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Les universités vendent-elles leur âme aux pétroliers ?

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Les universités vendent-elles leur âme aux pétroliers ?
(Légende photo : un graffiti sur le mur de l'université de Berkeley Crédit photo : Joe Beone/Flickr)
 
Aux Etats-Unis, Stanford, Berkeley et d'autres acceptent avec empressement l'argent des grands noms de l'or noir. Objectif : financer des études sur les énergies alternatives. Mais l'indépendance des chercheurs n'en sort pas renforcée.
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Jennifer Washburn tire la sonnette d’alarme. Cette journaliste d’investigation américaine (1) a récemment publié sur le site du « think tank » Center for American Progress « Big Oil goes to College ». Ce rapport de 220 pages se penche sur les relations troubles qui lient aux Etats-Unis universités et géants du pétrole. Elle y analyse notamment les 10 accords – qui totalisent 833 millions de dollars (604 millions d’euros) sur dix ans – passés avec certains centres de recherche les plus réputés du pays comme Stanford ou Berkeley. Son constat ? Cinq des dix plus grosses entreprises du secteur – ExxonMobil, Chevron, BP, Royal Dutch Shell et ConocoPhilips – ont signé des partenariats avec des universités américaines, preuve qu’elles ne sont plus des citadelles inviolables pour le big business.

Si ce rapport ne va pas jusqu’à dénoncer le bien-fondé de telles associations, l’auteure déplore que dans 9 cas sur 10, les universités ne détiennent pas la majorité des sièges dans les comités chargés de gérer les alliances. Et dans 8 cas sur 10, les géants pétroliers ont le droit d’évaluer et de sélectionner eux-mêmes les projets soumis par les chercheurs. L’indépendance de ces derniers s’en trouve entachée d’un sale soupçon. Pour Jennifer Washburn, il est urgent que les universités éliminent ces conflits d’intérêts pour préserver au maximum l’intégrité de leurs chercheurs.

La journaliste explique que les entreprises du secteur privé sont d’autant mieux accueillies dans l’enceinte des universités qu’il est de plus en plus difficile pour les chercheurs de faire appel aux capitaux publics pour financer des travaux de recherche. Ainsi, 50% des recherches effectuées par l’université de Georgia Tech dans le secteur de l’énergie sont aujourd’hui financées par le secteur privé. « Le gouvernement américain n’a consacré que 3 à 4 milliards de dollars par an (2,2 à 2,9 milliards d’euros, ndlr) à la recherche et développement dans le secteur de l’énergie entre 1993 et 2006, soit 60% de moins qu’en 1979 », constate le rapport.

L’administration Obama a augmenté en 2009 de manière significative le budget consacré à ce secteur en lui allouant 16,3 milliards de dollars (11,8 milliards d’euros) dont 3,95 milliards (2,9 milliards d’euros) spécifiquement réservés à la recherche et développement dans le domaine de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Mais le gouvernement américain encourage aussi les partenariats de recherche entre le secteur privé et l’université. Steven Chu, actuellement Secrétaire à l’énergie de l’administration Obama, est à l’origine du partenariat entre BP et l’université de Berkeley qui a abouti à la création en 2007 de l’Energy Bioscience Institute (EBI), un établissement financé par le pétrolier qui s’est engagé à lui consacrer 500 millions de dollars (363 millions d’euros) sur dix ans.

Le rapport s’interroge aussi sur les motivations qui poussent les géants pétroliers à s’incruster à l’université. Chevron clame fièrement dans ses pubs travailler en partenariat avec des universités afin de développer la nouvelle génération d’agrocarburants, une manière comme une autre de verdir son image. L’étude du Center for American Progress constate aussi qu’en l’absence de solution miracle dans le secteur des énergies alternatives, les investissements des géants pétroliers dans la recherche universitaire représentent un moyen bon marché – pour eux – d’évaluer des technologies qui n’ont pas encore fait leur preuve. Après tout, il est plus rentable de faire travailler des jeunes étudiants-chercheurs payés 24 000 dollars par an (17 400 euros) par l’université que de rémunérer 100 000 dollars (72 600 euros) un chercheur qui travaille pour le compte des labos des géants pétroliers.

(1) Dans son ouvrage University Inc, paru en 2005, Jennifer Washburn dénonçait le fait que les universités américaines vendaient leur âme au secteur privé.

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Correspondante de « Terra eco » en Californie, Anne Sengès est l’auteur de « Eco-Tech : moteurs de la croissance verte en Californie et en France », paru en novembre 2009 aux éditions Autrement.

1 commentaire
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  • Xavier : Rien de choquant

    Les partenariats entre universités et entreprises privées est très commun au USA. Il n’y a rien de choquant que ces même entreprises sélectionnent les projets qu’elles financent... C’est aux chercheurs d’être persuasifs et d’orienter ces fonds vers les sujets qui leurs semblent intéressants. Récemment une université française a fait une découverte qui pourrait aboutir a moyen terme a un carburant issue d’algues marines. Ce projet est soutenu par Citroen-Peugeot. Ou est le probleme ?

    28.10 à 15h43 - Répondre - Alerter
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