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11-04-2014
Mots clés
Consommation
Energies
France

Serons-nous enfin payés pour économiser l’électricité ?

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Serons-nous enfin payés pour économiser l'électricité ?
(Crédit illustration : Matthias Malingrey pour « Terra eco »)
 
Dès 2016, notre capacité à ne pas trop consommer d'électricité en période de tension sur le réseau pourrait être monnayée. Explications.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 58 - juin 2014

Football : je t’aime… moi non plus

La France se dote de nouvelles règles pour éviter le black-out. Un méli-mélo technique que ce futur « marché des capacités », qui entrera en fonctionnement en 2016, mais sur lequel le consommateur aura prise. C’est en effet de sa capacité à réduire sa consommation d’électricité, et donc à s’« effacer » du réseau en période de pointe pour lui redonner assez de jus, que le marché va dépendre, puisque l’électricité ainsi épargnée sera monnayée par des opérateurs d’effacement. Concrètement, pour nous, que cela va-t-il changer ?

Plus de 100 000 foyers s’effacent déjà

Aucune obligation d’adhérer à ce dispositif d’effacement diffus – quelques minutes par-ci par-là en période de pointe –, c’est sur la base du volontariat. Seuls sont concernés les logements chauffés à l’électricité. Leurs occupants peuvent contacter un opérateur d’effacement et lui demander d’installer, gratuitement, un boîtier intelligent branché au tableau électrique. Voltalis est, à ce jour, le seul opérateur qualifié par RTE (Réseau transport d’électricité) « avec déjà 100 000 foyers raccordés », explique son cofondateur Pierre Bivas.

Les froides soirées d’hiver, RTE signale les risques de pénurie aux opérateurs qui envoient alors simultanément à tous les boîtiers l’ordre de couper l’alimentation des radiateurs et chauffe-eau, pendant quelques minutes. L’habitant aura été prévenu dans la journée de ces micro-coupures et il pourra choisir d’y déroger, en éteignant son boîtier. C’est la multiplication de ces interruptions simultanées dans des milliers de logements qui va éviter la consommation de plusieurs dizaines de mégawatts, contribuant à assurer l’équilibre du système électrique sur l’ensemble du territoire.

Des économies substantielles

Qui dit baisse de la consommation de chauffage en plein hiver dit... froid ? Non, car les coupures sont trop courtes pour être ressenties. Et concernant les factures ? Tout dépend de l’équipement ciblé. Elles ne baisseront pas si l’on regarde uniquement l’eau chaude : l’électricité qui n’est pas utilisée par le chauffe-eau pendant les coupures le sera à un autre moment de la journée, éventuellement en tarif heures creuses si un tel abonnement est contracté.

C’est différent pour les radiateurs. L’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, dans une étude de 2012 sur l’effacement des consommations électriques résidentielles, a estimé que « la consommation électrique effacée engendre des économies d’énergie qui peuvent toutefois être en partie annulées par un surplus de consommation à l’issue de la période d’effacement, par exemple pour remettre le logement à la température souhaitée ». Malgré cet « effet report », l’Ademe a estimé, en relevant les compteurs de 2 800 adhérents de Voltalis, que les foyers économisent entre 6,8% et 8,3% d’électricité les jours où l’effacement est effectué respectivement 15 et 20 minutes par heure en moyenne, toutes les heures, et non pas uniquement lors des pointes.

Car tout l’intérêt de l’effacement diffus, selon Pierre Bivas, président du syndicat professionnel représentant ce nouveau métier, la Cathode, n’est pas d’être cantonné aux pics de consommation mais d’être pratiqué « tout l’hiver » voire aussi « l’été, dans les locaux équipés de climatiseurs », explique-t-il. Ces effacements répétés permettent une vraie baisse de la facture : jusqu’à 20% ou plus, annuellement.

Un pilotage à distance toute l’année

Un chiffre qu’il explique aussi par l’interface Web mise à disposition avec le boîtier et qui permet au consommateur de suivre, à tout instant et même à distance, la consommation en temps réel de ses équipements.

Même constat chez Direct Energie qui souhaite devenir l’opérateur d’effacement de ses abonnés. Dans le cadre de son projet pilote Modelec financé par l’Ademe, le troisième fournisseur d’électricité en France a équipé plus de 500 foyers à travers le pays d’un boîtier de l’entreprise Ijenko et leur donne accès à une interface sur le Web. « Les clients s’en servent pour suivre leur consommation et piloter leur chauffage à distance en fonction de leur présence dans le logement », explique Antonin Coliche, chef du projet Modelec chez Direct Energie. Depuis le lancement de Modelec courant 2012, « c’est comme si on avait coupé 15 000 fois un appareil », poursuit-il.

Serons-nous payés pour voir nos factures baisser ?

Si les opérateurs d’effacement consentent à de si lourds investissements – tout est gratuit pour le consommateur – c’est qu’ils comptent sur le dynamisme du marché des capacités. Le mieux, c’est qu’une partie de l’argent de la vente des mégawatts épargnés pourra être reversée aux particuliers dont la facture aura baissé ! En effet, dans les règles édictées par RTE, « le consommateur pourra être rémunéré par l’opérateur d’effacement pour avoir accepté de baisser sa consommation », explique-t-on à RTE. Tout en précisant que cette rémunération ne se fera pas tout de suite et ne représentera pas plus de quelques euros, voire quelques centimes, par an. « Le vrai intérêt de ce dispositif pour le consommateur est sur les économies, pas sur le gain », insiste RTE.

Si Direct Energie précise qu’il « partagera les gains quand [il] sera opérateur d’effacement », Voltalis est plus réticent : « Pour l’instant, nous supportons tous les coûts pour fournir aux consommateurs un service d’économie d’énergie gratuit. Des vendeurs d’électricité nous ont suggéré de renverser la perspective et que les particuliers devraient nous rémunérer pour ce service », grince Pierre Bivas. Une proposition qu’il juge « absurde ».

Quoi qu’il en soit, l’ensemble des foyers français devra financer la mise en place du nouveau marché des capacités, ce qui représentera une hausse de 1,5% de la facture d’électricité en 2016, « effacé » ou pas.



En Bretagne, la bonne volonté suffit

La Bretagne et la Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca) expérimentent le principe de l’effacement diffus depuis plusieurs années. « Péninsules électriques », ces régions ont mis en place le dispositif Ecowatt qui fait appel aux bonnes volontés de leurs habitants pour éteindre leurs appareils quand les risques de se retrouver dans le noir complet sont grands. Et ça marche. Sans boîtier connecté, sans espoir de rémunération mais avec de simples alertes SMS envoyées aux 52 400 adhérents d’Ecowatt Bretagne les prévenant d’une saturation proche du réseau, « les économies d’énergie réalisées sont de l’ordre de 2% à 3%, soit l’équivalent de la consommation des villes de Quimper, Saint-Malo et Vannes », explique Sandrine Morassi, de RTE Bretagne.


Lire aussi sur terraeco.net : La Bretagne, péninsule énergétique, peut-elle sortir de son isolement ?

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  • Le prix des appareils électriques étant de + en + bon marché (ainsi que parallèlement le mobilier et autres tous plastiques), les communs des mortels s’y précipitent et se retrouvent ainsi piégés par la dépendance au nucléaire. Et les énergies renouvelables entre les mains des mêmes monopoles énergétiques = de moins en moins de terres cultivables.

    La seule solution : aides aux installations de petites unités locales et artisanales en production énergétique. Financement participatif pour 1 mutualisation des moyens et techniques : mais quand je pense qu’Arnaud Montebourg projette d’en encadrer la procédure pour demander à ce que les petits actionnaires investissent dans les sempiternelles mêmes groupes, qui ne changent que de nom, pas de politique de production, et encore moins dans celle de la gestion de leurs déchets empoisonnés et empoisonneurs...Je vous conseille d’arrêter votre crédulité aveugle, ô cherrrs contribuables qui entretenaient vos élu(e)s pourtant souvent coupables de fautes professionnelles graves dans l’exercice de leurs fonctions. Elle a bon dos, la crise, surtout quand on n’a pas le courage d’affronter son reflet

    2.06 à 11h38 - Répondre - Alerter
  • Une autre solution est d’encourager le stockage de l’électricité photovoltaïque et d’autoriser un stockage complémentaire avec l’électricité achetée la nuit aux heures creuses.

    http://energeia.voila.net/solaire/p...

    Cela nécessite un compteur triple (production solaire, consommation, injection solaire sur le réseau) dont le coût ne doit pas être bien différent de celui d’un compteur double.

    L’autoconsommation et le stockage en cycle quotidien de l’électricité photovoltaïque en France permet de ne pas soutirer d’électricité du réseau aux heures de pointe (18 à 22 h) en toutes saisons, y compris l’hiver.

    25.04 à 12h55 - Répondre - Alerter
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