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28-11-2012
Mots clés
Politique
France
Interview

« Les partis sont des machines de guerre condamnés à la discorde »

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« Les partis sont des machines de guerre condamnés à la discorde »
(François Fillon, candidat perdant à la tête de l'UMP. Crédit photo : European People's Party (EPP) - flickr)
 
Tandis que la guerre intestine se poursuit à l'UMP, la crédibilité des hommes politiques s'écroule. Mais au fait, a-t-on vraiment besoin d'eux ? Etienne Chouard, enseignant, milite pour des dirigeants choisis par tirage au sort.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Etienne Chouard est enseignant en économie et en droit. Blogueur, il s’est fait connaître en 2005 en menant une campagne contre la Constitution européenne

Terra eco : Au regard de la guerre interne à l’UMP, la confiance s’érode. Et vous, pensez-vous que les partis sont toujours utiles ?

Etienne Chouard : La discussion sur les partis politiques est secondaire. Avant, il faut tomber d’accord sur ce qu’on appelle la démocratie. Si l’on accepte – ce qui est pour moi une erreur centrale et majeure – d’appeler démocratie un faux suffrage universel qui sert à désigner des maîtres qui décideront de tout à notre place et qui resteront en place même s’ils nous trahissent au cours de leur mandat, on ne peut pas se plaindre d’avoir des partis qui naissent précisément des élections. Des structures qui sont de véritables machines de guerre.

Les élections n’ont rien à voir avec la démocratie. Certes, on peut avoir des élections dans une démocratie mais à condition qu’elles servent à élire des gens à des fonctions qui nécessitent une compétence. Pas pour exercer le pouvoir politique. Il ne peut pas y avoir de démocratie, du grec dêmos (peuple) et kratos (pouvoir) sans tirage au sort. C’est la seule procédure dans une démocratie digne de ce nom. Cela a été très bien connu pendant longtemps, d’Aristote jusqu’à Montesquieu. Et puis, il y a eu la Révolution française et l’avènement de l’école républicaine au XIXe siècle. On a alors oublié ce qu’était une vraie démocratie. Quand on nous rabâche dans les journaux, dans les livres, à la télé que démocratie = élections, on le croit. C’est un outil de formatage dont il est difficile de s’extraire ensuite. Pourtant, il suffit de travailler un peu, de revoir l’histoire de la pensée politique : Machiavel, Montesquieu, Rousseau… pour voir qu’une élection est aristocratique et non pas démocratique. Elle consiste à choisir le meilleur, aristos en grec. Ce n’est même pas objet de polémique. Il suffit de mettre les mots à l’endroit. Mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas bien. Je suis capable d’imaginer une aristocratie désirable. Si c’est bien les meilleurs qu’on élit, qu’on les contrôle tous les jours et qu’ils peuvent être virés à tout moment, ça peut être mieux qu’une démocratie. Je ne dis pas que c’est mal, je dis simplement que nous ne sommes pas en démocratie.

Une aristocratie désirable, vraiment ?

Le problème, c’est que cette aristocratie est devenue une ploutocratie parce qu’il n’y a pas de primaires et parce que les plus riches la financent. Dans une ploutocratie élective, c’est naturel que les partis soient condamnés à la discorde, à la guerre politique. Aujourd’hui, il y a six, sept partis à gauche, si on exclut le PS. Ils nous empêchent de fraterniser parce qu’ils ont des intérêts divergents à ceux de leurs membres, un peu comme une entreprise a un mobile de profit différent de ses salariés. Les gens du Parti communiste et du Front national auraient intérêt à fraterniser pour défendre le système de retraite par répartition mais leurs partis leur interdisent de faire combat commun.

Vous dites qu’il n’y a pas de primaires, il y en a pourtant désormais…

Des primaires qui sont faites entre des candidats désignés à l’avance. Ce sont des élections qui ne satisfont pas beaucoup d’entre nous. A Cuba, il n’y a qu’un seul parti mais ce n’est pas le parti qui désigne les candidats. Ce sont les gens eux-mêmes. Ils peuvent désigner le boulanger par exemple. Résultats : ils n’ont pas les mêmes gens que nous au pouvoir.

Mais ne faut-il pas une certaine expertise pour gouverner un pays ?

Certains postes peuvent être désignés au détour d’élections : les Athéniens élisaient leurs militaires par exemple et les comptables publics. Vous savez, le capitaine du navire, il faut qu’il sache naviguer alors on peut l’élire. Mais l’armateur, ce n’est pas la peine. L’expertise de l’élu ne vient pas du fait qu’il soit élu. Vous prenez n’importe quel jeune député médecin, c’est un bleu au départ. C’est son boulot qui le rend compétent. Ce serait la même chose s’il était tiré au sort.

Par quoi faut-il commencer selon vous, par supprimer les partis ?

Non, il faut d’abord écrire une constitution. Il n’y a pas vraiment de constitution au sens d’un texte qui nous protège. Aujourd’hui notre constitution est une prison qui nous laisse juste choisir nos maîtres. C’est le contraire d’une garantie contre les abus de pouvoir. Partout dans le monde, c’est la même chose. Nous laissons les gens au pouvoir écrire les règles qu’ils devraient craindre. Il faut écrire la constitution nous-mêmes. C’est indispensable. Alors au moins, même si on doit continuer d’élire nos dirigeants, on gardera le contrôle sur eux. Alors les partis politiques deviendront secondaires ou disparaîtront. Ils prendraient la place que nous leur laisserons. Je ne dis pas qu’il faut interdire les partis politiques. Je suis pour la liberté de réunion et la constitution de courants de pensée. Mais si on procède par tirage au sort et qu’on écrit notre constitution, les partis changeront de sens d’eux-mêmes. Quand on aura compris qu’il faut mettre tout ça en place, qu’on portera notre constitution dans notre poche comme notre meilleur gardien, les partis perdront leurs travers corrupteurs et guerroyant.
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  • triricardo :

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    1er.06 à 01h12 - Répondre - Alerter
  • il est urgent d’agir mais les français continuent à brouter de l’herbe

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    9.03 à 23h59 - Répondre - Alerter
  • Ce qui est amusant c’est que vous utilisiez le mot de guerre au moment même ou nous sommes entré en guerre au Mali. Au moment ou vous titrez "des machines de guerre condamnées a la discorde" le parti socialiste sous la direction du président se lance dans une guerre pour préserver son avenir. La guerre est une fuite en avant. Nous sommes au Mali en 2013 pour l’anniversaire de l’arrivée de Lyautey au Maroc en 1912/13. Peut-être qu’un jour on verra aparaîre au Sahel un barbelé de type isräelien avec le but de séparer les noirs et les arabes. Pour en revenir "a la machine de guerre condamnée a la discorde" il ne parait pas du tout evident pour l’observateur politique du parti socialiste que ce dernier se condamne a la discorde et a la division. Dans un an pour les élections municipales il aura toute la France à mobiliser pour la continuation de sa guerre. Il sera capable de battre le front national sur son propre terrain. De plus grâce aux instruments économiques qu’il a acquis en créant une banque d’investissement national il aura sans doute été capable de se servir de son action militaire pour grouper autour un pôlle de développement économique qui va nous sortir du chomâge.

    17.01 à 18h57 - Répondre - Alerter
  • "Partout dans le monde, c’est la même chose. Nous laissons les gens au pouvoir écrire les règles qu’ils devraient craindre. Il faut écrire la constitution nous-mêmes."

    Je suis 100% Chouard, un gentil virus....

    http://www.le-message.org
    http://etienne.chouard.free.fr/Europe/

    7.01 à 12h06 - Répondre - Alerter
  • Avec ses tirages au sort, il continue à nous gonfler le libertaire populiste.

    29.11 à 08h57 - Répondre - Alerter
  • Mais voyons Etienne... d’où vient ce rêve ?
    => "Les gens du Parti communiste et du Front national auraient intérêt à fraterniser pour défendre le système de retraite par répartition mais leurs partis leur interdisent de faire combat commun."
    Comme si le FN défendait les retraites par répartition (B.Friot doit bondir sur sa chaise en entendant ça). Tu insinues que le FN défend le droit des travailleurs, la hausse des salaires, et la retraite à 55 ans ? Je me trompe, ou tu t’égares ?!
    Mais heureusement, tu laisses souvent entendre (c’était rare avant, il me semble) :
    => "Si c’est bien les meilleurs qu’on élit, qu’on les contrôle tous les jours et qu’ils peuvent être virés à tout moment, ça peut être mieux qu’une démocratie."

    Je le pense aussi, et on ne passera jamais d’une population désintéressée de la politique (comme c’est le cas actuellement) à une vraie démocratie en une fois. Il faudra d’abord donner le droit aux gens de s’impliquer en politique, afin qu’ils s’y intéressent, et s’en emparent surtout. Après on pourra peut-être étendre l’idée de "pouvoir par le peuple". En attendant, si on peu déjà donner de l’importance au "pouvoir du peuple pour le peuple" en ligotant les élus avec une constitution digne de ce nom, même si elle n’est pas tirée au sort dans un premier temps... ce sera déjà une belle avancée je crois.

    Et le Venezuela (mais la Bolivie et l’Equateur aussi) est un laboratoire très intéressant à étudier à ce sujet, c’est fascinant ce qui se passe là bas. Plus de 40 partis politiques, mais pas des partis gauche, droite ou centre... non, des partis pour le logement, pour l’éducation, pour l’agriculture... de la vraie politique à longueur d’année (uniquement possible car leur constitution leur donne le droit et le pouvoir de se constituer en assemblées citoyennes et autres conseils populaires pour encadrer la politique à tous les niveaux). Voilà qui devrait nous interpeller, vraiment... mais non, nos médias fustigent ces révolutions citoyennes, préférant défendre l’ordre établi jusqu’à la fracture. Mais le point de rupture en Europe n’est plus loin, même si personne ne sait dire quand ni comment, ça va craquer quelque part, et là on va rigoler, ou pas !

    Enfin, Etienne dit (et c’est étrange comme point de vue) :
    => "Aujourd’hui, il y a six, sept partis à gauche, si on exclut le PS. Ils nous empêchent de fraterniser parce qu’ils ont des intérêts divergents"

    A part le NPA, je crois bien que tous les partis à gauche sont désormais réunis au sein du Front de Gauche, loin de vouloir créer la division donc, au contraire même (car oui ils restent divergents, le FdG n’est pas un parti mais un rassemblement d’idées communes qui dépassent les petites querelles partisanes). Ils sont d’accord pour présenter le même projet politique dans les urnes, un programme qui aura demandé des mois de concertations/débats pour trouver les compromis entre tous ces partis, et un programme qui commence avant tout par la convocation d’une constituante.
    Bien entendu, quand on dit les "partis politique de gauche", on en exclut forcément le P$ maintenant, on l’aura bien compris !
    Il manque encore EELV au FdG, mais ça ne saurait tarder ^^ ...c’est là que se jouera la fracture en France, si elle a lieu durant ce quinquennat. Et une étincelle comme l’Ayraultport de NDDL peut parfois déclencher des fractures brutales au sein d’une majorité gouvernementale.
    Puis s’il reste des partis politiques à gauche (et des gens qui les soutiennent) qui ne font pas partie du FdG, ça reste une marginale minorité (comme le M’PEP) et je ne vois pas pourquoi tous les autres partis rejoindraient cette minorité politique alors que c’est surement à elle de faire l’effort de comprendre l’enjeu de ce rassemblement à gauche (qui, je le rappelle, réunit déjà plus de 4 Millions de voix pour une 6ème République).

    Si l’interviewé était présent (j’espère qu’il aura l’occasion de passer par là), il répondrait certainement que cette nouvelle constitution sera encore une prison, mais on peut se permettre de croire aussi, pour ne pas être que défaitiste, qu’une constituante élue avec des non-professionnels serait déjà une belle avancée (et encore une fois, les révolutions en Amérique du Sud parlent d’elles-mêmes, avec des résultats très stimulants depuis 15 ans... mais faut-il encore s’y intéresser de près, au niveau local, pour bien comprendre ces révolutions sociales et politiques qui sont en cours).

    Merci pour l’interview, très intéressante au demeurant, comme souvent quand le "père Chouard" s’exprime à propos de la "démocratie" et du "gouvernement représentatif". Mais tentons de dépasser le cadre du "tous pourris" si on veut espérer changer la donne sans attendre le chaos social (des révoltes désorganisées qui ne mènent nulle part, on le sait bien).

    Yvan P.

    29.11 à 04h39 - Répondre - Alerter
    • Merci pour cet éclairage complémentaire et nécessaire.
      Effectivement compter le PS et EELV (les partis et leurs dirigeants, j’entends) à gauche est fort surprenant quand on voit la politique conduite depuis qu’ils ont les rênes (ou rennes, car ils nous font croire au père Noël de la croissance et du bonheur, pour dans 2 ans, après l’austérité :-) !).

      Le FdG propose que les "constituants" soient exclus ensuite de la gestion post constitution, ainsi que le non cumul et le renouvellement limité des mandats, c’est un pas intéressant. Comme vous, je pense que le chaudron où se mijote les vraies démocraties du futur est bien l’Amérique Latine.Celle du "Buen Vivir" qui place le peuple et ses intérêts collectifs au dessus de tout. Et si c’est du populisme, tant pis je préfère ça à la guerre des chefaillons, et à la soit disant démocratie qui ne considère que les intèrêts particuliers des oligarques et des lobbyistes.

      Par ailleurs, je pense qu’il faut clairement faire la différence entre les partis, leurs dirigeants, leurs adhérents d’une part et d’autre part, les citoyens votant pour eux. C’est ainsi que je comprends la communauté d’intérêt surprenante entre votants PC et votants FN. Ca ne valide pas, bien entendu, les méthodes, les discours ni les valeurs de base du Parti FN.

      29.11 à 09h53 - Répondre - Alerter
  • Au train où vont les choses, surviendront un jour, nul ne sait quand, étincelles, incendies, insurrection, révolution.

    Le pire en tel cas, c’est quand "pour rétablir l’ordre" un "gouvernement provisoire", autoproclamé "garant de la démocratie", promet et organise des élections ""démocratiques"" et une constituante.
    Avec la jolie promesse de se retirer après le travail de la constituante.

    En tel cas, il y a fatalement reconduction de l’ancien système, ou pire.
    L’Histoire le démontre sans faille.

    Pour éviter cela, il est nécessaire qu’à tout instant le plus grand nombre sache que :

    1)L’élection est le contraire de la démocratie et doit donc être refusée au moins dans ce cas là.
    2)L’assemblée constituante ne doit être formée que de simples citoyens tirés au sort

    Si ces deux principes ne sont pas appliqués, les voleurs de révolution gagnent.

    Nul ne sait quand ce sera utile ; chacun doit donc savoir, à tout moment.

    Qu’on se le dise

    28.11 à 20h55 - Répondre - Alerter
  • M. Chouard : merci ! Merci pour cette pensée, merci d’élever le débat ... La politique telle qu’elle est aujourd’hui n’a plus de sens, je suis par la force des choses apolitique, bien que j’exerce mes droits et mes devoirs de citoyenne. Car mes convictions profondes ne sont exprimées nulle part. Selon moi, les jeux d’acteurs et de pouvoir ont pris le pas sur les partis politiques et le fond en est devenu désuet. Merci M. Chouard de recentrer les choses, les mots, merci de redéfinir ce qui doit être, je vous rejoins et partage avec espoir votre vision du monde. Bien à vous.

    28.11 à 12h20 - Répondre - Alerter
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