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Des Andes à la France, le quinoa monte en graine

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Des Andes à la France, le quinoa monte en graine
(Crédit photo : Fabio Cuttica - contrasto - réa)
 
Des prix qui explosent et des terres qui s’épuisent : c’est la rançon du succès de la plante sud-américaine. Et si sa version hexagonale remettait le marché à l’endroit ? Quelques pionniers y croient.
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Hier, quand on achetait du quinoa, il provenait à coup sûr d’une coopérative de petits paysans des hauts plateaux andins. On se réjouissait du même coup de promouvoir une alternative à la culture de la coca. Aujourd’hui, on trouve la graine blonde dans n’importe quelle grande surface : la demande mondiale s’est envolée. Le Pérou et la Bolivie assurent à eux deux 92 % de la production mondiale, avec respectivement 40 000 tonnes et 28 000 tonnes par an. Mais le quinoa a aussi vu son prix doubler en cinq ans, et sa consommation baisser d’un tiers dans les Andes.

« Devant cet engouement, les paysans ont déplacé leurs cultures dans les plaines, faisant reculer l’élevage, déplore Eric Garnier, directeur des filières chez Alter Eco. Les terres ne sont plus fertilisées par le fumier des lamas. Les rotations se font de plus en plus rares. Peu à peu les sols s’appauvrissent. » L’entreprise de commerce équitable donne aujourd’hui priorité au quinoa de montagne mais ne le garantit pas à 100 %. « Si le marché continue d’exploser, le quinoa made in France peut être une alternative intéressante », avance Eric Garnier.

Challenge agronomique

De l’altiplano au centre de la France, il n’y a qu’un pas. En 2010, la famille de Rochefort expérimente la culture biologique du cousin de l’épinard à Patay (Loiret), à deux pas d’Orléans. « J’ai acheté 10 kg de graines dans la coopérative bio du coin, témoigne Jacques, pater familias de l’entreprise. Je les ai semées dans mes champs du Loiret et ça a poussé. » Pour le sexagénaire, le quinoa, c’est un challenge agronomique personnel. « Chaque année, je tente une culture nouvelle. A priori, celle du quinoa ne semble pas trop difficile mais les ennuis commencent généralement la deuxième année… »

« Parmentier du quinoa »

Un peu plus à l’ouest, dans la région d’Angers, l’expérimentation est plus avancée : 30 agriculteurs préparent leur quatrième récolte. L’épopée du quinoa dans le Maine-et-Loire est d’abord une histoire personnelle. En 2006, l’Américain Jason Abbott découvre que sa fille est intolérante au gluten. Les nutritionnistes l’invitent à bannir le blé et à adopter la star de la famille des chénopodiacées, le quinoa. L’ex-fonctionnaire du ministère de l’Agriculture américain prend alors le pari qu’une graine bleu-blanc-rouge est possible. Il s’installe dans le village de Longué-Jumelles et crée en 2008 la société Abbottagra. C’est sur sa ferme d’une quinzaine d’hectares que le « Parmentier du quinoa » – son surnom – fera ses premières armes. Il rencontre aussi les chercheurs de l’université de Wageningen aux Pays-Bas qui, depuis plus de vingt ans, planchent sur la sélection variétale d’une plante capable de pousser sous nos climats. La première année, Jason teste sur ses terres une quarantaine de variétés, observe et analyse.

« Après de premiers essais sur son exploitation, Jason a souhaité étendre plus largement son expérimentation, explique Alban Lignier, ingénieur en recherche et développement à la Coopérative agricole du Pays de Loire. Nous avons choisi de l’accompagner. » Alban recrute une trentaine d’agriculteurs volontaires, à qui la coopérative garantit un minimum de revenus quel que soit le rendement obtenu. En 2009, les premiers champs fleurissent, certains sur des terres bios, d’autres en conventionnel. Le mildiou, des insectes et d’autres nuisibles viennent parfois perturber la récolte qui, au final, s’avère un peu décevante, surtout du côté agriculture bio. Jason ne se décourage pas. L’année suivante, les universitaires néerlandais, rejoints par ceux de l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers, tentent de mieux répondre encore aux exigences agronomiques de la plante. De croisements en sélections, les chercheurs aboutissent à trois variétés : pasto, atlas et riobamba.

Les Etats-Unis le dévorent

A l’automne 2011, Jason et Alban sont ravis : 300 tonnes de quinoa local sont commercialisées dans les supermarchés de la région. « Si cela représente 12% de la consommation hexagonale, il ne s’agit en aucun cas de concurrencer le marché bolivien, explique Jason. Notre ambition est de rester sur une commercialisation locale. On estime aujourd’hui la consommation européenne à 5 000 tonnes par an. Les Etats-Unis en mangent déjà 25 fois plus. Le potentiel de développement est énorme, ici comme là-bas. » Quinoas de tous les pays, unissez-vous !
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