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2-07-2010
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Eau
Asie Et Océanie
Monde

Six initiatives au fil de l’eau

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Six initiatives au fil de l'eau
(David Goldman - The New York Times - Redux-Rea)
 
De l'Australie au Pérou, découvrez comment les villes s'emparent de la question de l'or bleu.
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"Eau : le luxe de demain"

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Valence rend justice à l’eau

Ces villes qui ont dit non à la bouteille

Un prix à plusieurs vitesses

New York joue du bassin

Pérou : la ville née du désert

La chine au régime sans sel


VALENCE REND JUSTICE À L’EAU

Depuis plus d’un millénaire, le « tribunal des eaux » de la ville espagnole tranche les litiges.

Tous les jeudis, à Valence en Espagne, le public se presse sur la Place de la Vierge. C’est là que se réunit le tribunal des eaux depuis plus de mille ans. Une tradition folklorique ? Pas du tout, répond son président Vicente Nácher Luz. « L’eau était une ressource rare il y a un millénaire ici, c’est pour mieux la répartir que le tribunal a été créé. Ça n’a pas changé. » Car accusés, plaignants et juges – un pour chacun des huit canaux de la région – sont des agriculteurs « irriguants » de la « huerta », la plaine maraîchère de Valence, l’une des plus fertiles du pays. Ils y règlent les litiges en quelques minutes à peine et, code d’honneur oblige, tous les acteurs respectent les décisions prises. « Nous essayons de résoudre les conflits en amont. En arriver au tribunal signifie que nous avons échoué », explique Vicente Nácher Luz. Les communautés locales sont très attachées à ce système unique au monde. Cela lui a valu la reconnaissance de l’Unesco l’an passé : le tribunal est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. —

FRANÇOIS MEURISSE


CES VILLES QUI ONT DIT NON À LA BOUTEILLE

C’est une forme de prohibition bien particulière qui a vu le jour récemment : celle des bouteilles d’eau en plastique. Une initiative qui fait boule de neige. Tour du monde.

Bundanoon C’est une bourgade du sud-est australien d’à peine plus de 2 000 habitants mais Bundanoon possède désormais, un titre mondial : celui de première ville au monde à avoir banni les bouteilles en plastique de ses commerces en septembre 2009. Au départ, une initiative citoyenne, « Bundy on tap » (Bundanoon au robinet). A l’arrivée, une interdiction totale du plastique pour l’eau plate mais la possibilité de remplir gratuitement sa bouteille.

Concord A Concord dans le Massachusetts, c’est une activiste de 82 ans, Jean Hill, qui a mené la bataille. Un combat victorieux puisque ses 16 000 concitoyens ont eux aussi voté en avril dernier la fin de la vente des bouteilles d’eau et ce, à partir de janvier 2011. Une décision pas du tout du goût de Joe Doss, président de l’Association internationale de l’eau en bouteille, le lobby du secteur, qui estime que « les efforts fournis pour décourager les consommateurs de boire de l’eau, du robinet ou en bouteille, ne sont pas dans l’intérêt des consommateurs ».

San Francisco En 2007, Gavin Newsom, le green friendly maire de San Francisco, signalait lors d’une conférence des maires qu’il était incohérent d’acheter de l’eau en bouteille pour des services municipaux tout en vantant celle du robinet aux habitants. Il a mis fin à cette pratique pour une économie annuelle de 47 000 euros. Depuis, une centaine de villes dans le pays, dont Seattle, Miami et Chicago, l’ont imité.

Paris A la mairie de Paris, depuis 2007, ce sont des carafes d’eau du robinet qui sont servies lors des événements officiels. La suppression des bouteilles pour tous les services et établissements publics dont elle a la responsabilité (mairies d’arrondissement, écoles) est en cours. —

FRANÇOIS MEURISSE


UN PRIX A PLUSIEURS VITESSES

Un village du Tarn, le tarif du mètre cube récompense les habitants les plus économes.

« Plus on est riche, moins l’eau est chère. » C’est contre ce paradoxe que le maire du Séquestre (Tarn), Gérard Poujade, a puisé son idée de refonte du prix de l’eau. Dès 2006, il supprime l’abonnement contre un doublement du prix du mètre cube. Résultat : des économies pour 80 % des 1 700 habitants. En 2009, il va plus loin : le tarif augmente par paliers, mais les 30 premiers mètres cubes sont gratuits : soit 40 litres par jour et par personne, le minimum vital. Les propriétaires de piscines, les fanas du lavage de voiture et les zinzins de l’arrosage en été sont donc pénalisés. « Le nombre de dispositifs de récupération d’eau de pluie installés dans les jardins a explosé », note Gérard Poujade.

Ce système ne s’applique aujourd’hui qu’à 5 % de la population française, mais de plus en plus de villes s’y mettent : Libourne et Bordeaux l’ont adopté sous différentes formes et Toulouse y pense. A Cahors, on y a renoncé, car en France, il est illégal de distribuer l’eau gratuitement (Le Séquestre peut le faire, car la globalité de la facture n’est pas concernée). Pourtant, selon un récent sondage TNS Sofres, 55 % des Français seraient favorables à un tarif progressif de l’eau (1). Et à l’étranger, c’est « plus la règle que l’exception, surtout dans le bassin méditerranéen ou en Amérique latine », souligne Henri Smets, de l’Académie de l’eau. —

JULIEN VINZENT

(1) Sondage réalisé les 10 et 11 mai sur un échantillon national de 1 000 personnes, selon la méthode des quotas.


NEW YORK JOUE DU BASSIN

L’eau que boivent les New-Yorkais n’est pas filtrée par une usine, mais par une forêt.

New York fait décidément tout en grand. Doté du plus grand bassin d’alimentation en eau du monde – 5 000 km2 –, la ville a sauvé, en 1996, ce réservoir naturel qui peut fournir de l’eau potable, sans besoin de procédés chimiques, à plus de 10 millions de personnes. Ce sont les forêts qui assurent en effet ce précieux service gratuitement grâce à la filtration des eaux par le sol et les racines. Mais au fil des ans, l’urbanisation et l’intensification de l’exploitation agricole avaient mis en danger ce bassin, menaçant la qualité de l’eau potable de la ville.

Les autorités ont alors sorti la calculette : la création d’une usine de filtration représentait un coût – investissement et fonctionnement cumulés – de 4,5 à 6 milliards d’euros. En comparaison, le programme de restauration écologique du site a, lui, été évalué à 1 milliard d’euros. Big Apple n’a pas beaucoup hésité. Comme 70 % de la superficie de ce bassin versant appartient au domaine privé, agriculteurs et forestiers ont été incités financièrement à s’engager dans de nouvelles pratiques agricoles plus respectueuses des sols et de la nappe phréatique : rotation des cultures, gestion des engrais, construction de fosses à purin, reboisement… La ville a, en outre, acquis des terres autour des réservoirs pour préserver les forêts et les zones humides. En investissant ainsi dans son « capital naturel », New York a créé un précédent mondial. Le Costa Rica, l’Equateur et certaines régions du Mexique ont aujourd’hui suivi cet exemple. —

KAREN BASTIEN


PÉROU : LA VILLE NÉE DU DÉSERT

Villa El Salvador a poussé il y a quarante ans sur le rivage aride du Pacifique. Après bien des sacrifices, l’eau y est arrivée.

Il fait frais ce soir du 27 avril 1971 à Pamplona, petit bout de désert accroché le long de l’océan Pacifique, au sud de Lima, la capitale du Pérou. Un crachin invisible se pose sur une petite centaine de familles qui marchent droit dans l’obscurité, couvertures et paillasses de jonc lovées sur le dos. Elles viennent prendre possession de terres pour y construire leur toit, sans autre autorisation que leur propre volonté. L’une des plus importantes mobilisations sociales pour le droit au logement d’Amérique latine vient de commencer. Alertés par le bouche à oreille, ils sont des milliers à les rejoindre dans les heures qui suivent. L’armée s’interpose, en vain. Le 11 mai, encadrées par les militaires, 9 000 familles quittent Pamplona et gagnent ce qui deviendra Villa El Salvador.

Cette terre promise n’a pas grand-chose pour elle. Aride, sans électricité, ni route ni eau, perdue à 20 km du centre de Lima. Consciente que personne ne viendra à son aide, la population – 100 000 personnes en 1973 – s’organise. L’eau y est distribuée à la force du poignet, les pieds dans le sable, au cul du camion-citerne. Il faut attendre 1979 pour voir émerger un réseau d’assainissement et d’eau courante dans une « zone pionnière d’invasion ». Non potable, l’eau arrive jusqu’au robinet, une fois servies les zones résidentielles de la capitale. Les eaux usées sont déversées dans des bassins de décantation, puis utilisées dans la zone agricole créée de toutes pièces. Centimètre par centimètre, Villa El Salvador l’emporte sur le désert, couvrant de vert et de bleu ces kilomètres carrés de sable et propose aux nouveaux arrivants descendus des Andes ou d’Amazonie de planter un arbre devant leur toit. Quarante ans plus tard, la ville née du désert compte 420 000 habitants. —

DAVID SOLON


LA CHINE AU RÉGIME SANS SEL

De peur de manquer d’eau douce, Pékin fait le pari de dessaler l’eau de mer.

Alors que les Chinois comptent pour 21 % de la population mondiale, ils ne disposent que de 7 % de l’eau douce planétaire. Circonstances aggravantes, l’urbanisation et l’industrialisation accentuent la pollution de la ressource. Résultat : un quart de la population consomme de l’eau non potable. La Banque mondiale estime même qu’en 2020, la crise de l’eau pourrait pousser 30 millions de Chinois à migrer. Pékin s’intéresse donc de près à la désalinisation. La ville mobilise plus de 500 chercheurs sur la question. « La désalinisation est une solution d’avenir, affirme Guo Youzhi, de la China Desalination Association. Nous avons aujourd’hui la capacité technique de relier Pékin à la mer pour l’approvisionner en eau dessalée. »

Les techniques développées par la Chine – la distillation, l’évaporation et l’osmose inverse, une sorte de filtrage extrême – sont d’autant plus intéressantes que le coût des équipements a diminué de moitié au cours des dix dernières années. Aujourd’hui, plus de 50 usines sont en activité et une dizaine en projet. Pékin produit aujourd’hui 500 000 m3 d’eau dessalée par jour ; le million est visé d’ici à la fin de l’année et 3 millions en 2020. « Les chercheurs que j’ai rencontrés ont tous un niveau élevé, observe Philippe Moulin, de l’Université Aix-Marseille III qui s’est rendu en Chine l’an dernier. Ils sont poussés par des besoins réels et des applications industrielles de taille significative. » A terme, l’objectif est d’améliorer les techniques afin de récupérer également l’énergie libérée lors de la désalinisation. La municipalité de Tianjin, dans le nord du pays, l’utilise, elle, déjà pour des usages domestiques : 100 000 tonnes d’eau y sont « produites » chaque jour. —

HÉLÈNE DUVIGNEAU (en Chine)

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Rédactrice en chef du magazine et des éditions papier de "Terra eco"

Président de l’association des Amis de Terra eco Ancien directeur de la rédaction de Terra eco

Journaliste, collaborateur régulier pour Terra eco.

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  • Dans votre article il est dit :
    « Le nombre de dispositifs de récupération d’eau de pluie installés dans les jardins a explosé », note Gérard Poujade.

    En dehors du fait qu’il faille économiser l’eau, il me semble que si l’eau de pluie qui doit alimenter les nappes phréatiques, est stockée en amont dans des réserves individuelles, ces dispositifs de récupération sont des encouragements au gaspillage de l’eau puisque elle est gratuite.
    Je n’ai pas pu répondre à cet argument qu’on m’a opposé et j’aimerais qu’on me développe des arguments contraires et crédibles.
    Cordialement
    J Paul BARRET

    19.07 à 11h59 - Répondre - Alerter
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