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30-08-2012
Mots clés
Développement Durable
Emploi
Europe

Chez Coco-Mat, on ne cache pas la diversité sous le matelas

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Chez Coco-Mat, on ne cache pas la diversité sous le matelas
(Crédits photos : DR)
 
En Grèce, cette entreprise de literie écolo de luxe emploie des personnes handicapées et enseigne le grec aux ouvriers qui ne parlent pas la langue. Résultat, les salariés sont fidèles et la firme florissante.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N°39 - septembre 2012

J’ai rêvé d’une France 100% renouvelable

Il était pauvre, romantique et dormait sur les bancs d’algues jonchant les plages de Sparte où il est né. Il eut l’idée d’en faire des matelas. Au pays de l’Odyssée, les mythes fondateurs sont rois. Mais il est vrai que Paul Efmorfidis, 53 ans, est aujourd’hui à la tête d’une société florissante de literie de luxe. Alors que la Grèce se noie dans la crise, la firme Coco-Mat, spécialisée en matelas naturels – qui se vendent sur quatre continents –, se porte bien. Pour preuve, en 2011, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 55 millions d’euros et emploie 220 personnes. Ulysse ne serait d’ailleurs pas peu fier de la réussite de ce petit homme alerte, moustachu, malin et fidèle à sa contrée.

A l’orée des années 1990, alors qu’il complète ses revenus de prof en vendant des souvenirs au Plaka, quartier touristique athénien, il fait la rencontre d’un Néerlandais qui cherche à acheter des matelas. De fil en aiguille, Paul Efmorfidis décide de les concevoir lui-même. Avec l’idée visionnaire que ce qu’il a de mieux à vendre aux pays du Nord n’est pas un produit imitant, à bas coût, les leurs – synthétiques et standardisés – mais un objet cher qui sente bon la Grèce et les fantasmes qu’elle charrie : la nature et l’artisanat.

Fidèles au poste

Avec vingt ans d’avance sur l’air du temps, Coco-Mat se met à fabriquer sommiers, matelas, édredons. Le tout quasi faits main, à base d’algues, coton, lin, laine, caoutchouc naturel, crin de cheval. A l’époque, le gouvernement subventionne les entreprises qui s’installent en Thrace, région frontalière de la Turquie et de la Bulgarie. La main-d’œuvre y est composée d’immigrés qui ne parlent pas forcément le grec. Vingt ans plus tard, Coco-Mat a fait de la diversité son esprit maison. L’usine de fabrication est toujours localisée à Xanthi, dans l’extrême nord-est du pays. Les ouvriers ont appris la langue, grâce aux cours prodigués par l’entreprise, et sont demeurés fidèles au poste. « Chez nous, le pluralisme est une force : si tu arrives à faire en sorte que les gens se comprennent, ils restent chez toi, et cette richesse t’ouvre des horizons », estime Paul Efmorfidis.

Treize nationalités et neuf religions sont représentées chez Coco-Mat : 50 % des employés sont d’anciens réfugiés du bloc soviétique et de Turquie, et plus de 10 % sont des personnes handicapées. Cours de langues pour les uns, horaires aménagés en fonction des besoins pour les autres, l’entreprise embauche sur l’esprit écolo et l’envie d’entreprendre des candidats. « Si tu ôtes les barrières culturelles et physiques, tu donnes réellement sa chance à quelqu’un. En échange, il t’offre son talent », veut croire Paul Efmorfidis. Résultat, un taux d’absentéisme et de départ quasi nul. Certains rapports d’entreprise annoncent même qu’un tiers des innovations sont le résultat de cette politique interne où la communication est le mot d’ordre. « Ce sont ceux qui travaillent quotidiennement sur les produits qui ont les meilleures idées pour les améliorer, explique Eugenia Lianou, directrice des ressources humaines. Mais faire dialoguer un directeur, une femme de ménage et un ouvrier, c’est ce qu’il y a de plus difficile. »

Cours d’anglais rémunérés

Dans la boîte à idées de Coco-Mat, la plus ingénieuse fut le football. A force d’entraînements et de matchs le week-end, les verrous psychologiques ont fini par sauter. « Tout le monde a une opinion sur le football : si un directeur et un chauffeur se rendent compte qu’ils parlent le même langage sur le terrain, ils peuvent ensuite discuter autour d’une table de réunion », considère Paul Efmorfidis, lui-même père de quatre enfants, dont un professionnel du ballon rond. Aujourd’hui, Coco-Mat réalise plus de la moitié de son chiffre d’affaires en Chine, où sa literie made in Europe est un succès. Pour gagner la course, la société impose des cours d’anglais rémunérés après les heures de travail. « J’ai décidé de former mes employés au lieu de délocaliser. Mais, pour remporter le challenge, il faut être efficace et dur », commente-t-il. Il est l’un des rares à prophétiser les bienfaits de la crise grecque. « On n’innove que lorsqu’on n’a pas d’argent ! », lançait-il en avril dernier, devant la Fondation des Grecs américains, après l’ouverture de sa première boutique à New York. L’homme a désormais décidé de se lancer dans la fabrication de vélos, « solides et économiques », pour obliger les Grecs à mouiller la chemise. —

Impact du projet

220 employés, dont 10 % de personnes handicapées

Chiffre d’affaires de 55 millions d’euros

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