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28-02-2013
Mots clés
Agriculture
France

La foi en l’avenir d’une reconvertie en zone périurbaine

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La foi en l'avenir d'une reconvertie en zone périurbaine
(Crédit photo : Louise Allavoine pour « Terra eco »)
 
Sandrine Schlechter, 44 ans, à Migné-Auxances (Vienne).
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N° 45 - mars 2013

Paysans, la nouvelle idylle

Des bois, une rivière serpentant au milieu de prairies, une maison bourgeoise et une chapelle désaffectée, un corps de ferme. « Allez, Gary ! » Un grand chien noir rapplique au côté de la silhouette aux cheveux courts qui se rapproche d’un pas décidé. « Bienvenue au domaine de Malaguet, où se trouve ma parcelle de 1,5 hectare. » Sandrine Schlechter, 44 ans, parle d’un ton saccadé. Un de ceux qui traduisent un caractère trempé et l’habitude de prendre la vie comme elle vient. Elle fait partie d’une poignée de « reconvertis » d’origine non paysanne, à qui la ville de Poitiers, fraîchement engagée dans un projet d’agriculture périurbaine, a confié des lopins de terre, dans un cadre champêtre de 40 hectares, à moins de 10 km du cœur de l’agglomération. Un écrin où le temps s’est arrêté pendant trente ans, alors que l’urbanisation galopait autour de Poitiers. Un nouvel horizon aussi, pour cette mère célibataire de trois enfants, « pas urbaine pour un sou », qui n’a jamais pu se passer d’un potager : « Je compte beaucoup d’amis agriculteurs, mais n’étant pas du milieu, jamais je n’aurais imaginé m’installer à mon compte. En plus de l’accès à du foncier, je bénéficie ici de formations avec des “ tuteurs ” paysans et d’un accompagnement. »

Bol de liberté

Des bottes crottées et du grand air : c’est un bol de liberté pour elle qui a accumulé les petits boulots dans la région Champagne-Ardenne, puis s’est usée dix ans comme employée d’une chaîne d’ameublement, avant de prendre un congé parental, suivi de trois ans dans un jardin maraîcher d’insertion. Cet espace-test agricole, où elle fera pousser des légumes, est une aubaine… de court terme, pour l’instant : « Trois ans, selon le bail envisagé. Après, on verra bien. » Ses voisins de parcelles sont Bertrand, maraîcher, « qui se forme en ce moment à la traction animale », et Antoine et Sylvain, « deux petits jeunes », ex-ingénieurs, qui montent un commerce de plantes aromatiques et médicinales. Une coopérative est en projet pour mutualiser leurs matériels. La contrepartie de tous ces « privilèges », financés par le contribuable (1) ?

« Qu’on fasse du bio, ce qui me convient, étant moi-même une consommatrice exigeante », explique Sandrine, qui écoulera sa production en circuit court et sur les marchés. Aujourd’hui, « les demandes en paniers bios ne sont pas satisfaites localement, déplore-t-elle, au point que beaucoup de gens d’ici doivent se fournir dans les Amap des départements voisins ». Les mauvaises langues diront que le coup de pouce dont Sandrine bénéficie fait une concurrence déloyale aux agriculteurs du coin. L’élue Verte Christiane Fraysse, ardente promotrice du projet de Malaguet, s’insurge : « Les candidats ne se bousculent pas pour fournir à la ville ce type de produits dans le cadre de circuits de proximité. La Vienne est un département de grandes terres céréalières et l’un des trois touchant le plus de primes de la PAC. Les deux sont liés et, dans ce contexte, le maraîchage bio intéresse peu d’exploitants, alors que la demande est là. Et je ne parle pas que des cantines scolaires. »

Bref, le citoyen bio de Poitiers a la production locale qu’il réclame, en échange de quoi les nouveaux installés sont soutenus. Donnant-donnant. Que demander d’autre ? Une motivation à toute épreuve, car les vents contraires semblent se liguer à Malaguet. Sandrine ne se plaint pas, mais les difficultés sont là. Le capharnaüm devant les plants d’oignons ? C’est « la future ligne à grande vitesse Paris-Bordeaux. Quand j’ai vu les préfabriqués qui servent de base à ce sacré chantier, ça m’a fichu un coup », avoue la néopaysanne. Et derrière les grillages ? « Au départ, ça devait faire partie de nos parcelles agricoles, mais, depuis avril, ce sont les deux hectares de l’aire d’installation des gens du voyage, à titre provisoire… » Et à gauche ? « Le deuxième forage, qui permet d’arroser nos cultures depuis septembre. Avant ça, on ne pouvait pas vraiment bosser. »

Car, après l’échec du premier forage, qui a retardé le démarrage des cultures et siroté une partie du budget, Poitiers s’est résolue à faire appel à des sourciers, qui ont trouvé une solution, tandis qu’« un troisième forage est en négociation », précise Philippe Paradot, coordinateur du réseau InPact (2). Pour lui, « les difficultés d’ordre administratif rencontrées par le projet montrent qu’il est délicat de faire cohabiter les logiques agricole et urbaine ».

Un modèle à suivre ?

Sans compter les logiques défendues par les associations écologistes : l’une d’elles s’est opposée à la transformation en zone agricole de l’espace boisé classé du domaine, et une autre s’est attachée à en « sanctuariser » d’autres arpents, car il s’agissait de zones humides. Difficile de tout concilier ! Mais si le projet fonctionne en dépit des ces contradictions, il pourrait essaimer et servir de modèle à d’autres sites d’agriculture périurbaine. En attendant, quatre candidats à l’installation ont préféré jeté l’éponge. Sandrine, qui en a vu d’autres, elle, « reste motivée ». —

(1) La Région Poitou-Charentes et la Ville de Poitiers ont respectivement investi 30 000 et 100 000 euros dans le projet de Malaguet.

(2) L’InPact, l’initiative pour une agriculture paysanne citoyenne et territoriale est l’une des trois structures d’accompagnement impliquées sur le site.

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