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3-05-2011
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Agriculture
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Les agrocarburants : vrai ou faux bonus pour la planète ?

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Les agrocarburants : vrai ou faux bonus pour la planète ?
(crédit photo : Sam Beebe/Flickr)
 
Les agrocarburants pourraient permettre d'économiser 2,1 gigatonnes de CO2 en 2050 selon un rapport de l'Agence internationale de l'Energie (AIE). Vrai ? Tout dépend de la méthode de calcul.
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Ils pourraient répondre à 27 % des besoins en carburant d’ici à 2050 contre 2 % aujourd’hui. C’est en substance ce que soutient le rapport de l’AIE. Et le texte d’affirmer que cette hausse de la production ne concurrencerait pas les terres vouées à l’agriculture vivrière. Malgré une demande en produits alimentaires qui devrait s’accroître de 70% d’ici à 2050, augmentation de la population oblige. « Il s’agit certes d’une approximation, mais le risque de compétition est limité, à condition néanmoins de mettre en place un cadre politique adéquat », affirme Anselm Eisentraut, co-auteur du rapport.

L’environnement va-t-il trinquer ?

« En théorie, oui, on pourrait augmenter la superficie dédiée aux agrocarburants sans concurrence. Mais il est difficile de dire dans quelles proportions. On ne sait pas vraiment combien d’hectares sont disponibles et réellement utilisables pour faire des agrocarburants et on manque de chiffres sur l’augmentation nécessaire de leur rendement », explique Jean-Christophe Bureau, chercheur à l’Institut National de la Recherche Agronomique (Inra). Le rapport, lui, préconise 70 millions d’hectares en plus (pour atteindre les 100 millions d’ha) dédiés à ces cultures d’ici à 2050 soit un peu moins d’une fois et demie la superficie de la France. D’après les données actuelles de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) cela reviendrait à couvrir d’agrocarburants non plus 1 mais 2% de la surface agricole mondiale !

Mais l’environnement risque-t-il d’en pâtir ? Le rapport cite l’exemple d’une expérience de réorganisation de terres au Brésil (« Agro-Ecological Zoning of Sugar Cane »). En faisant passer la densité des bêtes de 1 à 1,56 à l’hectare, on pourrait gagner 60 millions d’hectares utilisables à la fois pour les cultures vivrières et énergétiques. L’effort ne paraît pas colossal. « Mais ça posera d’autres problèmes notamment de pollution des nappes phréatiques », précise Jean-Christophe Bureau. « Finalement on est toujours dans le même triptyque énergie-alimentation-biodiversité : quand on tire sur l’un, c’est les deux autres qui en pâtissent ».

Voilà pour l’élargissement des surfaces. Mais pour l’AIE, un autre levier existe : l’amélioration du rendement des agrocarburants. En s’inspirant de données historiques et d’informations recueillies auprès des industriels, elle estime que la quantité d’agrocarburants produits pourrait être multipliée par 10 alors que les terres allouées ne seraient multipliées que par 3. « Ces valeurs ont été passées en revue par un comité qui comprend des industriels mais aussi des organisations non gouvernementales [dont le WWF] », précise Anselm Eisentraut.

Une vraie économie de CO2 ?

Reste un débat, sensible dans le milieu des agrocarburants, sur lequel le rapport de l’AIE recense des informations mais ne tranche pas : les ILUC. Ou en décodé : « Indirect Land Use Change Impacts of Biofuels » (« impacts indirects du changement d’affectation des sols » déjà évoqués dans un article de Terra eco). Prenons un exemple concret. Un agriculteur européen qui choisit de cultiver du colza pour faire du biodiesel va consacrer moins de terre pour le colza destiné à l’huile alimentaire. La France va donc importer plus d’huile, par exemple de l’huile de palme produite en Indonésie au prix d’une déforestation massive. Prenez en compte cet impact indirect, et les agrocarburants deviennent beaucoup moins intéressants en terme d’économie de CO2. CQFD.

Mais faut-il comptabiliser ces impacts indirects ? Apparue dans le débat en 2008 suite à la publication de plusieurs articles scientifiques notamment dans la revue Science(1), la question du calcul n’est pas tranchée. Différentes simulations donnent même des bilans parfois très différents : de 21 à 156 g de CO2 équivalent émis par MégaJoule d’énergie produite pour le bioethanol de maïs par exemple (rapport 2010 de l’UE). Difficile d’obtenir aujourd’hui une étude scientifique objective car les lobbies veillent au grain. « Ce débat au départ scientifique est devenu politique », précise JC Bureau.

En Europe, l’enjeu est de taille car la directive « énergies renouvelables » de 2009 menace de sucrer les subventions des producteurs d’agrocarburants. Elle propose notamment de n’accorder un soutien que lorsque les émissions de gaz à effet de serre (GES) seraient diminuées d’au moins 35% par rapport à celles d’un carburant classique. Essentiel donc pour la filière d’afficher un impact indirect faible. « Pas d’aides dit pas d’agrocarburant en Europe car ils sont peu rentables », explique en effet Jean-Christophe Bureau. Et l’étau se resserre. Le texte prévoit que les aides disparaissent pour les agrocarburants qui ne dépasseraient pas les 60% d’économie de GES d’ici à 2018. Pourtant, la question tarde à être tranchée. Fin 2010, une décision devait être prise. Le délai a finalement été prolongé au plus tard jusqu’en juillet prochain afin d’effectuer une « analyse approfondie ». Le rapport de l’AIE, lui, se garde bien de prendre position sur le sujet.

(1) "Use of U.S. Croplands for Biofuels Increases Greenhouse Gases Through Emissions from Land Use Change”, Searchinger et al, Science Magazine, February 7, 2008

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Journaliste stagiaire à la rédaction de Terra eco

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  • Dans un monde ou une grande partie de la population ne mange pas a sa faim ça fait toujours un peu bizarre. Commençons déjà par moins gaspiller... Enfin bon c vrai qu’on aimerait bien avoir une réponse scientifique sur le CO2 émis quand même
    Nico
    Www.écolo-ville.fr

    4.05 à 18h25 - Répondre - Alerter
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