays qui composent le monde arabe, à part pour le Liban avant la guerre civile de 1975. Pourquoi ? La meilleure analyse selon moi est donnée par l’éminent spécialiste en sciences politiques Larry Diamond. On retrouve cette analyse dans un article publié il y a un an et intitulé « Pourquoi n’y a-t-il pas de démocraties arabes ? » (Journal of Democracy, Vol. 21, No. 1, January 2010). Selon Larry Diamond, l’absence de démocratie dans le monde arabe ne s’explique pas par la prépondérance de la religion — l’Islam — car il existe déjà des Etats démocratiques musulmans (comme la Turquie, l’Albanie, le Sénégal et la Malaisie). Cela ne peut pas non plus s’expliquer par la culture politique car des études montrent qu’une majorité de personnes dans les pays arabes est favorable à la démocratie et à plus de libertés politiques. Et cela ne varie pas en fonction du degré d’implication dans la pratique religieuse.

Le fléau du pétrole

De ce fait, il est clair que l’absence de démocratie dans le monde arabe doit être expliquée par d’autres facteurs. Un de ces facteurs pourrait être celui appelé « le fléau du pétrole ». Onze des seize pays arabes tirent la majorité de leurs revenus du pétrole et du gaz (entre 70 et 90 %). Il n’y a pas de démocratie dans les vingt-trois Etats dont le pétrole et le gaz sont les principales sources de revenus. Ces rentes tirées du pétrole découragent les investissements et empêchent de ce fait tout développement socio-économique. De plus, ces rentes permettent aussi aux Etats de procurer à leurs citoyens un niveau de vie minimum sans les taxer. Le fait de ne pas taxer la population permet à ces gouvernements de contenir toute demande de représentation politique.

Les revenus du gaz et du pétrole permettent à l’Etat de développer une police intérieure très répressive et des services secrets performants. Les régimes autoritaires arabes sont les premiers au niveau mondial en termes de PIB (Produit intérieur brut) dépensé pour la « sécurité ». Cependant, ils ne se reposent pas seulement sur la répression. Dans des pays comme l’Egypte, l’Algérie, le Maroc, la Jordanie ou le Koweït, les mécanismes de représentation politique sont utilisés pour perpétuer les régimes avec, par exemple, des élections truquées. L’aide étrangère qu’ils reçoivent est le principal facteur extérieur qui aide ces régimes autoritaires à survivre — auparavant de la part de l’Union Soviétique, et depuis la fin de la Guerre froide de la part des Etats Unis et de ses alliés européens — en termes de ressources économiques, d’aide sécuritaire, et de légitimité politique. Un autre facteur extérieur est lié au conflit israélo-palestinien, qui permet à ces régimes de déplacer la frustration de leurs concitoyens vis-à-vis de la corruption et de la répression vers le problème palestinien. En outre, un autre facteur est la solidarité entre les régimes autoritaires. Une telle solidarité a transformé les vingt-deux membres de la ligue arabe en ce que Diamond appelle un « club d’autocrates convaincus ».

La révolution internet

Est-ce que le monde arabe est condamné à être gouverné par des régimes autoritaires ? Diamond avance trois éléments qui pourraient changer le sort du monde arabe : 1) L’émergence d’un régime démocratique (l’Egypte par exemple) qui serait perçu comme un modèle pour la région. 2) Un changement dans la politique américaine, traduit par un arrêt du soutien des régimes autoritaires et un encouragement du processus de démocratisation. Dans ce contexte, Diamond souligne la nécessité pour les Etats-Unis et ses alliés européens de s’engager aux côtés des opposants islamistes qui souhaitent se dévouer à la mise en place de démocraties libérales. 3) La réduction de moitié des prix du gaz et du pétrole et l’avènement des énergies renouvelables. L’analyse de Diamond, résumée ci-dessus, apporte des arguments pour comprendre la longévité des régimes autoritaires arabes. Elle donne aussi des clefs pour comprendre comment ces gouvernements peuvent être renversés. Mais elle néglige un facteur qui pourrait être majeur dans ce mouvement révolutionnaire. Le journaliste palestinien, Abou Aker, cité précédemment, a insisté en particulier sur ce facteur : les conséquences de la révolution de l’information déclenchée par internet et la télévision satellitaire.

Cet article a initialement été publié sur le site Zaman

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Professeur au département de sciences politiques et relations internationales à l’Université de Bahçeşehir à Istanbul (Turquie).

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