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29-12-2014
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Société
Russie
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Igor Iassine fait sortir les gays du placard russe

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Igor Iassine fait sortir les gays du placard russe
(Crédit photo : Alexey Vinogradov)
 
Ce militant de 34 ans veut faire reconnaître l’égalité entre homos et hétéros, dans une Russie aux préjugés tenaces. Refusant le communautarisme, il lie son combat aux autres revendications sociales de son pays.
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N° 64 - janvier-février 2015

Les nouveaux résistants

Pour la première fois, les passants se montraient tolérants – voire compréhensifs. L’action avait même été autorisée par la mairie, fait rarissime. Le 12 octobre dernier, une vingtaine de militants gays et lesbiens ont manifesté pacifiquement et distribué des tracts anti-discrimination près d’un parc à Moscou, en Russie, pour célébrer la Journée internationale du coming out. Parmi eux, Igor Iassine, figure montante de la défense des droits LGBT (lesbiens, gays, bisexuels et transgenres), coutumier des attaques d’ultranationalistes et d’orthodoxes fanatiques. Cette fois, pas de gaz, ni de jets d’œufs, ni de coups. Mais trente minutes plus tard, la police arrivait. Des slogans homophobes ont fusé. Alors qu’ils quittaient les lieux, huit manifestants ont été arrêtés pour « désobéissance à un ordre légitime d’un agent de police ».

Igor Iassine le répète : son pire ennemi, c’est l’Etat. « L’homophobie est exploitée à des fins politiques, pour détourner l’attention de la population et la diviser. » Sa voix posée et son débit maîtrisé captivent. L’activiste, 34 ans, rêve de changer de régime. Il a fait ses classes subversives en Egypte, après une enfance tranquille dans une bourgade méridionale du Tatarstan, république autonome de la Fédération de Russie à moitié musulmane. Etudiant au Caire, il affronte l’état d’urgence et la police d’Hosni Moubarak (ancien chef d’Etat égyptien) pour manifester contre la guerre en Irak, en 2003.

Lecteur de Trotsky

C’est son premier combat. Il s’abreuve de littérature socialiste, marxiste et découvre Trotsky. L’autobiographie du révolutionnaire banni d’URSS, « davantage connu en France qu’en Russie », le passionne. D’où son adhésion, dès son retour, à la section russe du Comité pour une internationale ouvrière, organisation trotskyste. Les luttes syndicales et environnementales occupent ses premières années à Moscou. En 2006, il participe à une tentative de Gay Pride avec quelques dizaines de courageux, face à « des provocateurs coordonnés par la police ». C’est le déclic : « La communauté LGBT ne doit plus se contenter de vivre à l’abri des regards, dans les “cages dorées” des clubs gays. » Pour lui, au-delà de la parade, il faut s’organiser.

« Pour transformer la société, nous devons commencer par changer nous-mêmes, nous éduquer et surtout nous allier à d’autres mouvements – féministes, gauchistes, pour les droits de l’Homme… » Igor Iassine n’hésite pas à sortir le rainbow flag (drapeau arc-en-ciel, emblème LGBT) et à mobiliser son réseau contre les fermetures d’hôpitaux, par exemple. Cette stratégie de solidarité a payé lors des manifestations anti-Poutine de l’hiver 2011-2012. Parmi les premiers groupes à camper sur le boulevard Tchistye-Proudy (« Les Etangs Propres »), les membres de l’association Arc-en-ciel ont petit à petit rassemblé sous leurs bannières une centaine de personnes, y compris des hétéros. C’est presque un exploit en Russie, où les préjugés contre les minorités sexuelles sont tenaces. L’homosexualité a été retirée de la liste des maladies mentales en 1999 seulement. Mais le trentenaire est confiant dans la capacité de ses compatriotes à changer rapidement de point de vue. La société russe n’est pas conservatrice, pense-t-il, « et même sous Staline, les châtiments envers les gays étaient moins durs que ceux alors en vigueur au Royaume-Uni ». La loi contre la propagande homosexuelle envers les mineurs, soutenue après son vote en juin 2013 par 88% des Russes (1) ? « Paradoxalement, c’est notre meilleure alliée. Elle a suscité un intérêt pour la question. » Les homosexuels sont désormais considérés comme de « vrais » activistes. Igor Iassine ne manque pas une occasion de participer à un talk-show, y compris dans les médias officiels. Lui-même est journaliste pour le site Internet d’une chaîne d’info internationale financée par le Kremlin. Tout sauf provocateur, il argumente – contrairement à l’initiateur de la Gay Pride, Nikolaï Alexeïev, qui fatigue le public russe par ses sorties fracassantes.

Remarquable optimisme

Le militant n’hésite pas non plus à participer à des débats avec « des nationalistes de droite ». Il affiche un remarquable optimisme pour les droits LGBT. « Nous sommes dans une meilleure position que nos prédécesseurs aux Etats-Unis. Nous avons l’expérience de l’Ouest et des exemples inspirants, comme Stonewall », ces émeutes qui ont marqué le début des mouvements gays, en 1969 à New York. Pas question, donc, de se réfugier dans les pays plus tolérants. Il faut se battre de l’intérieur, « jusqu’à ce que la société nous considère au même titre que les blonds ou les porteurs de lunettes ».

(1) Selon l’institut de sondage financé par l’Etat Vtsiom

Igor Iassine en dates

2003 Etudiant en Egypte, manifeste illégalement contre la guerre en Irak

2004 Adhère au Comité pour une internationale ouvrière

2006 Participe à la première Gay Pride de Moscou

L’impact

Défense des droits LGBT dans plus de dix talk-shows

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Jeanne a voyagé de Saint-Pétersbourg à Irkoutsk, avant de partir vivre à Moscou comme nounou pour enfants de milliardaires. Une expérience enrichissante… qui n’était qu’une parenthèse dans sa vie de journaliste et qu’elle décrit, sous le pseudo de Marie Freyssac, dans un livre socio-anecdotique, Ma vie chez les milliardaires russes (Stock, 2013). Diplômée de l’école de journalisme de Strasbourg, elle a travaillé pour la presse spécialisée, oscillant entre microéconomie et développement durable. Ses plaisirs : partager un verre de vodka piment-miel et flâner dans le parc Gorki.

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