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28-05-2014
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Biodiversité
Monde

Dans les traces dispersées du documentaire animalier

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Dans les traces dispersées du documentaire animalier
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N° 58 - juin 2014

Football : je t’aime… moi non plus

Comment filmer les animaux ? Depuis les débuts du docu animalier, la question a été tournée et la caméra retournée dans tous les sens, selon le regard du réalisateur, les contraintes techniques, mais aussi le statut de l’animal, enjeu éthique de ce début de XXIe siècle. Aujourd’hui ressort au cinéma, en version restaurée, le superbe documentaire de Frédéric Rossif, La Fête sauvage. Mais l’interrogation refait surface depuis plusieurs années, chez Disney, qui puise dans la nature « les plus belles histoires », ou dans Bovines (2012), film un peu vache qui confronte le spectateur, une heure et demie durant, au spectacle d’un troupeau de ruminants.

Historiquement, le rôle du documentaire animalier est d’abord de faire découvrir la vie sauvage, comme on ne peut la voir à hauteur d’homme. C’est en premier lieu une affaire de technique. Ainsi découvrait-on les abysses dans Le Monde du silence, de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, palme d’or à Cannes en 1956, l’infiniment petit dansMicrocosmos, la société des manchots dans La Marche de l’empereur (2005), etc. Des caméras de plus en plus performantes, comme la Phantom, conçue au départ pour des images scientifiques, permettent de filmer en captant 450 images par seconde (au lieu de 24). « A ce rythme, on perçoit chaque mouvement, chaque muscle, chaque tendon et on réalise à quel point le guépard est conçu pour la course », raconte Alastair Fothergill, coréalisateur de Félins (Disney Nature, 2012). En 2014, Terre des ours, premier documentaire animalier en 3D, tourné au Kamtchatka, dans la péninsule de l’Extrême-Orient russe, ouvre peut-être une ère de « proximité » nouvelle avec le monde sauvage, que l’on a la sensation de pouvoir toucher.

Les danseurs d’un opéra

La question du réalisme revient sans cesse. A sa sortie, en 1976, c’est ainsi qu’un critique du Monde accueillait le film de Frédéric Rossif : « Ce film enchanteur risque d’agacer les esprits scrupuleux. (…) Ils vont reprocher à Frédéric Rossif (…) de considérer la nature comme une sorte de grand zoo édénique, bref de travestir la vérité et de tourner le dos au réalisme. » En effet, La Fête sauvage n’a pas grand-chose d’un documentaire scientifique sur le monde animal. Sublimé par l’usage immodéré du ralenti et une musique originale de Vangélis, il fait évoluer les animaux (lions, bouquetins, flamants roses, frégates, etc.) comme les danseurs d’un opéra. Il invite à une fête qui cherche à raviver chez l’être humain un instinct vital. « Les animaux nous rappellent le temps ancien où nous bougions encore comme eux », déclarait le réalisateur en 1976.

Il n’y a pas de regard neutre

Symbolique, naturaliste, scientifique, moral ou anthropomorphique, il n’y a pas de regard neutre sur l’animal, dont le mode d’existence, étranger et familier, nous invite toujours à interroger le nôtre. Chez Disney, l’anthropomorphisme est poussé à l’extrême dans des documentaires aux scénarios sans artifices, mais accompagnés d’un commentaire où les petits lions sont pris pour des petits d’homme… A l’inverse, des réalisateurs invitent à regarder autrement l’animal domestique. Dans Bovines, Emmanuel Gras, filme, lents et placides, les mouvements d’un troupeau de vaches à viande. « Face à l’étrangeté, on se raccroche à tout ce qui ressemble à de l’humain pour s’aider dans notre regard. Là, je voulais laisser le spectateur se débrouiller seul », explique-t-il. Son film, épuré de toute empreinte humaine, ouvre un champ libre, volontairement déconcertant, où interroger le statut de ces animaux façonnés par l’homme. C’est le paradoxe d’une époque où le rapport à l’animal sauvage (et à sa version domestique), dont on souligne la fragilité et la beauté, est de plus en plus sensible, tandis que l’exploitation animale (en laboratoires et en batteries), peu montrée, n’a jamais été aussi intensive. « Un animal laid, ce n’est pas un animal, c’est un animal vu par l’homme », affirmait Frédéric Rossif. La fonction esthétisante du documentaire animalier n’est pas opérante pour protéger la nature et les animaux, mais pour souligner, comme le fait La Fête sauvage, la façon dont l’animal inspire l’homme et la proximité autrefois entretenue. —



La Fête sauvage, Frédéric Rossif. En salles le 18 juin et en DVD (Studio canal, 22,90 euros) le 8 septembre

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