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3-11-2009

Chang Jiwen, le chinois qui défend la cause animale

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Chang Jiwen, le chinois qui défend la cause animale
 
A 38 ans, le professeur de droit de l’Académie chinoise des sciences sociales est en passe de révolutionner la vie des chiens et chats. Rencontre avec le "Bardot chinois" dans un pays qui compte 11 milliards d'animaux domestiques [1].
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Les Chinois ne sont pas franchement réputés pour leur amour des bêtes. L’un des dictions les plus cités sur les gens de Canton et de sa région, c’est qu’ils peuvent avaler tout ce qui a quatre pattes, sauf les tables. Pourtant, la caricature a bon dos, et dans ce domaine comme dans d’autres, les choses changent vite. L’un des initiateurs du changement est un jeune professeur de droit, directeur du département de recherche sur le droit social à la prestigieuse Académie chinoise des sciences sociales. Chang Jiwen défend les animaux, ou plutôt leur droit à être traités sans violence. Mais il ne joue pas sur la corde sensible, tel un Walt Disney. Dans sa famille, personne ne possède d’ailleurs d’animal de compagnie, hormis son fils. Et encore, trois poissons rouges.

Chang Jiwen ne défend pas les "droits" des animaux, mais leur bien-être, c’est-à-dire leur droit à être traités avec respect. Nuance de juriste qui a son importance en Chine. S’il en est venu à s’intéresser à la cause animale il y a 6 ans, c’est d’abord, à l’écouter, pour des raisons pragmatiques. Primo, les mauvais traitements réservés aux animaux sont un vrai handicap commercial pour la Chine. L’une des principales raisons pour lesquelles les marchés européens restent fermés aux produits carnés estampillés "Chine", c’est qu’ils ne respectent pas les critères de bien-être animal, notamment pour l’abattage. Une hypocrisie, diront certains. Une réalité en tout cas pour les millions d’éleveurs chinois. En 2008, la production de viande chinoise représentait près de 30% du total mondial, avec 72,69 millions de tonnes. Les exportations en revanche ont stagné à 742 000 tonnes. Idem pour le porc : 46 millions de tonnes produites en 2008, et seulement 142 000 tonnes exportées. Ce qui explique l’intérêt du ministère de l’Agriculture pour la cause défendue par M. Chang.

La deuxième raison, très pratique, pour laquelle Chang Jiwen milite pour la protection des animaux, c’est la santé. Manger des chats et des chiens peut avoir des conséquences sur néfastes sur notre organisme. "Quand il y a eu l’épidémie de SRAS en 2003, puis le virus H1N1, la Chine a dépensé 100 milliards de yuans pour contrôler ces maladies."

Un projet de loi sur le feu

La cruauté de l’homme envers l’animal ne laisse pas pour autant Chang Jiwen insensible, il semble même incollable sur le sujet. "Il y a un an, raconte-t-il, une vidéo circulait sur Internet montrant une femme en train d’enfoncer les talons aiguilles de ses chaussures sur le corps de son chat. Vingt jours plus tard, elle perdait son travail dans l’hôpital ou elle exerçait comme infirmière, résultat d’une vaste campagne des internautes." En général, les histoires sordides circulent sur le net comme une trainée de poudre. L’histoire de ce chien que son propriétaire a fait rôtir dans un four. Les plus spectaculaires concernent ces abattages de masse sur ordre de municipalités sous prétexte de juguler la rage. A Hanzhong en mai dernier, 30 000 chiens en ont fait les frais.

L’air calme et sérieux, Chang Jiwen raconte comment il est devenu l’un des porte-parole de la cause animale en Chine. En cas de scandale, les médias comme le petit peuple, font appel à lui. "Hier, une femme m’a téléphoné parce qu’elle venait d’arrêter un convoi de chiens qui partaient pour Canton, sans doute pour finir en menus morceaux". De fait, Chang Jiwen est l’un des artisans de la première loi chinoise de protection des animaux. Soumis mi septembre aux internautes pour une consultation publique, le projet concerne aussi bien les animaux de compagnie que les animaux de cirque, de laboratoire ou encore ceux utilisés pour le transport. Son texte doit encore être visé par l’organe exécutif (conseil d’État) puis recevoir l’aval de l’Assemblée. Car la législation chinoise est totalement inexistante en la matière. "En dehors des espèces menacées, il n’y a rien", explique-t-il. Résultat, la police ne peut rien faire pour prévenir ou réprimer la cruauté.

Répit pour les chiens chinois

Avant de se faire l’avocat des animaux, Chang Jiwen est passé en 2003 par l’Institut Max Planck de Heidelberg. "A l’époque, se souvient-il, j’étais l’un des deux ou trois chercheurs chinois envoyés à l’étranger pour étudier la question du bien-être animal sur laquelle personne ne travaillait." L’expérience lui donne des ailes : en 2005, il sort un livre comparant les législations chinoise et allemande. Autant dire que la partie chinoise ne pèse pas bien lourd. Puis la chance lui sourit : un forum international organisé en 2007 lui vaut une collaboration avec la très vénérable institution Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals ainsi que l’IFAW (Fonds international pour la protection des animaux). Chang Jiwen reçoit des financements et commence à rédiger le cadre légal dont il rêve pour son pays.

Il ne s’agit pas de faire mieux qu’en Europe ou aux États-Unis mais de prévenir la cruauté envers les animaux, dans l’élevage, le transport ou les méthodes d’abattage. A la clé : des sanctions financières pouvant aller jusqu’à 600 euros et des peines de prison pour les actes les plus graves, l’interdiction d’élever des chiens et des chats à des fins alimentaires et l’interdiction d’en vendre dans les restaurants. Pour prévenir les abandons malencontreux Chang préconise aussi d’incorporer une puce (électronique, qui ne gratte pas !) dans chaque animal domestique. "Les chats et les chiens sont très intelligents et très familiers de l’homme. D’ailleurs la tradition chinoise interdit de tuer des chiens et chats", aime-t-il rappeler.

A lire aussi dans Terra eco :
- La Chinois bien dans leur assiette
- Lisez "Bidoche" et vous mangerez moins de viande

Sources de cet article

- L’article de Reuters
- L’étude sur le marché des animaux domestique en Chine de l’institut Euromonitor International

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