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26-03-2015
Mots clés
Société
Culture
France
Portrait

Alexandre Jardin, une volonté de faire

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Alexandre Jardin, une volonté de faire
(Crédit photo : Jean-Luc Bertini pour « Terra eco »)
 
Le romancier laisse l’écriture de côté pour un moment. Il veut désormais se frotter au réel, agir pour la France, avec son mouvement Bleu Blanc Zèbre.
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N° 67 - mai 2015

30 milliards d’amis ?

Il arrive en retard. S’excuse d’un sourire fatigué : « J’ai 58 vies ! » Ouvre la porte d’une maisonnette du XVIIe arrondissement, son studio de travail blanc et impersonnel. Tire vers nous son modeste bureau de bois peint, sur lequel sont nés ses livres. S’assied, sérieux, presque sévère. Pas le temps de sortir un carnet, il embraye : « Je sors un nouveau livre intitulé Laissez-nous faire (Robert Laffont, avril 2015). C’est ce que les commerçants disaient déjà à Colbert (contrôleur général des finances sous Louis XIV, ndlr). » Il est chez lui, il prend les rênes. Le recadrer poliment ? Il s’agit de faire son portrait, pas sa promo. Mais, puisqu’il ne cesse d’exhorter ses semblables à « sortir du cadre », oublions le nôtre et laissons-le faire.

Alexandre Jardin ne nous aura au final que très peu parlé de lui. Il l’a déjà tant fait à travers ses écrits : l’amour qu’il porte à Pascal Jardin, son père croqueur de femmes mort trop jeune ; le dégoût que lui inspirent les agissements de Jean Jardin, son grand-père directeur du cabinet de Pierre Laval sous Vichy ; la fascination pour sa grand-mère, acharnée à jouir ; l’admiration pour de Gaulle, Sacha Guitry et Casanova. L’écrivain à succès est passé à autre chose. Maintenant qu’il a « lâché les peurs » en se débarrassant par la prose de son honteux héritage – Des gens très bien (Grasset, 2011) – ce père de cinq enfants peut dire, presque timidement : « Ça y est, je suis devenu moi. Et je me préfère à avant. » Bien sûr, il inventera toujours des histoires d’amour, « trop besoin ». Mais l’auteur entame un nouveau chapitre du roman de sa vie, qui va l’éloigner un temps – au moins jusqu’à la fin de l’année 2017 – de ce petit cocon protecteur où il reçoit. Alexandre Jardin renaît donc, à presque 50 ans, en homme politique. « Un homme du politique et non de la politique », tient-il à préciser. La politique, celle des partis, est « constituée par le marché de la promesse, complètement carbonisé ». Le politique, « c’est le marché de l’action. Nous n’allons rien promettre, nous allons faire et n’embarquer avec nous que ceux qui passent à l’acte ». Ce « nous » agissant désigne la tribu des « faizeux » qu’il a constituée autour de son « do tank » (l’inverse d’un think tank) : le mouvement Bleu Blanc Zèbre (BBZ), fondé après les élections européennes de 2014. « Quand on a su que le Front national (FN) allait arriver en tête, j’ai observé la réaction des partis républicains. Et j’ai compris, horrifié, que leur logiciel resterait intact. » Le temps était venu de remplir la promesse « d’agir pour la France » faite, à 15 ans, à son père mourant.

« Fabriquer un peuple providentiel »

A ce jour, une centaine de mouvements citoyens, d’entrepreneurs et d’associations ont déjà rejoint BBZ. « Mon rôle est de marier la carpe et le lapin, les compétences et les légitimités, explique-t-il. De faire se rencontrer le Medef (Mouvement des entreprises de France, syndicat patronal, ndlr), les écolos faizeux, la Ligue de l’enseignement… pour trouver comment, ensemble, sortir la France du guêpier. » On y trouve pêle-mêle Véronique Debue, adjointe au maire d’une commune du Vaucluse qui a lancé la première mutuelle collective ; des notaires qui se rendent chaque mois dans des quartiers populaires afin d’y proposer des conseils gratuits ; des entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire ; l’association Lire et faire lire, fondée par l’écrivain en 1999 et qui compte 15 000 bénévoles retraités, etc. « On est en train de fabriquer un peuple providentiel, un peuple d’adultes qui se prennent en main », s’emballe-t-il. On croit déceler un accent populiste ? L’amoureux du verbe trouve la parade : « Le populisme, c’est mentir dans ses promesses, c’est une aigreur, une vindicte. La troupe des zèbres, c’est l’altruisme et la joie de faire ensemble. »

« Alexandre a une capacité à emmener les gens mais il faut le canaliser », reconnaît Guillaume Bapst, son ami depuis trois ans, avec qui il a cofondé BBZ. Le directeur de l’Association nationale de développement des épiceries solidaires se souvient qu’« au début, Alexandre disait qu’on ne pouvait faire confiance à aucun élu. Or, dire cela, c’était prendre le risque de renforcer le FN, alors même que la lutte contre ce parti est le moteur de notre action. » Pour Jean-Paul Enthoven, son éditeur chez Grasset, son « très cher Alexandre » a un problème : « Il croit que l’accumulation de petits prodiges locaux peut changer le monde. En cela, le sens de la politique, qui part du général pour éventuellement s’illustrer dans le détail, lui échappe. J’espère qu’il se recentrera très vite sur les livres. »

« Alliances avec la société »

Ce n’est pas à son programme. L’écrivain préfère écouter les conseils de Guillaume Bapst qui « lui répète sans cesse qu’il est nécessaire de structurer BBZ ». Les membres doivent désormais démontrer l’utilité et la reproductibilité de leur action, intégrée dans des boîtes à outils thématiques (logement, accès à l’emploi, éducation, etc.) dans lesquelles les maires, « les seuls élus qui ont vraiment du pouvoir et qui sont proches des gens, à portée de baffe », sont invités à picorer. Dans l’optique de la présidentielle de 2017, BBZ va tâcher d’obtenir des partis républicains – « et donc pas du FN », précise Jardin – qu’ils signent des contrats de mission. Par ces « alliances avec la société », le futur chef de l’Etat s’engagera à « laisser faire les faizeux ». « L’objectif de BBZ est ainsi d’arracher 30 ou 40 sujets à la gestion des énarques », poursuit Alexandre Jardin. Une démarche à l’inverse de celle de Nicolas Hulot et son Pacte écologique lancé en 2006 : « Lui a dit ‘‘signez et faites-le’’, ce qui était une erreur tactique car ces gens sont incapables de faire. Nous, nous disons : ‘‘Signez et laissez-nous faire’’. » A défaut d’obtenir l’engagement des principaux partis, BBZ désignera son candidat à la présidence de la République, « moi ou un autre », précise le romancier. S’il se représente mal « dans la fonction de leader charismatique », Alexandre Jardin ne craint pas les coups. « J’ai commencé à publier à 21 ans. Je suis habitué aux moments de lynchage public. Ça blesse l’ego mais on n’en meurt pas », dit-il dans une cascade de rires. « Ce rire m’angoisse, admet Jean-Paul Enthoven. C’est un drap d’allégresse sur sa profonde gravité. Alexandre a quelque chose à expier : il veut réparer la France que son grand-père a abîmée. Cette songerie dévore toute son énergie. Il est drogué à l’espérance et à l’enthousiasme, deux drogues terribles, car il risque d’aller de déception en déception. » « Est-ce que j’ai le choix ? », balaie Alexandre Jardin. Et il se remet à rire.



Alexandre Jardin en dates


- 1965 Naissance à Paris
- 1980 Mort de son père, Pascal Jardin
- 1985 Publie Bille en tête, couronné du prix du Premier roman l’année suivante
- 2011 Publie Des gens très bien (Grasset)
- 2014 Cofonde le mouvement Bleu Blanc Zèbre

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  • Bonjour,
    Très bel article, qui fait envie (je vais me renseigner...)
    J’aime bien la tension entre les peurs, l’envie, la réprobation de l’entourage, le désir... Comme M. Jardin, il faut suivre notre coeur ! C’est ce que dit Armelle Six, et tant d’autres aussi heureusement, tous les gens qui ont compris.
    Merci beaucoup à Mme Bogaert !

    22.08 à 13h45 - Répondre - Alerter
  • Il a des comptes à régler ce monsieur.
    Qui n’en n’a pas ?
    Mais de là à vouloir se faire aider de tous et toutes...
    Très grosse demande non ?
    Je voterai Coluche, comme d’hab !

    22.08 à 11h47 - Répondre - Alerter
  • Bonnes paroles, j’espère que Monsieur Jardin y songe réellement, pour s’engager réellement.
    Cependant, j’émets un doute si celui-ci n’est même pas capable de réaliser que ses actes d’achats ont aussi un impact très important (pouvoir d’achat, nerf de la guerre) : attention à ce qu’il évite d’acheter un produit contenant de la FOURRURE ANIMALE > torture et pollution assurées...
    Merci d’y veiller par la suite, "frères engagés".
    Fanny Grousssain

    18.08 à 11h38 - Répondre - Alerter
  • Arrêtez de croire en l"homme providentiel", que ce soit lors des élections présidentielles, ou de personnalités, de droite comme de gauche, cherchant à vous rassembler sous leur emblème.(on se croirait encore du temps des rois, ducs et consorts, et des ..."serfs" )

    Avant de suivre, un quelconque discours, d’un quelconque "intellectuel", commencez par étudier sa vie, son milieu social, quel lucidité il a sur sa propre existence, et comment il a gérer ses propres contradictions ( avec intelligence, lucidité, courage, ou profitant plus ou moins d’une rente : situation, financière, milieu social, etc ..)
    Assez de ces " faux rebelles", bien inscrits dans le système, et qui vous pousse à vous "révolter".
    Je pense que seuls les mouvements comme les actions de groupe "citoyens autonomes", véritablement informés et instruits ( par des intellectuels de l’objet, et du système contesté), sont pertinents.
    par ailleurs, vu la difficulté qu’il y a à transformer quoi que ce soit dans ce monde, seul un gouvernement mondial, pourrait être à la hauteur des difficultés actuelles ( économiques, écologiques, inégalités fiscales, paradis fiscaux etc ..)
    Alors la seule chose qui vaille, c’est la méfiance, l’engagement réel, et le courage

    18.08 à 09h40 - Répondre - Alerter
  • un type qui se presente avec un animal mort sur le cou...pour moi l’affaire est réglée...poubelle.

    14.05 à 10h50 - Répondre - Alerter
  • un jour, nous les français, arrêterons de critiquer & regarder, pour passer à l’action et à l’appréciation des mouvements individuels voire en groupe, de gens que vous appelez des utopistes, mais qui sont de grands rêveurs avec des messages porteurs de sens.
    suis-je un utopiste moi aussi ?
    commençons déjà, et on verra où on arrive !

    14.05 à 10h12 - Répondre - Alerter
  • J’ai grandi avec Alexandre Jardin et ses livres. Ses premiers livres ont alimenté ma vie personnelle, les suivants ma vie familiale et mes relations mes parents. Ces derniers livres raisonnent tout autant, car en lien avec mes implications politiques d’abord puis associatives ensuite. Je pense de plus en plus que "laissez-nous faire" est valable dans beaucoup de domaines sous certaines conditions : confiance, bienveillance et lutte contre l’ignorance au sein du groupe.

    11.05 à 09h43 - Répondre - Alerter
  • Alexandre Jardin, cette icone du vide littéraire, du bobo idéaliste qui s’empare d’une marotte avant d’aller gazouiller sa vacuité plus loin. Qu’il aille rire où on ne l’entend pas.

    28.04 à 13h05 - Répondre - Alerter
  • "Il croit que l’accumulation de petits prodiges locaux peut changer le monde. En cela, le sens de la politique, qui part du général pour éventuellement s’illustrer dans le détail, lui échappe. J’espère qu’il se recentrera très vite sur les livres. »
    Eh bien justement c’est cela la vraie politique, le sens civique, la citoyenneté, commencer pas à pas à changer le monde en partant de soi....être connecté à soi et aux autres....lisez (ou relisez) Pierre Rabhi, Mr J.P Enthoven, le changement est fait de tous petits pas au cœur de la cité....

    27.04 à 11h52 - Répondre - Alerter
  • de gaule ministre de pétain,sacha guitry....pourquoi pas papon le ministre du tourisme du gouvernement Barre !m’en fin, j’aime les utopies !

    25.04 à 15h28 - Répondre - Alerter
  • Je réponds au commentaire ci-dessus.
    Il n’y a pas de "méfiance" à avoir contre un homme qui dort 4h par nuit pour rencontrer Faizeux, maires, responsables politiques etc... dans le seul et unique but de contrer le FN et d’enfin laisser les citoyens (qui ont déjà commencés, dans leur coin, d’ailleurs) à reprendre le contrôle et à AGIR. Ce n’est pas pour son propre ego qu’il agit, lui. Comme il l’a très bien exprimé, mille fois, IL NE PROMET RIEN, il rassemble, et pousserons ceux qui sont prêts à agir pour que la société civile change enfin. Belle utopie, mais si on si met tous, si nous sommes tous derrière cet homme, où sont les obstacles ?!
    Bonne soirée,
    Nadège.

    5.04 à 23h02 - Répondre - Alerter
  • Vive l’espérance et l’utopie, précieux antidotes et moteurs face à notre morne quotidien ;-))

    30.03 à 08h35 - Répondre - Alerter
  • Je me méfie des ’signez et laissez-nous faire", topo classique des paroles politiciennes.
    Et Nicolat Hulot qu’1 image médiatique pour les "ne faites pas ce que je fais, mais plutôt ce que je dis" : donc beaucoup de blabla, énergivore de surcroît vu les multiples congrès entre langues de bois de la planète !
    Plutôt avec les zadistes qui disent "faites avec nous". Autre chose que des "bonnes intentions" vite balayées dès que les dessous de table deviennent juteux...

    30.03 à 07h20 - Répondre - Alerter
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