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Scènes, climat et remue-méninges

Par Hervé Fournier, Dominique Béhar
24-06-2013

Réchauffement domestique, Nantes.

HeHe, Parc des Oblates 2014.

Réchauffement domestique, Nantes.
Helen Evans et Heiko Hansen créent en collectif. Invité à exposer au Parc des Oblates (Nantes), HeHe propose Réchauffement domestique. Cette installation poétise un débat qui agite l’Europe : celui sur les gaz de schiste et notre vulnérabilité énergétique. Entretien avec Heiko Hansen (juin 2013)

Q1 : Pourquoi cette installation sur les gaz de schiste aujourd’hui, à Nantes, au Parc des Oblates ?

Ce sujet nous interpelle ces temps-ci avec Helen. Le Voyage à Nantes nous a invités et proposé ce lieu, le Parc des Oblates, où nous avons découvert une baignoire abandonnée. L’image du documentaire de Josh Fox, Gasland, lorsque l’eau s’enflamme au sortir d’un robinet, nous est revenue. Nous avions dès lors l’idée de l’installation (à découvrir à partir du 28 juin) : une mise en scène de la fracturation hydraulique avec un objet du quotidien, familier. Au second étage de cette maisonnette au cœur du parc, nous proposons un autre dispositif : de la lave qui sort de la cheminée, œuvre qui fait référence à nos manipulations géothermiques en cours. Nous cherchons à représenter ce sujet complexe, global et technique des gaz de schiste. Nous souhaitions à notre échelle et avec notre langage le domestiquer, le ramener à la maison, c’est-à-dire à l’échelle individuelle pour que chacun s’en empare.

Q2 : Qu’attendez vous des visiteurs, des spectateurs ?

Notre attente n’est pas tout à fait claire : en tant qu’artiste, nous espérons un débat mais celui-ci peut aller dans des directions diverses et de fait échapper à l’intention première. A Saint-Ouen, nous avions vécu cette polémique qui divisait. Nous ne cherchons pas l’activisme d’un public qui se résumerait au « vous êtes pour ou contre » mais plutôt son action, sa mise en mouvement. A Liverpool, nous travaillons également sur l’exploration des gaz de schiste pour la Foundation for Art and Creative Technology. Nous re créons un paysage de machinerie et de fracking (fracturation hydraulique). Nous y proposerons une « concertation publique » avec les habitants. Notre approche sera un peu plus radicale dans un contexte différent. Au Royaume Uni, la position officielle est tranchée (ndlr : pro gaz de schiste) et les conséquences déjà palpables pour la population. Des rapports officiels ont établi la causalité entre des forages et des micro tremblements de terre dans la région de Blackpool (étude BC Oil and Gas Commission - August 2012). Nous ressentons en Angleterre le besoin d’une démarche approfondie et plus forte. En France, l’atmosphère officielle est différente : l’opposition semble plus importante dans l’opinion publique y compris dans le champ politique. Nous sommes ici dans un lieu très différent, plus intègre. Notre approche est certainement plus sensible.

Q3 : En France, nous achevons un grand débat sur la transition énergétique, avez-vous été interpellés avec Helen d’une façon ou d’une autre, êtes-vous entrés dans ce processus ?

Il est très difficile de proposer quelque chose dans une telle démarche en tant que mouvement citoyen (grassroots). L’initiative Nuage Vert à Saint-Ouen, pourtant très pratique et formelle, menée en lien avec des associations locales, n’a pas été voulue par le politique. Nous voulons toujours contrôler le processus de débat, cela rend difficile une certaine forme de participation. Si nous intervenons, cela restera au niveau d’une pratique. Celle-ci va créer des documents, des rapports, des traces qui pourront être consultés et donc alimenter le débat officiel. En tant qu’artiste, notre rôle, notre potentiel, c’est de créer la flamme, celle du film que j’évoquais : réunir les ingrédients d’une dramaturgie (un sujet, le feu, la cité, les expertises, l’opinion publique) qui a sur cette question énergétique un très grand potentiel artistique.

Q4 : Sur le lien entre Art et Environnement, comment sortir du débat de l’instrumentalisation des artistes ?

La réponse est très simple. Elle réside dans notre pratique. Les initiatives doivent venir des artistes dans un climat qui les accueille, pour éviter cette instrumentalisation. Le plus important est d’accepter des propositions qui ne soient pas entendues comme « positives » (nous recevons souvent des invitations pour réaliser à nouveau Nuage Vert mais c’est n’est surtout pas un son et lumière !) L’éco art est perçu comme positif alors qu’une proposition artistique n’est pas au départ un divertissement. Nous devons rester sur le registre de l’interrogation d’un sujet, d’un territoire, d’une population.

Q8 : Cette façon de poser le débat (qui n’en est pas un selon vous) est-elle une spécificité française ?

La France a longtemps eu une phobie du média art. Réticence à la technologie au sens large alors que la question environnementale est souvent une question technologique (ex : la fracturation hydraulique). L’artiste doit s’intéresser à des processus technologiques, il nous faut devenir même temporairement expert dans un domaine qui n’est pas le notre, je ne généralise pas non plus parce les passerelles entre art contemporain et sciences ont beaucoup évolué et cette tradition en France d’exclure tout ce que est techno n’est plus aussi forte.

Entretien réalisé par Hervé Fournier

Pour aller plus loin :

Retrouvez la mobilisation britannique sur http://frack-off.org.uk/

Le site du film Gasland : http://www.gaslandthemovie.com/

Le lien pour l’exposition à Liverpool : http://www.fact.co.uk/projects/turning-fact-inside-out/hehe-fracking-futures/

La conférence du 12 novembre 2009 de Helen Evans aux Musée des Beaux Arts de Nantes. Co production PING

>Sur Terra Eco :

Gaz de schiste : pourquoi les estimations en France sont fausses

La position de l’Europe : Le Conseil Européen tenu le 22 mai dernier à Bruxelles a fait revenir la question de l’exploitation des gaz de schiste sur le devant de la scène. En effet, il a fait part de son « intention d’examiner la question d’un recours plus systématique aux sources d’énergies « autochtones » pour essayer de réduire les coûts » dans le cadre de la « diversification de l’approvisionnement de l’Europe » mais « tout en respectant les choix des États membres en matière de bouquet énergétique » Et en ce domaine, la fracture hydraulique crée donc la fracture entre les États. Royaume Uni, Pologne, Espagne sont pour ! Et comme on le sait, cette technique est interdite en France.

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