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12-09-2014
Mots clés
Santé
France

Des villages s’organisent pour assurer la santé de leurs habitants

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Des villages s'organisent pour assurer la santé de leurs habitants
(Crédit photo : Eva Blue - flickr)
 
Première à avoir lancé le principe d'une mutuelle négociée à l'échelle d'une petite ville, Caumont-sur-Durance fait des émules. Mais gare à la précipitation et aux roublards, prévient celle qui a lancé ce projet solidaire.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Avant, on l’appelait « l’idéaliste » ou « l’utopiste », avec cet air condescendant de ceux qui ne croient plus en grand chose. Depuis un an, Véronique Debue entend un autre son de cloche : « Elle l’a fait », souffle-t-on désormais à son passage. C’est elle, l’adjointe aux affaires sociales de Caumont-sur-Durance, commune du Vaucluse, qui a eu l’idée de la première mutuelle de proximité, rebaptisée « mutuelle pour tous » par les médias. Mieux, elle l’a concrétisée à l’échelle de son bourg de 4 700 habitants. Un exemple que beaucoup de petites villes souhaitent suivre pour permettre à leurs administrés de se soigner.

Des renoncements aux soins, même quand on a une mutuelle !

Cette année, entre 9% et 32% des Français – selon les soins concernés – déclarent avoir, en raison de son coût, reporté de plusieurs mois un acte médical ou même renoncé à se faire soigner, indique le baromètre Ipsos sur la perception de la pauvreté du Secours populaire, publié ce jeudi 11 septembre.

D’après les récentes données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), 18% des bénéficiaires du RSA déclarent renoncer à consulter un médecin et 27% à recevoir des soins dentaires pour des raisons financières, contre respectivement 4% et 11% parmi l’ensemble des 18-59 ans. En tout, entre 3 et 4 millions de Français ne sont pas en capacité de s’offrir une mutuelle ou une assurance qui prendra en charge la partie des dépenses non remboursée par l’Assurance maladie. Et même parmi ceux qui, chaque mois, paient leur cotisation, 15% déclaraient – en 2010, selon une autre étude de la Drees – repousser des soins faute d’une couverture suffisante par leur complémentaire.

Retrouver le principe de solidarité intergénérationnelle

« Cette situation, je l’ai constatée au centre communal d’action social de Caumont, explique Véronique Debue. En 2011 et 2012, les demandes d’aide liées à la santé adressées au CCAS ont fortement augmenté. Puisque pour moi la santé doit être un droit et pas un choix, je me suis dit qu’il fallait agir. » Après un an de travail avec la population pour identifier ses besoins et avec les mutuelles pour négocier la meilleure couverture possible, l’adjointe au maire a présenté un contrat avantageux dealé avec la Mutuelle générale d’Avignon : 47 euros par personne et par mois, peu importe l’âge ou la configuration du ménage.

Depuis septembre 2013, 293 foyers, soit pas loin de 700 personnes, y ont adhéré. « Dès le départ, je voulais un contrat de solidarité intergénérationnelle et interprofessionnelle, comme ce qui prévalait après la Seconde guerre mondiale. Donc, parmi les adhérents, on trouve tous les profils : des salariés, des cadres, des personnes âgées, des chômeurs », expose l’adjointe qui, elle, n’a pas souscrit à ce système : son employeur – une société de cosmétiques – lui impose une mutuelle obligatoire. « Encore aujourd’hui quand je vais en ville acheter mon pain, des gens viennent me voir, parfois en pleurs, pour me remercier car ils peuvent enfin se soigner. Et puis mine de rien, ça a redonné du pouvoir d’achat aux ménages », s’émeut-elle.

Un exemple qui inspire

« Après cette intervention à la Don Quichotte, le mouvement prend de l’ampleur », s’enthousiasme Guy Hercend, maire d’Etel, une petite station balnéaire du Morbihan. Ayant eu vent de l’initiative réussie de Caumont, il a carrément fait de la négociation d’une complémentaire santé une promesse de campagne. « La commune compte beaucoup de jeunes retraités actifs dont les cotisations ont fortement augmenté. Or tout le monde défend son pouvoir d’achat ! Alors les services sociaux de la mairie travaillent bénévolement pour trouver aux habitants qui le souhaitent la meilleure couverture au meilleur coût, dès janvier 2015. A ce jour, sur 2 217 habitants, on a 170 retours », se félicite l’édile, qui a déjà rencontré quatre groupes d’assurance.

A La-Bastide-des-Jourdans (Vaucluse), 1 400 habitants, on cherche aussi à mettre en place une mutuelle de proximité. C’est Julie Garbarino, conseillère municipale déléguée au social et infirmière de profession, qui s’est dit que transposer l’expérience de Caumont ne serait pas une mauvaise idée. « Je vois parmi mes patients des trentenaires sans enfants et sans couverture, des autoentrepreneurs qui repoussent des soins », justifie-t-elle. En juin, un questionnaire a été envoyé aux administrés pour savoir s’ils seraient partants. « Le message n’est pas toujours bien passé. Certains ont cru que c’était une manière détournée de connaître leur niveau de revenus... Mais une centaine de foyers sont tout de même intéressés. On devrait leur faire une proposition avant la fin du mois, avec des tarifs différents selon les âges. » Parmi les retours positifs, la conseillère mentionne ceux de deux entrepreneurs de La-Bastide : « Comme ils savent qu’en janvier 2016 au plus tard, la loi les obligera à offrir une couverture santé à leurs employés, ils se renseignent pour savoir s’ils ne peuvent pas intégrer le dispositif », censé entrer en vigueur en janvier 2015.

Gare aux traquenards

Attention à la précipitation, alerte Véronique Debue. « Je me sens responsable de l’espoir que j’ai suscité et j’ai très peur des choses mal faites », pose-t-elle. « Quand on donne autant d’espoir aux gens, il faut venir à eux avec une réelle réponse. Moi, je ne me suis pas contentée d’une petite enquête auprès des administrés avant d’aller négocier dans mon coin, vite fait. Mettre en place une mutuelle de proximité est un projet complexe. On ne peut pas s’y prendre quatre mois à l’avance ! » Elle met aussi en garde les élus – ils sont 300 à travers la France à l’avoir contactée – contre les courtiers en assurance qui hument le coup juteux et font « des propositions hallucinantes aux mairies en pensant faire une belle opération financière sur [son] projet ».

Pour déjouer les traquenards, Véronique Debue envisage de changer de carrière en montant un cabinet de conseil pour épauler les municipalités qui souhaiteraient s’inspirer de son expérience.

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