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31-01-2008

Charbon superstar : la bombe écologique (Suite)

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Le titre d’« or noir » est remis en jeu. Challenger du pétrole ? Le bon vieux charbon. Les mines de la planète tournent à plein régime et la consommation bat record sur record. Le charbon reste pourtant le pire ennemi du climat.
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"Charbon superstar : la bombe écologique"

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Les aciéries de Datong, dans la province chinoise du Shanxi, en 2000. (Crédit : Bertrand Meunier / Tendance Floue)

4/ Qu’en est-il sur les autres continents ?

La machine fume. Sur les marchés financiers, les géants du secteur ont le sourire. BHP Billington et consorts multiplient les rachats de mines, notamment en Australie, premier exportateur mondial. Partout, les grands groupes électriciens – RWE, E.ON, EDF – construisent des centrales thermiques : outre-Atlantique, où plus d’une centaine de projets sont à l’étude, mais aussi au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Allemagne ou encore en France, où Poweo travaille sur un projet au Havre (Seine-Maritime). Leurs carnets de commande sont pleins, tout comme ceux des fournisseurs de technologies tels qu’Alstom, Siemens ou General Electric.

Et en la matière, le défi industriel est de taille : le scénario de référence de l’AIE prévoit d’ici à 2030, une hausse de 55 % de la demande de charbon. Malheureusement, celle-ci entraînerait une croissance de 57 % des émissions de CO2. « Ce scénario est incompatible avec l’impératif de maîtrise du changement climatique », rappelle Cédric Philibert, de l’AIE.

5/ Le charbon peut-il devenir « propre » ?

Le casse-tête est bien chinois. Difficile en effet d’envisager de se passer du charbon. Indispensable donc de se pencher sur de nouvelles technologies visant à réduire les émissions polluantes. L’heure est au « charbon propre », promis à tour de bras par industriels et politiques. Mais si la majorité des centrales à charbon des pays occidentaux sont aujourd’hui des centrales à haut rendement parvenant à éliminer une grande partie des émissions de NOx et SO2, le captage et le stockage du CO2 restent pour leur part au stade de projet. En la matière, les expériences foisonnent. Elles sont souvent conduites conjointement par les pouvoirs publics et des groupes industriels. Par exemple, Castor, le projet européen de captage piloté par l’Institut français du pétrole au Danemark, ou le programme de captage-stockage que Total – tout seul – entend lancer cette année dans le bassin gazier pyrénéen de Lacq. Ces technologies sont prometteuses, mais seront-elles prêtes à temps ?

6/ Comment capturer ce fameux gaz carbonique ?

Trois grands procédés techniques sont possibles, détaille Jacques Percebois, directeur du Centre de recherche en économie et droit de l’énergie. « La précombustion, qui consiste à extraire le carbone du combustible dès l’entrée de la centrale. La postcombustion, qui permet de dissocier et de capturer le gaz carbonique extrait des fumées issues de la combustion. Enfin, l’oxycombustion, visant à brûler le charbon à l’aide d’oxygène pur et permettant de concentrer le CO2. » Malheureusement, aucune de ces techniques n’est idéale. Chacune d’entre elles a un coût très élevé et affaiblit le rendement énergétique de la centrale.

Une fois le CO2 capté, il faut bien s’en débarrasser. Solution envisagée : l’enfouir dans d’anciens puits pétroliers épuisés, dans des aquifères salins ou encore en mer profonde. La technologie aujourd’hui la mieux maîtrisée – car déjà utilisée par les pétroliers – est celle du stockage au creux des puits de pétrole. « Or si ceux-ci abondent aux Etats- Unis, ils sont quasi inexistants en Chine », rappelle Benjamin Dessus, président de l’association Global Chance, qui rassemble des experts en énergie. « Et ces seuls puits ne permettraient d’éliminer que 5 % du gaz carbonique… et non 40 %, l’objectif pourtant affiché par les défenseurs du stockage », prévient-il.

7/ Y a-t-il d’autres options ?

Dans le meilleur des cas, alerte Jean- Marie Martin-Amouroux, du CNRS, « ces techniques ne seront applicables, à l’échelle industrielle, qu’à l’horizon 2020 dans nos pays. En outre, il est peu probable que la Chine et l’Inde mettent en oeuvre ces procédés avant 2040- 2050 ». Or à cette date, il faudra avoir déjà agi pour espérer pouvoir limiter le changement climatique. Scénarios de l’Agence internationale de l’énergie, du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec)… tous l’imposent. Pour éviter une hausse de 70 % de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, la seule technologie ne suffira donc pas. « Tout est lié, commente Bruno Lapillonne, du cabinet Enerdata. L’AIE comme le Giec nous avertissent tous les jours. Il faut impérativement explorer toutes les voies possibles : captage-stockage du CO2 émis par la combustion du charbon, développement du nucléaire, des énergies renouvelables et surtout maîtrise de notre consommation d’énergie. »
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Mine à ciel ouvert dans l’Alberta (crédit : Ron Levine/getty images)

Damien Demailly, chargé de mission énergie au WWF, partage ce constat. Il rappelle toutefois que le nucléaire a beau vouloir se présenter comme tel, il n’est en rien une alternative forte au charbon. Ne serait-ce qu’en raison de sa part minime dans la consommation électrique mondiale, comme le confirme Benjamin Dessus, de Global Chance. Pour que chacun en prenne conscience, pour que les pays émergents aient aussi intérêt à agir en ce sens, reste à initier un geste politique fort. « Développer, pourquoi pas à un niveau multilatéral, les transferts de technologies vers l’Asie galopante  », suggère Bruno Lapillonne. « Se doter d’outils économiques pertinents, en partant du système européen des quotas de CO2, qui est un moyen pertinent de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Envisager peut-être une taxe carbone pour les pans d’activité non pris en compte dans ce système, aux premiers rangs desquels on compte le bâtiment et les transports », énumère Patrick Criqui, directeur du laboratoire LEPII (Laboratoire d’économie de la production et de l’intégration internationale) à Grenoble. « En tout état de cause, la question n’est donc pas tant un problème de production que de consommation, que nous devons apprendre à maîtriser », conclut Benjamin Dessus. —

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