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Sur la route de Madison : la révolution

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Sur la route de Madison : la révolution
(Photo : manifestation à Madison, devant le Wisconsin Capitole, contre le gouverneur Scott Walker (15 février 2011). Crédit : Paul Baker / Flickr)
 
Scott Walker espérait privatiser les centrales électriques du Wisconsin et mettre au pas les syndicats en deux coups de cuillères à pot. Mais le bouillonnant gouverneur républicain, piégé par un journaliste, pourrait bien tomber.
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Depuis 12 jours, le Wisconsin Capitole, siège du gouverneur à Madison, est occupé par des milliers de manifestants (jusqu’à 30 000) qui refusent l’adoption d’une loi fédérale dite de « budget repair ». Supposée combler un déficit de 137 millions de dollars, elle prévoit d’autoriser, sans enchère publique ni appel d’offre, la vente de centrales électriques à des sociétés privées. Histoire de préparer l’avenir, elle ambitionne surtout de supprimer les conventions collectives dans la fonction publique soit de couper à la serpe dans le droit syndical.

C’est Scott Walker le tout nouveau gouverneur républicain qui mène cette réforme au pas de charge. Il a l’énergie du débutant, à savoir deux mois tout juste de mandat dans les pattes. Convaincu de ses puissants soutiens, il annonce partout qu’il ne lâchera rien. Scott Walker est l’archétype du politicien qui a acheté son siège de gouverneur et qui, une fois installé, remercie ses amis - il vient d’ailleurs de faire baisser les impôts sur les entreprises soit un cadeau fiscal de 140 millions de dollars. Sauf que dans l’opération, tout à son mépris des autres, il se fait piéger comme un bleu. Et à droite comme à gauche, Scott Walker embarrasse l’ensemble de la classe politique américaine en déroute.

Agacé de ne pouvoir le joindre par téléphone pour l’interviewer, un journaliste du Buffalo Beast, s’est fait passer pour l’un des hommes les plus puissants d’Amérique : le businessman milliardaire David Koch. Ce nom-là ne vous dit probablement rien et c’est normal car c’est fait exprès. David Koch est un vrai puissant : avec une fortune estimée à 21 milliards de dollars, c’est le genre de bonhomme qui n’a pas besoin d’être dans la lumière pour mener son monde.

Magnat de la pétro-chimie américaine avec Koch Industries Inc (Lotus, Demak Up en France), 2ème fortune de New York, il est d’abord connu pour ses activités philanthropiques. David Koch est le mécène en or massif du Lincoln Center (depuis qu’il a donné 100 millions de dollars pour sa rénovation, le théâtre du centre culturel new yorkais a été rebaptisé à son nom). A Washington, son think tank « American for Prosperity » matraque des positions contre la guerre en Irak, la réforme de Santé et la régulation de Wall Street. Question environnement, le pétro-chimiste est d’un enthousiasme créatif : le réchauffement climatique est une bonne nouvelle car il va dégager nombre de terres de cette satanée glace permettant ainsi à plus de personnes de vivre sur notre chère planète. En d’autres termes, le dérèglement climatique sauvera l’humanité. D’après le New Yorker, David Koch est l’un des plus importants soutiens financiers du Tea Party américain, celui-ci ayant le mérite « faire le sale boulot sans que lui ne se salisse les mains ». Ni n’abime son cours de bourse… Ce qui, avec cette affaire, n’est plus si sûr.

Le jeune gouverneur Scott Walker bondit donc sur son téléphone quand le journaliste du Buffalo Beast - alias le le faux David Koch - l’appelle. Reprise partout sur le Net, la conversation est un morceau d’anthologie : on y entend l’élu tout émoustillé devant tant de puissance, trop ravi d’afficher son mépris pour la « populace » et la démocratie. Et de s’en vanter : pour lui, la réforme va passer car il va couper les vivres aux sénateurs déserteurs (ces démocrates qui ont fuit dans l’Illinois pour bloquer le vote de la loi). Et s’il le faut, il les menacera les fonctionnaires de licenciements massifs. « Beautiful » ponctue d’une grosse voix le faux David Koch avant de l’inviter pour un week end privé, à ses frais, en Californie. Mais avec plaisir monseigneur, susurre le politique… Et le faux David Koch de conclure sur la qualité de son travail : « Bravo, vous êtes le premier domino »

Depuis, les services de communication de Koch Industries Inc, multiplient les démentis : David Koch a contribué à la campagne de Scott Walker mais pour une pichenette ; Koch Inc n’a aucune intention de racheter les centrales électriques du Wisconsin ; son management ne fait pas de politique.

Le mal est fait  : Anonymous, le collectif des pirates justiciers, s’est saisi de l’affaire. Depuis lundi, Operation Wisconsin organise l’attaque en règle des sites du groupe et appelle aux boycotts de ses produits.

David Koch et Scott Walker : retenez ces noms car ce seront peut être ceux des premiers dominos de la dictature de l’argent à tomber…

Retrouvez les chroniques de Flore Vasseur chaque semaine sur France Culture et sur son blog.

Sources de cet article

- David Koch & Scott Walker sur Buffalo Beast « koch whore »
- American for Prosperity
- Operation Wisconsin

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Entrepreneur, chroniqueuse sur France Culture, Flore Vasseur est aussi documentariste et romancière. Elle est notamment l’auteur du roman « Comment j’ai liquidé le siècle », une charge féroce contre l’oligarchie politico-financière.

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