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Mattel (encore une fois) blâmé pour ses conditions de travail

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Mattel (encore une fois) blâmé pour ses conditions de travail
(Crédit photo : bethanyking -Flickr)
 
Les rapports dénonçant les mauvaises conditions de travail chez les fournisseurs du fabricant de Barbie se multiplient. Mais Mattel ne change rien.
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Les enquêtes sur les conditions de travail des sous-traitants de Mattel se suivent et se ressemblent hélas beaucoup. Dernière enquête en date, publiée fin novembre : celle de l’ONG China Labor Watch (CLW), dont plusieurs membres se sont fait embaucher comme ouvriers. Une méthode « insider » également pratiquée par la Sacom, l’association des étudiants et universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises, qui mène des enquêtes dans les usines chinoises en envoyant des étudiants volontaires travailler dans les usines pendant une période de 2 à 3 semaines.

Le rapport de China Labor Watch est relayé en France par la CGT et Peuples Solidaires, qui rappellent que Mattel est l’une des premières marques au monde à avoir adopté un code de conduite pour ses fournisseurs (en 1997), mais que cela n’a pas empêché une dégradation des conditions de travail chez ses sous–traitants depuis. Le rapport fait état d’au moins 15 violations des droits et de l’éthique dans quatre usines employant en tout 10 000 personnes :
- heures supplémentaires illégalement sous payées et excessives
- travail forcé
- nombreux problèmes de santé et de sécurité au travail
- absence de formation des ouvrier-e-s
- absence d’examens médicaux
- difficultés à démissionner
- irrégularités dans les contrats de travail
- travail non rémunéré
- absence d’assurance sociale
- recours abusif à des travailleurs intérimaires
- salaires insuffisants pour vivre dignement
- mauvaises conditions d’hébergement et d’alimentation
- règles disciplinaires abusives et absence de mécanismes de plainte efficaces.

Un code d’éthique en toc

Des journées de travail de 11h avec, en période de Noël des pics de production qui laissent seulement deux jours de repos par mois (les ouvriers font jusqu’à 200 heures supplémentaires, soit six fois plus que la limite légale) et s’entassent dans des dortoirs. Le constat n’est pas nouveau et déjà en 2003 le fonds de pension de l’Etat de New York avait demandé à Mattel, lors de son assemblée générale, de s’expliquer sur les violations du droit du travail chez ses fournisseurs chinois. Cette proposition de résolution faisait suite à un rapport du HKCIC (Honk-Kong Christian Industrial Commitee) publié en 2001 et soulignait « qu’en dépit de codes de conduite instaurés par Mattel dans ces usines chinoises, ces derniers sont violés au même titre que le droit du travail chinois, certains ouvriers n’étant même pas informés de l’existence de tels codes ».

Marie-Claude Hessler, actionnaire militante de Mattel, est également présente chaque année à l’AG du groupe pour l’interpeler sur le sujet. Mais force est d’admettre que malgré les audits que le groupe a lui-même menés entre 2007 et 2008, les conditions de travail se sont détériorées. Le groupe, qui décline sa politique RSE (« playing responsability ») dans un rapport publié en 2009 , explique s’assurer que les conditions de travail sont conformes à son code de conduite et qu’il mène des audits fondés sur la « tolérance zéro » en cas de manquement.

Mattel se félicite également d’avoir reçu plusieurs prix pour sa politique RSE – le groupe fait partie des 10 premiers parmi les « 100 meilleures entreprises citoyennes » et figure dans la liste des « 100 meilleures entreprises où travailler » (de quel classement ?). Des distinctions qui cachent mal le manque de transparence sur sa chaîne de sous-traitance : si le groupe affirme avoir 70 fournisseurs, il ne communique aucun chiffre sur les sous-traitants de ces derniers. Par ailleurs, si avant 2009, les audits de Mattel étaient confiés à une ONG « Sethi International Center for Corporate Accountability » (SICCA), qui se rendait dans les usines gérées directement par Mattel et chez ses fournisseurs, pour vérifier l’application du code de conduite et formuler des recommandations pour mettre un terme aux violations avérées, le groupe a abandonné cette initiative. Sans doute parce que le constat de l’ONG était accablant. Dans son dernier rapport datant de 2008, SICCA explique qu’ « il est évident que les actions de Mattel à la suite de nos précédents audits n’ont pas été efficaces (…) nous avons l’impression qu’aucune de nos recommandations d’actions correctives ne sera à même d’entraîner des changements significatifs tant que Mattel ne s’engagera pas pour que l’usine applique ces recommandations ».

Agir, enfin

Après 2009, Mattel s’est tourné vers le système de certification et d’audits de la Fédération internationale des industries du jouet, l’ICTI, système interne régulièrement critiqué par les ONG pour son manque d’indépendance. La certification accordée par l’ICP fait l’objet de vives critiques depuis de nombreuses années. « Cette initiative a en effet lancée et n’est gérée que par des représentants des entreprises, expliquent-elles dans le rapport. Elle ne publie pas les résultats des audits qu’elle dit mener annuellement auprès des milliers d’usines qu’elle a certifiées. Et enfin, son référentiel de certification lui permet d’accorder une certification (« seal of compliance ») à des usines qui ne respectent même pas la loi chinoise, puisqu’elle autorise un dépassement conséquent du nombre d’heures supplémentaires prévues par la loi ».

Une fois encore, les ONG demandent à Mattel de revoir ses pratiques d’achat et de publier la liste de tous ses fournisseurs. Dans leur appel urgent Peuples Solidaire, la CGT et CLW demandent également la création de comités de travailleurs au sein des usines et de hotlines indépendantes, assurant un canal direct à travers lequel les employés peuvent « contacter une organisation indépendante et exprimer leurs plaintes ».

- Cet article de Véronique Smée a été initialement publié par Novethic, le média expert du développement durable

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