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9-11-2006
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Consommation
Monde

Révolution climatique

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Le changement climatique n'est plus une question d'écologie. Après le vice-président américain Al Gore, un haut fonctionnaire britannique donne un coup de pied dans la fourmilière. Et en fait LA question politique du siècle.
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Al Gore avait frappé au ventre, avec le documentaire Une vérité qui dérange. Sir Nicholas Stern administre un uppercut. Le rapport sur le coût du changement climatique, qu’il vient de remettre à Gordon Brown, chancelier britannique de l’Echiquier, et au Premier ministre Tony Blair, donne de la voix aux scientifiques et ONG qui remuent ciel et terre depuis longtemps. "Notre comportement dans les décennies qui viennent, écrit Stern, pourrait engendrer une rupture économique et sociale considérable, à la fin de ce siècle et au siècle suivant, dont le niveau s’apparente à celui des grandes guerres et de la grande dépression de la première moitié du XXe siècle."

100 millions de réfugiés en 2050

A l’instar d’Al Gore, Nicholas Stern n’est pas un farfelu : successeur, en 2000, du bouillant Joseph Stiglitz au poste d’économiste en chef de la Banque mondiale, il occupe aujourd’hui le poste de directeur du budget et des finances publiques du Trésor britannique. La liste des réjouissances à venir qu’il a dressée n’a rien d’inédit : inondations, tarissement des sources d’eau, chute des rendements agricoles, famines. Des assureurs, des ONG et les Nations unies recensent aussi les risques auxquels l’immobilisme nous expose : 100 millions de réfugiés climatiques en 2050, effondrement du marché de l’immobilier, explosion du coût des assurances, guerres civiles dans les Etats les plus fragiles. Les pays les plus pauvres seront les premiers exposés, mais inutile d’imaginer que les foudres du ciel épargneront les gros portefeuilles. "Les vagues de chaleur semblables à celle qu’a connu l’Europe en 2003, entraînant la mort de 35 000 personnes et des pertes de 15 milliards de dollars pour l’agriculture, seront monnaie courante au milieu du siècle", prévient Stern.
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Ville de Slidell aux Etats-Unis après le passage de l’ouragan Katrina. La facture avoisine 150 milliards de dollars. (Photo Pattie Steib/fotolia)

Il y a plus. Stern a pris la calculette : le coût du changement climatique atteindrait 5 ?500 milliards de dollars pour l’économie mondiale. En fait, calcule-t-il, "si nous ne faisons rien (...), chaque tonne de CO2 émise aujourd’hui occasionnera 85 dollars de dommages". Or, lutter contre ces émissions coûte beaucoup moins que rester immobile : 25 dollars par tonne évitée. Nicholas Stern exorte la communauté internationale à prendre le taureau par les cornes.

Sus au CO2 !

Agir, oui. Mais comment ? Au-delà des efforts individuels, c’est à une action d’envergure que les ONG, les scientifiques, Al Gore, et Nicholas Stern aujourd’hui, appellent. Ce dernier propose de développer les systèmes d’échange de permis, censés encourager la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cette technique pourrait être étendue aux particuliers puisque le cabinet de Tony Blair réfléchit à une sorte de "carte individuelle CO2" : chacun paierait pour les émissions de CO2 directement liées à ses habitudes de vie. Cette idée peut également être mise en œuvre sous la forme de taxes CO2 : il s’agit de frapper les comportements les moins vertueux pour obliger particuliers, industriels et collectivités à adopter un mode de vie "sans CO2". C’est ce que préconisent, en France, les députés Jean-Yves Le Déaut (PS) et Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP), dans un rapport rendu début 2006. Problème : la taxe n’est pas un concept très apprécié dans le monde anglo-saxon.

Second problème : le coût de la lutte contre le changement climatique apparaîtra forcément trop élevé aux yeux de tous, et au premier chef à George W. Bush. Nicholas Stern, lui, préfère envisager ce coût comme un investissement dans la survie de l’espèce humaine. Et donne, au passage, un coup de canif au "tout économique" : « Le changement climatique est un défi sans précédent pour l’économie : il constitue le plus grand échec que le marché ait jamais connu". N’en déplaise à "Dobeliou Bush", l’avenir est à la régulation.

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  • Je ne peux m’empêcher de trouver extrêmement suspect l’engouement politique international pour la lutte contre le réchauffement climatique. A l’heure où tous les occidentaux ont déjà une ou deux voitures, une ou deux TV, un ou deux téléphones portables, il y a comme un goût de filon aurifère nouveau dans cette panique que l’on pourrait susciter (c’est en cours) dans les populations. Plutôt que de consacrer leur épargne à de l’immobilier, ces gens définitivement réfractaires à l’idée de renouveler leur auto, trippler leur TV et quadrupler leur téléphone portable, pourront en toute bonne conscience soulager leur culpabilité en achetant de nouveaux produits labélisés "durables", "bio" et en poubellisant les anciens. Tout est bon pour convaincre les réluctants : culpabilité, fashion, jeunisme, scientisme, apocalyptisme religieux...

    Consommons du durable, mais consommons toujours. Cela relancera peut-être une croissance poussive et assurera le maintien de nos hommes politiques, très mal en point lorsque tout va trop bien. Prélever de nouvelles taxes avec l’approbation du contribuable et même son soulagement, voilà un rêve de politique. Et même si aucun n’y croit, lequel prendrait le risque de ne pas hurler avec les autres loups ?

    24.05 à 19h17 - Répondre - Alerter
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