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22-02-2011
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Environnement
Politique
ONG
France

OGM et gaz de schiste au dîner de NKM

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OGM et gaz de schiste au dîner de NKM
(Photo : NKM. Crédit : veni markovski / Flickr)
 
La nouvelle ministre convie tous les mois les représentants des ONG environnementales à débattre à bâtons rompus de sujets d'actualités. Une façon de remettre de l'huile dans les rouages d'un Grenelle grippé ?
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Et si on dînait ensemble tous les mois pour garder nos relations au beau fixe ? Lancée par la nouvelle ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, l’idée en est à son deuxième opus. Autour de la table, Nathalie Kosciusko-Morizet donc, et des ONG environnementales. En janvier, ils avaient causé d’écologie « en général ». Ce lundi 21 février, c’est la biodiversité qui était au menu. Parcs naturels, gaz de schiste, OGM... Pour Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), « ces rendez-vous se font dans une ambiance détendue et conviviale qui permet d’évoquer tous les sujets, même ceux qui fâchent ».

Des OGM en entrée

Dans ces soirées, une règle du jeu : « La ministre nous fait part des sujets qu’elle souhaite aborder avec nous. Puis nous avons l’opportunité de lancer les nôtres. Ou encore de discuter en aparté des points qui préoccupent plus particulièrement chaque organisation », explique Claude Bascompte, ancien président des Amis de la Terre, présent lundi dernier [1]. « Nous avons l’habitude d’arriver avec nos paniers de ménagère pleins de revendications, mais la ministre vient elle aussi avec des demandes : les échanges qui en ressortent sont forcément intéressants », confirme le représentant de la LPO. Hier, NKM a posé les OGM sur la table. En mars, Bruxelles doit en effet trancher : la décision de cultiver des organismes génétiquement modifiés restera-t-elle entre les mains de la gouvernance européenne ou reviendra-t-elle aux différents Etats membres ? La problématique touche particulièrement la ministre : en 2007, alors qu’elle était secrétaire d’État, elle avait soutenu un moratoire sur les OGM… et dénoncé la « lâcheté » de Borloo sur le sujet. Sa position, près de quatre ans plus tard ? « Elle s’interroge encore, en étant bien consciente que la pression du marché mondial, notamment des Etats-Unis ou de la Chine, finiront par faire céder tôt ou tard les positions adoptées en Europe », rapporte Allain Bougrain-Dubourg.

Les ONG ont aussi amené leur grain de sel. « On a failli ne pas en parler, sourit Claude Bascompte, mais j’ai glissé les gaz de schiste au menu ». Sur ce point, si les associations divergent sur les arguments, elles sont unanimes sur la conclusion : elles restent fermement opposées aux explorations. « La ministre nous a affirmé qu’elle ne prendrait pas de décision avant d’avoir eu l’avis de la mission qu’elle a installée, attendu pour mai ou juin. La trentaine de nouvelles explorations qui devaient être lancées seraient différées jusque-là », poursuit-il. Le dîner de lundi soir peut-il « influencer » cette décision ? « Il nous a permis de réaffirmer notre mobilisation. Or c’est ce qui les embarrasse dans ce dossier : l’importance des réactions et la rapidité de leur mise en place », analyse l’ancien président des Amis de la Terre.

Faisans tirés en plein parc des Calanques

La LPO a, elle, lancé un autre bras de fer : celui du futur parc national des Calanques. « Je voulais faire savoir à la ministre qu’on ne la suivrait pas sur ce dossier », explique Allain Bougrain-Dubourg. Le point d’accroche ? Des problèmes liées aux zones terrestres incluses dans ce parc, comme le droit de lâcher en plein cœur de la future réserve des faisans pour le tir , et un problème de gouvernance du parc, les associations environnementales s’estimant sous-représentées. « Si on retire toutes les vertus d’un parc pour qu’il existe, nous préférons qu’il n’existe pas tout court. Dans l’état actuel, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature, ndlr) ne le reconnaîtra de toute façon même pas », affirme le leader de la LPO.

Bilan de la soirée : « il me semble que nous avons pu parler de tout ce que nous voulions », estime Claude Bascompte. Avec les réunions du Comité de suivi du Grenelle qui, toutes les six semaines, réunissent le représentant du ministère et les élus, entreprises, syndicats et associations environnementales, ce dîner mensuel finit de grossir l’agenda déjà bien chargé des rencontres environnementales. Un peu lourd à digérer ? Peut-être. Mais avec cette méthode, NKM espère bien renouer le dialogue entre le gouvernement et les associations, estiment plusieurs responsables d’ONG.

« Super Ministère » amputé

Renouer le dialogue ? Plutôt faire passer la pilule qui a malmené les relations entres associations environnementales et politiques ces derniers mois. En mai 2010, suite à l’adoption du texte du Grenelle 2, les ONG hésitaient entre regarder le verre à moitié plein… ou à moitié vide. « On ne peut pas gagner sur la ligne », analysait alors pour Terra eco Serge Orru, directeur de WWF France, tout en concédant que le Grenelle 2 permettait tout de même « à la France de rattraper partiellement son retard et de rester dans la course à l’économie verte du XXIe siècle ».

Six mois plus tard, en novembre 2010, nouveau coup bas pour l’écologie : à l’occasion du remaniement ministériel, le « Super-ministère vert » voulu par Nicolas Sarkozy après son élection battait de l’aile, perdant le secteur de l’énergie, et sa nouvelle ministre, NKM, son statut de « ministre d’Etat ». De justesse, celle-ci parvenait à conserver sa responsabilité dans la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement. « Par rapport à l’ère Borloo, on est passé de 60 conseillers ministériels à 20, alors que le boulot reste le même ! Nous avons beaucoup moins de concertations possibles avec ces spécialistes qui baignaient dans les sujets, regrette Allain Bougrain-Dubourg. Mais NKM est reconnue pour être quelqu’un à l’écoute, la mise en place de ces dîners va dans le sens de compenser cette perte de moyens ».

Et pour ceux qui auraient encore faim, Marie-Claire Daveu, directrice de cabinet de la ministre, propose régulièrement des déjeuners en petits groupes. « L’occasion de parler des sujets d’un point de vue très technique, alors que nous les abordons d’une façon plus générale, dans les grandes lignes, avec la ministre », ajoute le responsable de la LPO. A table !

[1] aux côtés d’Ecologie sans frontière, Fondation Nicolas Hulot, Ligue Roc, France Nature Environnement et la Ligue pour les oiseaux

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Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice est journaliste scientifique.

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