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15-09-2011
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Energies
France

Du pétrole en Guyane : une si bonne nouvelle ?

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Du pétrole en Guyane : une si bonne nouvelle ?
(Crédit photo : Dirt Sailor 2003/flickr)
 
Pour la première fois, des hydrocarbures ont été découverts dans les fonds marins français, au large de la Guyane. La presse économique, les spécialistes de l'or noir et le gouvernement crient « Cocorico ». Mais faut-il s'en réjouir ?
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« En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. » Le slogan est désormais périmé. Vendredi 9 septembre, Total et Shell ont annoncé la découverte, « historique » d’après La Tribune, d’un gisement de pétrole à 150 km au large de Cayenne, la préfecture de la Guyane française. Son exploitation permettrait à la France de disposer d’hydrocarbures en propre. Et cette perspective donne le sourire au gouvernement. Les ministres Nathalie Kosciusko-Morizet (Ecologie), Eric Besson (Industrie) et Marie-Luce Penchard (Outre-Mer) se sont aussitôt fendus d’un communiqué commun où ils « estiment que la découverte d’hydrocarbures au large de la Guyane (...) pourrait à terme représenter un potentiel économique majeur ». Une bonne nouvelle, donc ? Terra eco a interrogé trois experts.

  • Cet emballement médiatique n’est-il pas prématuré ?

Francis Perrin, directeur de la rédaction du bimensuel Pétrole et gaz arabes : « Il faut être très prudent. Cette découverte est issue du forage d’un seul puits d’exploration. Un réservoir d’hydrocarbures de 72 mètres d’épaisseur, c’est pas mal. Mais pour le moment, impossible d’avancer un chiffre sur l’étendue du gisement. Il faudra attendre de nouveaux forages pour apprécier le potentiel de la découverte et savoir s’il est exploitable. Ce qui est intéressant, c’est que le réservoir semble être de bonne qualité et que c’est la première fois que l’on en trouve à cet endroit. »

  • A qui profiterait son exploitation ?

« Si une exploitation d’hydrocarbures s’avère possible, l’Etat veillera tout particulièrement à ce que les collectivités, les entreprises locales et plus généralement la population de la Guyane bénéficient des retombées économiques », ont promis les ministres dans leur communiqué. Francis Perrin : « Ils n’ont aucune obligation en la matière, si ce n’est une obligation morale. Il s’agit juste de promesses politiques. Il est difficile de dire aujourd’hui si les Guyanais en profiteront. Mais qui dit pétrole, ne dit pas forcément développement local. Son exploitation ne crée pas beaucoup d’emplois directs. Tout dépend de la politique future des compagnies et si elles décident de faire travailler des entreprises locales. En tout cas, l’Etat en tant que propriétaire et parce qu’il attribue les permis d’exploitation, reçoit des fiscalités pétrolières. »

Yves Mathieu, ancien expert de l’Institut français du pétrole (IFP) et auteur de Le dernier siècle du pétrole ? aux éditions Technip : « En tout, le gouvernement récupère près de 80% de l’argent du pétrole. »

  • Une exploitation à plus de 2000 mètres ne présenterait-elle pas un risque majeur pour l’environnement ?

Francis Perrin : « On peut avoir une exploitation offshore qui soit responsable et sans dommages pour l’environnement, mais il est clair que plus le forage est profond, plus il y a de risques. A de telles profondeurs, il n’y a pas d’intervention humaine possible en cas de fuites. On l’a bien vu avec Deepwater Horizon qui forait ‘seulement’ à 1500 mètres. Il a fallu plusieurs mois à BP pour trouver la solution. Mais la catastrophe du Golfe du Mexique a permis de faire progresser les plans de prévention et d’intervention. »

Yves Mathieu : « La probabilité d’un accident est très faible. Bien sûr c’est dramatique quand ça se produit. Mais compte tenu de l’investissement que ça représente, les compagnies qui vont à cette profondeur savent ce qu’elles font. »

Aurélie Bocquet, chargée du programme Outre-mer à l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) : « La Guyane possède une biodiversité très riche. Ses mangroves, exceptionnelles mais fragiles, abritent plus de 100 espèces de poissons différentes et c’est l’un des principaux sites de ponte des tortues marines. C’est aussi une question de choix de développement économique. On préfère se porter sur des ressources non durables, alors que le département a un potentiel immense de ressources naturelles, solaire, éolien, marée ou encore biomasse. »

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  • Quelques remarques ou questions :

    Quel est le coût extraction ? Au moins plusieurs dizaines d’Euros le baril ? Cela fait autant de royalties en moins pour l’état.

    Cela reste néanmoins infiniment mieux que l’extraction du gaz ou pétrole de schiste, et il serait bien bête de pas l’extraire, surtout avec un barril qui dépassera les 100 Euros.

    Mais cela ne doit pas être une raison fallacieuse pour baisser les taxes sur les produits carbonés, et de toutes façons, cela risque de ne représenter au mieux et à terme qu’une dizaine de pourcents de la consommation française actuelle.

    19.09 à 20h37 - Répondre - Alerter
  • que NKM se joigne à Besson pour rédiger un communiqué de presse annonçant cette découverte, on nage dans l’hypocrisie la plus totale.

    dvlpt éco, dvlpt éco : ils n’ont que ce mot là à la bouche pour tenter - plutôt mal que bien - de sortir notre pays de la "crise". Vraiment pas facile la vie de petits français en crise comparée aux 2 milliards d’habitants qui peinent à subvenir à leur besoin quotidien.

    ce 1112ème épisode de l’écologie vs l’économie, illustre une fois encore le déficit de culture énergétique de nos dirigeants. Si vraiment ils avaient compris l’urgence à agir et la nécessité IMPERATIVE de passer de l’exploitation de énergies de "stock" aux énergies de "flux", il n’y a aurait aucune raison de s’émouvoir devant une telle découverte ! Au contraire...

    Et puis, ça n’est pas en découvrant un puits de pétrole de quelques centaines de millions de barils que l’on répondera durablement à la consommation intérieure de la France ( 2Mb/j).

    Les gisements potentiels que constituent les économies d’énergie et l’efficacité énergétique sont bien plus prometteurs et créateurs d’emplois. Ils ne rapportent pas assez d’argent à l’Etat parce qu’ils générent de la non-consommation (et donc de la "non-TVA") ?
    et bien profitons-en pour changer le modèle de cette économie qui va droit dans le mûr !

    A défaut de savoir quoi faire exactement devant l’immensité de la révolution à engager, commençons déjà par arrêter de faire ce qu’il ne faut plus faire !

    19.09 à 13h59 - Répondre - Alerter
  • Manso : Au secours !

    Cette histoire de pétrole n’est une bonne nouvelle ni pour la France en général ni pour la Guyane en particulier.
    Tant que l’on disposera de ressources fossiles, les efforts pour changer de paradigme ne se feront pas : cette découverte retarde donc d’autant plus notre évolution vers une production d’énergie "vertueuse".
    En ce qui concerne la Guyane, qui avec sa démographie galopante (3,5 enfants par femme, record absolu pour toute l’Amérique du sud) est en train de saccager (doucement mais surement) son territoire (voir l’orpaillage entre autre), cette manne venue du ciel (ou plus exactement de la mer) sera un "ballon d’oxygène" qui ne fera que pousser les guyanais à poursuivre dans leur laxisme nataliste.
    Démographie Responsable

    19.09 à 11h18 - Répondre - Alerter
    • Je suis guyanaise et heureusement qu’on fait des enfants !
      Pour ce qui est de l’ecologie, on ne saccage rien du tout plus de la moitié de notre territoire est un parc national !
      Pour ce qui est de l’orpaillage ce n’est pas de la faute des guyanais mais des orpailleurs (de nombreuses nationalités). On s’informe avant de dire n’importe quoi.

      29.03 à 17h59 - Répondre - Alerter
  • Comment la Guyane peut-elle être durable ?
    La Guyane, c’est la France en Amérique du Sud : toutes les obligations françaises (tri et traitement des déchets qui doivent revenir en métropole par exemple) et européennes, mais des pays voisins qui sont bien loin de ces réglementations ...
    C’est une bonne nouvelle pour l’économie locale de trouver une ressource, mais :
    - il faut que cela profite vraiment au local et non aux pétroliers étrangers ;
    - il y a d’autres ressources (poissons et crevettes en mer, services de biodiversité, sous-sol, ...) et une jeunesse qui a envie de travailler : n’est ce pas le moment d’arbitrer ?
    Vivement un vrai projet économique pour la Guyane !

    16.09 à 18h09 - Répondre - Alerter
  • Bonjour

    Pour une fois où la France a un peu de chance avec le pétrole sur un de ses DOM.

    Manque de chance pour Total qui n’a que 25 % du forage,Tullow Oil 27,5%,Shell 45 % et

    Northpet 2,5 %.

    Forage à 2 000 mètres sous la mer et 5 000 mètres à partir du fond pour trouver de l’huile.

    Environs 10 années pour compter exploiter cette huile en sachant si nous sommes bien sur

    un Mamouth.

    J.J

    16.09 à 09h09 - Répondre - Alerter
  • les compagnies qui vont à cette profondeur savent ce qu’elles font.

    Tout va bien, il ne s’est rien passé dans le golfe du mexique. BP savait bien ce qu’il faisait : du profit !
    Les poissons, les mangroves ce n’est pas un souci, c’est une gêne, un empêchement de polluer tranquille !

    Ce qui me fait hurler, c’est que le ministre de l’environnement se réjouisse d’une catastrophe annoncée.

    16.09 à 08h35 - Répondre - Alerter
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