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27-05-2013
Mots clés
Alimentation
France

La France risque-t-elle une pénurie de lait pour bébé ?

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La France risque-t-elle une pénurie de lait pour bébé ?
(Crédit photo : torbakhopper - flickr)
 
Les supermarchés britanniques et néerlandais rationnent les achats de lait pour bébés, faute de pouvoir faire face à la razzia des Chinois sur ces poudres. Qu'en est-il dans l'Hexagone ?
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, on n’avait pas vu ça depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le lait pour bébés y est, depuis quelques semaines, rationné. La raison ? Les Chinois de passage dans ces pays se ruent sur les boîtes de lait en poudre, et en ramènent de grandes quantités dans leur pays. Depuis le vaste scandale de lait frelaté à la mélamine, en 2008, qui a tué six nourrissons et provoqué des maladies chroniques chez 300 000 autres, les habitants de l’empire du Milieu n’ont plus confiance dans les laits produits localement. Une récente affaire de lait en poudre importé de Suisse et mélangé avec du lait périmé n’a fait qu’empirer la méfiance.

Jusqu’ici, la production néo-zélandaise, qui représente les deux tiers de la poudre de lait qui s’échange sur la planète, permettait de répondre en partie aux besoins de la population. Mais une forte sécheresse affectant les pâturages de la patrie des All-Blacks associée au boom de la demande chinoise (multipliée par 5 en dix ans !), pousse désormais les Chinois à s’approvisionner en Europe.

Des exportations vers la Chine en plein boom

Ils achètent des stocks entiers, au point de vider les rayons des grands magasins. Les exportations néerlandaises de lait en poudre pour nourrissons vers la Chine ont bondi de 190 millions d’euros en 2009 à 520 millions d’euros en 2012. Parce que le lait infantile est devenu une denrée rare, les autorités néerlandaises et britanniques ont dû limiter les achats des consommateurs – certificat de naissance de leurs enfants à l’appui - à ce qui correspond aux besoins normaux d’un enfant.

Peut-on connaître une telle situation en France ? Le journal 20 minutes relevait en avril que, dans certaines pharmacies des quartiers touristiques de la capitale, les touristes chinois viennent en groupe faire leurs emplettes. Pour nourrir leur bébé mais aussi parfois pour revendre au prix fort, et au noir, ces boîtes sur le marché local.

Pas de crainte de pénurie en France

La situation n’est pas source d’inquiétude pour le Syndicat des aliments de l’enfance, qui n’a eu vent d’aucune information inquiétante sur le sujet. Danone aussi reste zen : « On n’a aucun signe de rupture de stock à ce jour, mais on surveille ça de près », explique le géant français de l’agro-alimentaire qui commercialise notamment Candia et Blédina. Toutefois, le groupe présent partout dans l’Union européenne, a effectivement constaté que « depuis quelques mois, des filières d’exportations illégales de lait infantile de l’UE vers la Chine se sont créées ».

Entre mars et avril, la douane chinoise a arrêté 900 personnes en possession d’une quantité de lait en poudre supérieure à la réglementation. Près de 9 tonnes ont ainsi été saisies, notent Les Echos.

Les marques françaises peu connues des Chinois

En France, les douanes expliquent qu’il n’y a sur le lait pour bébé « aucune limitation à l’export », et qu’un Chinois pourrait donc acheter tout le stock d’un magasin pour le ramener chez lui sans être inquiété en quittant le territoire français. Mais la probabilité pour qu’une telle razzia survienne est faible, ne serait-ce que parce que « les marques de lait infantile commercialisées dans l’Hexagone sont moins connues des Chinois que celles vendues aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne », avance Danone.

Le secteur du lait infantile est florissant en France. La balance commerciale sur ce produit, ainsi que sur la poudre de lactosérum (la base des laits pour bébés, qui est ensuite enrichie), est largement excédentaire : 117 800 tonnes de lait en poudre ont été exportées en 2012 – dont 17 500 en Chine, soit dix fois plus qu’en 2009. Et 36 000 tonnes ont été importées selon la Maison du lait.

Mais les gros producteurs de lait infantile n’ont pas pour stratégie de tout miser sur le marché chinois, aussi dynamique soit-il, quitte à délaisser le vieux continent ou les autres pays à forte croissance comme le Brésil ou le Mexique. « On ne met pas tous nos œufs dans le même panier », résume Danone dont Dumex, sa marque de lait infantile vendue en Chine à partir de lait néo-zélandais, connaît une très forte croissance.

De nouveaux débouchés pour les éleveurs français

Pour Jacques Caillaud, directeur de la communication de Sodiaal, coopérative regroupant 12 100 producteurs de lait répartis dans 64 départements, l’explosion de la demande chinoise est une excellente nouvelle. Sodiaal a même signé un partenariat avec le groupe Synutra, troisième producteur de lait infantile en Chine.

A partir de 2015, quand deux nouvelles tours de séchage du lait - financées en grande partie par Synutra - seront sorties des terres de Carhaix (Finistère), les producteurs laitiers bretons fourniront chaque année 280 millions de litres de lait transformé et 30 000 tonnes de lactosérum à leur partenaire chinois, qui les revendra dans son pays. 2015, c’est justement la date prévue de la disparition des quotas laitiers à l’échelle de l’Union européenne. « Avec la fin des quotas, on va produire plus de lait, et le marché chinois nous offre de nouveaux débouchés. Pourvu que la valeur du lait reste bonne, cela nous garantira une nouvelle source de revenus. » Jacques Caillaud boit du petit lait.

Pour les éleveurs chinois, la nouvelle est au contraire dure à avaler. La production de lait maternisé par des entreprises chinoises a diminué fortement depuis le scandale à la mélamine. La seule année 2010 a vu la production baisser de 12%. Selon un sondage récent repris par le site marketing-chine, 70% des Pékinois sont hésitants à acheter des marques chinoises de lait maternisé en raison de craintes sur la sécurité sanitaire. C’est l’économie chinoise qui en pâtit, sans compter l’impact environnemental des importations de la France vers la Chine. Le lait en poudre, c’est peut-être léger, mais niveau bilan carbone, c’est du lourd...

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