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De New York à Michel et Augustin, la peu durable histoire du yaourt grec

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De New York à Michel et Augustin, la peu durable histoire du yaourt grec
(Crédit photo : Daniel - flickr)
 
Il n'a rien de grec, rien de sain et rien de durable. Pourtant ce yaourt à l'image cool a séduit l'Amérique et vient de débarquer en France.
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Mise à jour le 2 octobre 2013 : Danone va lancer en France Danio, « un yaourt grec » qui sera dans les rayons en 2014 annonce Lemonde.fr ce mercredi.

« Notre “yaourt grec” n’a rien à voir avec les “yaourts à la grecque” que l’on trouvait jusque-là en France. » Le service de communication de Michel et Augustin insiste : la marque – spécialiste des coups marketing – estime commercialiser un produit révolutionnaire. Pis, Augustin Paluel-Marmont, cofondateur, n’hésite pas à affirmer dans la presse que ce produit, en vente depuis février dernier, peut « bouleverser l’histoire de Michel et Augustin ».

Mais d’où vient ce fameux yaourt ? A l’origine, c’est une success story comme l’Amérique sait en rêver. En 2007, le jeune Hamdi Ulukaya – jusque-là spécialisé dans la vente de féta aux Etats-Unis – achète une usine en faillite pour y fabriquer un yaourt qu’il baptise Chobani. Le produit est filtré pour garder les protéines – il en contient environ deux fois plus qu’un yaourt classique – et supprimer les matières grasses. Un produit nourrissant mais pas gras, la formule répond aux attentes du moment. Dès les premiers mois, le succès de ce qu’on appelle très vite le yaourt grec est énorme et les Américains en avalent en substitut de repas ou dans le cadre de régimes protéinés. Seul hic : Chobani se voit parfois refuser sa mention « yaourt grec »... puisque sa recette est américaine. Il n’empêche, cinq ans plus tard, Chobani est le troisième acteur des produits laitiers dans le pays. Hamdi Ulukaya boit du petit lait : il croule sous la demande et a dû cesser les publicités le temps de construire une nouvelle usine.

Des rivières de déchets

Sauf que cette belle histoire n’a rien de durable. C’est un reportage publié la semaine dernière dans le magazine américain Modern Farmer qui a révélé les dessous de la filière. Seul un quart du lait utilisé dans la production de ce yaourt grec est conservé dans le produit final. Les trois quarts restant sont jetés. Ce reste, appelé petit-lait ou lactosérum, est extrêmement acide et donc très polluant. Une seule usine de production de yaourt en rejette à elle seule 570 millions de litres par an selon Modern Farmer. Les volumes de ce sous-produit toxique pour l’environnement sont tels que Chobani n’arrive pas à faire face et se contente d’en revendre à des agriculteurs qui tentent de s’en débarrasser. Des solutions sont envisagées, notamment produire de l’énergie ou nourrir le bétail ou même les bébés avec ces déchets, mais elles restent expérimentales car elles coûtent cher ou sont peu efficaces.

La France risque-t-elle à son tour de se noyer dans le petit-lait ? « Le marché du yaourt à la grecque en France n’a pas connu une explosion comme les Etats-Unis, il reste une petite niche », nuance Gilles Fraysse, expert au cabinet d’études Synapse. Les ventes de yaourt à la grecque ont tout de même augmenté en 2012, notamment portées par le lancement de la marque de yaourt à la grecque Ilios par Danone. Mais seul Michel et Augustin a suivi les pas et la recette de Chobani en février dernier.

Effluve de petit-lait en cas de succès

La marque assure produire ses yaourts en France mais refuse de révéler le nom de son partenaire. Elle en vend une dizaine de tonnes par mois. Une quantité négligeable par rapport à son modèle américain. Mais comment a-t-elle prévu de gérer des déchets si le succès est au rendez-vous ? Son service de communication nous a répondu par mail (avec des majuscules) :

« Les déchets de notre partenaire fabricant (...) sont utilisés de 3 façons différentes :
- Traitement en station d’épuration communale en plus grande proportion (80%). Les effluents ne sont JAMAIS rejetés dans la nature.
- Transformation en poudre pour des entreprises commercialisant du lactosérum en poudre. (19%)
- Recyclage pour l’alimentation animale principalement pour l’élevage porcin. En faible proportion et de manière ponctuelle.

Nous sommes TRÈS vigilants quant aux problématiques environnementales. L’industrie laitière doit retraiter les déchets issus de leur production. RIEN n’est rejeté dans la nature sans traitements préalables ! »

Jusqu’ici tout va bien : Michel et Augustin ne déverse pas ses déchets dans la nature – c’est bien le minimum – et recycle même 20% de ses déchets. Mais l’enseigne n’est pas à l’abri d’une effluve de petit-lait en cas de succès, à l’instar de son cousin américain : « La production de yaourts grecs a augmenté si vite que personne n’a vraiment eu le temps de prendre du recul et de regarder les solutions viables », raconte ainsi Dave Barbano, scientifique de l’université de Cornell aux Etats-Unis, cité par Modern Farmer. Ne tournons pas autour du pot et rappelons que pour réduire les déchets comme le prix de vos yaourts, rien ne vaut le fait maison.

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