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12-06-2012
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Economie
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Economie verte : une aubaine pour sortir de la crise

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Economie verte : une aubaine pour sortir de la crise
(Crédit photo : Jeremy Levine Design)
 
Sommet de Rio, débat européen sur la croissance, élections législatives. Autant d'occasions de s'engouffrer dans l'économie verte pour redresser l'emploi, améliorer le bien-être ou favoriser le développement…
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Qu’y a-t-il de commun, en ce mois de juin, entre le rendez-vous international de Rio, le sommet de l’Union européenne sur la croissance et les élections législatives en France ? Quel est le trait d’union entre l’enjeu de la gouvernance globale, l’avenir de la construction européenne et les tensions qui parcourent le corps électoral français ? A nos yeux, ces trois échéances appellent les responsables politiques à relever enfin le défi de l’économie verte, à utiliser la contrainte environnementale comme un levier pour le développement, en favorisant l’activité économique et l’emploi, en améliorant le bien-être et en réduisant les inégalités sociales.

Une transition social-écologique peut nous permettre de dépasser la mondialisation à somme nulle, de sortir de la torpeur européenne et d’atténuer le malaise national. La crise que nous traversons n’est qu’en apparence un obstacle à cette ambition : elle signale une transition structurelle qui périme les modèles du passé et donne ainsi l’audace de se poser les bonnes questions et d’avancer des propositions novatrices. Commençons par le niveau global.

Rio+20 : le moment de mettre de nouveaux indicateurs sur la table

Rio+20, vingt ans après le Sommet de la Terre, rassemble chefs d’Etat et sociétés civiles autour d’une idée forte : les crises écologiques contemporaines ne pourront pas être surmontées si l’on n’articule pas développement économique, enjeux environnementaux et question sociale. Mais ce sommet de Rio+20 est menacé par la multiplicité des priorités, la cacophonie des acteurs et les pesanteurs institutionnelles. La France devrait se concentrer sur deux dossiers : la coopération industrielle écologique et la redéfinition des indicateurs de richesse et de progrès social. Sur le premier dossier, l’objectif doit être que tous les pays trouvent leur place dans les nouvelles industries vertes : au lieu de déplorer que la plupart des panneaux solaires soient construits en Chine, il faut rechercher des accords sectoriels internationaux permettant la création et la dissémination des technologies vertes, dans un esprit de co-développement et de partage des retombées économiques.

Mais il importe tout autant de négocier avec les pays émergents un nouveau modèle économique. Il convient pour cela d’engager à Rio une réflexion sur le financement et le cadre institutionnel susceptibles de porter un programme des Nations unies consacré à la mise en place opérationnelle de nouveaux indicateurs de bien-être et de soutenabilité. L’économie verte permettrait de faire de la mondialisation un jeu à somme positive et plus seulement le théâtre de notre inexorable déclin économique au profit des émergents. Elle constitue aussi la nouvelle frontière de la construction européenne.

Dans le cadre des négociations du pacte de croissance proposé par la France à ses partenaires, il faudrait adjoindre à la « culture de stabilité » héritée du traité de Maastricht, trop disciplinaire et pas assez coopérative, une nouvelle « culture de soutenabilité », économique, sociale et environnementale. La construction européenne ne retrouvera du souffle que si elle se donne un nouvel avenir commun et la collection d’instruments techniques aujourd’hui en débat, aussi utiles soient-ils, n’y suffira pas. La transition social-écologique est la stratégie de développement au long cours dont l’Europe a besoin pour se retrouver.

L’écologie : un excellent moyen pour sortir de la crise

Dans ce contexte, la priorité sera de restaurer la compétitivité dégradée des économies de la périphérie, du Sud en particulier, en investissant massivement dans les économies d’énergie et en construisant le grand réseau de renouvelables qui fait défaut à l’UE pour consolider son avantage comparatif écologique et se libérer du piège des énergies fossiles. La logique économique de cette relance écologique de l’Europe nous apparaît robuste : l’UE et plus encore la zone euro sont dans une situation de sous-emploi massif, des taux d’intérêt mutualisés au niveau européen seraient faibles et la perspective d’investissements très rentables s’ouvrirait alors.

Cette relance écologique est en phase avec les choix opérés en parallèle par l’Allemagne, la France et l’Italie de remplacer tout ou partie de leur électricité nucléaire par des énergies renouvelables. Quel meilleur moment pour investir en Europe dans la transition social-écologique ? Quel meilleur objectif que le développement soutenable pour rassembler les pays européens ?

Mondialisation partagée et maîtrisée, réindustrialisation, relance du projet européen

L’enjeu des inégalités environnementales place, pour finir, l’économie verte au cœur du jeu politique national. La France sort d’une campagne présidentielle d’où, a-t-on répété à l’envi, l’écologie aurait été absente, faute d’intérêt du public. Lecture superficielle : la demande écologique des citoyens n’a jamais été aussi forte, mais elle réclame un visage social. Ne sous-estimons pas le rôle des enjeux écologiques dans le contexte politique actuel, notamment la force du vote extrême. La précarité énergétique, les difficultés rencontrées pour se loger, la relégation spatiale du fait d’un immobilier inabordable et de transports inexistants ou trop onéreux sont autant de sujets à l’intersection entre la question sociale, l’enjeu écologique et la vitalité démocratique.

Ici aussi, le chantier social-écologique est considérable mais on peut y distinguer trois priorités : la reconnaissance et la réduction des inégalités environnementales, le développement d’une écologie sociale des territoires et l’investissement dans les « formations vertes » sans lesquelles les emplois verts ne sauraient devenir une réalité durable en France. Mondialisation partagée et maîtrisée, réindustrialisation, relance du projet européen, justice sociale, emploi : voilà les enjeux de l’économie verte. Le discours écologique ne sera audible que s’il propose une stratégie de sortie de crise. La force de l’économie verte est d’offrir une réponse tactique face à la crise et une vision stratégique pour surmonter les limites de nos modes de développement.


A paraître des mêmes auteurs : L’économie verte contre la crise - 30 propositions pour une France plus soutenable, Presses universitaires de France.

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Economiste de l’environnement au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired) et Météo-France.

Éloi Laurent est économiste senior à l’OFCE/Sciences Po et enseignant à l’université Stanford (Etats-Unis).

Université de Nanterre, Ecole polytechnique

Mines Paris Tech

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  • Que pensez vous alors du projet porté par Enercoop, c’est coopérative de citoyen en faveur des renouvelable ? Du projet que cette structure porte avec d’autres coopératives européennes dans le projet REScoop 20-20-20 ?

    Le scénario Négawatt vous aimez ? Et si Enercoop (nationale et ses déclinaisons régionales) incarnait ce scénario ? Et si plutôt que de laisser des sociétés privés réaliser du "green-washing", les citoyens incarnaient cette transition énergétique tant souhaité mais si mal connu ? Au même titre que l’agriculture biologique ceci coûtera plus chère dans un premier temps, saisisserons nous l’occasion ?
    Quels soutient portez vous en ces projet ? Y es te vous favorable ?

    Un jeune citoyen

    17.06 à 22h59 - Répondre - Alerter
  • Merci et bravo pour ce bel article.

    En effet, l’aspect social est désormais inclus dans les problématiques environnementales. C’est une des avancées de ce Sommet de la Terre : la société civile a bien fait comprendre que les 2 enjeux étaient désormais indissociables.

    Il faut quand même bien veiller à définir ce qui se cache derrière "l’économie verte" pour éviter de ne la résumer qu’à la production de panneaux photovoltaïques ;)

    Ce jour, à la conférence de l’institut Ethos à Sao Paulo, au Brésil, réunissant les acteurs économiques avant Rio+20, l’économiste indien Pavan Sukhdev a tenu a rappelé la définition officielle de l’UNEP de ce qu’est "l’économie verte" = "une économie verte entraîne une amélioration du bien-être et de l’équité sociale, tout en réduisant considérablement les risques de pénuries écologiques". Plus simplement, une économie verte peut être définie comme une économie possédant les caractéristiques suivantes : de faibles émissions de CO2, une gestion durable des ressources, et qui est socialement inclusive.

    On voit bien là que l’aspect social est indissociable de cette économie "verte" !

    Il a insisté aussi sur le fait que l’économie verte concerne aussi bien les pays développés que les pays en voie de développement, avec des enjeux bien différents : réduction de l’empreinte écologique pour les premiers, développement vert pour les deuxièmes.

    Le World Forum Lille - Forum Mondial de l’économie responsable - participe actuellement à cette conférence internationale de l’institut Ethos, en préparation de Rio+20. Si vous voulez suivre en direct les points marquants de ce qui se passe chaque jour au Brésil : http://www.worldforum-lille.org/wor...

    12.06 à 21h31 - Répondre - Alerter
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