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Comment la guérilla potagère s’est enracinée à Todmorden

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Comment la guérilla potagère s'est enracinée à Todmorden
(Crédit photo : amélie mougey)
 
C’est dans cette petite ville d’Angleterre que sont nés les Incroyables comestibles, il y a six ans. Depuis, le goût de cultiver les plates-bandes a essaimé à travers le monde. Et sur place, les idées germent encore !
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N° 55 - mars 2014

Poissons : fraude à l’étiquette

En rentrant chez lui un soir gris d’automne, Kendal, casquette sur la tête, longe le poste de police de Todmorden. Soudain, le jeune Anglais sort un canif, se penche sous la fenêtre du commissaire. Il coupe une salade et reprend son chemin. La routine. Au milieu des herbes aromatiques et des laitues, la pancarte « Food to share » (« Nourriture à partager ») a disparu. Désormais, les 14 000 habitants de cette bourgade du comté du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre, connaissent la règle : dans les plates-bandes, chacun se sert. Todmorden, ancien bastion de l’industrie textile, est aujourd’hui connu pour être le berceau des « Incredible Edible ».

« Les Incroyables comestibles », en version française, sont nés en 2008. A l’époque, sans rien demander à personne, trois sexagénaires lancent leur guérilla potagère. La trame du complot : repérer le moindre terrain en friche, appâter les volontaires avec des cookies, planter ensemble puis laisser les récoltes à la disposition de tous. Le credo : produire local et partager pour que la ville, asphyxiée par la crise, reprenne confiance en elle. « Notre mot d’ordre aurait dû être ‘‘ Just do it ’’, se souvient Estelle Brown, l’une des fondatrices. Mais on nous a signalé que c’était déjà pris… » Qu’importe le slogan, six ans plus tard, de La Rochelle (Charente-Maritime) à Los Angeles, aux Etats-Unis, l’« abondance partagée » a essaimé dans le monde entier. « On a créé un monstre », susurre la jeune grand-mère, mi-ironique mi-sincère sous son chapeau en cloche.

Courgettes sous la pluie

Ce dimanche midi, dans l’ancienne église devenue leur cabane de jardin et leur Q.G., une quinzaine de pionniers du potager pour tous s’organisent. Le week-end suivant, 57 cars déposeront un millier de fidèles venus du monde entier. Sous l’abri de Mary, une armée de parapluies les attend déjà pour la visite des potagers. « Il y aura beaucoup de Français. Chez vous, le mouvement prend bien », sourit la pâtissière sans une once de flatterie. Ces deux dernières années, dans l’Hexagone, la pratique s’est enracinée dans plus de 350 communes. « L’essentiel, c’est de ne pas oublier ce qui se passe ici, ajoute Jenny, volontaire de la première heure. Les gens doivent continuer à planter et à délaisser les supermarchés. » La Todmordienne peut être sereine. Le matin même, une dizaine d’acharnés ont bravé la pluie pour ramasser les dernières courgettes de l’année. Dans le groupe, on retrouve Kendal, le maraudeur du commissariat. « Je me sentais redevable, alors je m’y suis mis », glisse le trentenaire. Une fois par semaine, ils sont tantôt une poignée, tantôt une soixantaine – selon le taux d’humidité – à entretenir quelque 70 potagers urbains.

Pain bio et « fish and chips »

Pendant ce temps, des fonctionnaires prospectent dans le district. Ils cartographient tous les terrains en friche. « Ensuite, les groupes de résidents qui en feront la demande recevront une autorisation d’y jardiner », explique Robin Tuddenham, directeur des transformations économiques à la mairie. Le mouvement, jusqu’à maintenant ouvert et informel, résistera-t-il à la paperasse ? Estelle et ses acolytes se gardent de commenter et préfèrent suivre leur propre chemin. Celui-ci les mène sur les collines alentour, à la rencontre d’agriculteurs disposés à leur prêter leurs plus petits lopins. « Ce n’est pas gagné, grimace Estelle, mais on ne désespère pas. Au début, la ville entière nous prenait pour des illuminés. »

Chez les autorités, le scepticisme a laissé place à la fierté. « Les Incroyables comestibles ont revitalisé Todmorden, poursuit Robin Tuddenham, les retombées économiques sont évidentes. » Et pourtant, rien n’était gagné d’avance. Au début, les primeurs du marché craignaient une concurrence déloyale. Les jardiniers urbains leur ont coupé l’herbe sous le pied. « On a distribué des tableaux noirs pour qu’ils inscrivent l’origine de leurs produits », précise Estelle. Et la traçabilité a payé. Lors du scandale de la viande de cheval, les ventes des commerces du coin ont doublé. Avec sa boulangerie bio et ses quatre restaurants qui s’approvisionnent localement, Todmorden s’est imposé comme la capitale du manger sain au pays du fish and chips. Côté jardins, l’émulation continue. A l’entrée du village, deux salariés du collectif expérimentent la permaculture, ce mode d’agriculture durable et économe en espace. A l’école, on teste l’aquaponie, la culture de végétaux combinée à l’élevage de poissons. Et l’autosuffisance, c’est pour bientôt ? Jenny sourit avec indulgence : « Tout le monde voudrait y croire, mais soyons lucides, personne n’a envie de ne manger que du chou. » Elle lève les yeux vers un ciel menaçant : « Si on réussit à Todmorden, on peut réussir partout. » —

- Le site français des Incroyables comestibles

Impact du projet

70 potagers urbains à Todmorden

Le mouvement est présent dans 350 communes françaises

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