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17-06-2015
Mots clés
Environnement
Energies
Agriculture
France

Roundup, gaz de schiste, diesel : l’écologie selon Maud Fontenoy

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Roundup, gaz de schiste, diesel : l'écologie selon Maud Fontenoy
(Crédit photo : ludovic - réa)
 
Les intérêts des industriels avant ceux de la planète, telle est la conception de la navigatrice, désormais déléguée à l'Environnement au parti Les Républicains. Ce mercredi, sur France Inter, elle a multiplié les erreurs.
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Chaque fois que Maud Fontenoy s’exprime, elle dit vouloir défendre une écologie « raisonnable », « modérée ». Et puis, sous couvert de pragmatisme, elle se met à défendre les intérêts des industriels plutôt que ceux de la planète (OGM, diesel, gaz de schiste…).

La nouvelle déléguée à l’Environnement de la commission exécutive du parti Les Républicains est ainsi devenue l’un des rares sujets à faire l’unanimité dans la famille écologiste. Les tacles viennent de droite comme de gauche.

Corinne Lepage, ancienne ministre du gouvernement Juppé, se moquait récemment dans Les Inrocks : « Je ne vois pas ce qu’elle a d’écolo en dehors du fait qu’elle a été navigatrice et qu’elle aime les océans. Soit. C’est très bien, et alors ? » Tandis qu’Isabelle Autissier, la présidente du WWF-France, dénonçait dans Terra eco : « C’est un peu triste, son discours fait les choux gras des médias en donnant l’impression de mettre les pieds dans le plat. Ce n’est pas un problème qu’elle soit proche de l’UMP, mais qu’elle ait de vraies propositions environnementales et on en reparle. »

Ce mercredi matin, sur France Inter, Maud Fontenoy a récidivé. Sauf qu’elle a en prime multiplié les erreurs manifestes. Voilà donc trois corrections qui s’imposent.


Maud Fontenoy : "J’essaie de porter une... par franceinter


- « Le Circ dit qu’il faut rester très, très prudent » sur le Roundup. Non, il n’a jamais dit ça.

Interrogée sur le coup de com’ de Ségolène Royal à propos du Roundup – la ministre a déclaré dimanche souhaiter l’interdiction de la vente de l’herbicide le plus vendu au monde –, Maud Fontenoy a répondu ce mercredi matin :

« J’ai lu un petit peu quelques études, c’est le Centre international de recherche sur la cancer (Circ) qui a fait quelques études là-dessus en disant qu’il fallait rester très, très prudent. Les études sont très controversées, je pense qu’il faut se plonger sur ce dossier de manière intelligente et savoir si réellement il est cancérigène. Si c’est le cas, il faut l’interdire partout, si ce n’est pas le cas, il faut l’interdire nulle part. »

L’ancienne navigatrice fait au mieux preuve d’une grande légèreté sur le sujet. Comme nous vous l’expliquions en mars, le Circ n’a pas réalisé une simple étude sur le glyphosate, le principal ingrédient du Roundup et la clé de voûte de l’agriculture moderne. Cet organisme, créé par l’Organisation mondiale de la santé, a publié ce qu’il appelle une « évaluation », le résultat d’un travail d’un an mené par dix-sept experts internationaux indépendants qui ont recensé l’ensemble des études scientifiques sur le sujet.

La nuance est de taille : il ne s’agit pas de produire une nouvelle étude qui pourrait effectivement nourrir la controverse, il s’agit de faire un bilan de l’état de la recherche. Nicolas Gaudin, directeur de la communication au Circ, nous avait détaillé en mars : « Nos évaluations correspondent à une méthodologie très précise. Nous appliquons les mêmes méthodes de travail depuis quarante ans, et nos évaluations sont utilisées comme références depuis 40 ans par les gouvernements du monde entier. »

Dans son évaluation, donc, le Circ a décidé de classer le glyphosate comme « probablement cancérogène ». Il s’agit de la catégorie 2A, juste en dessous du seuil « cancérogène certain ». Pour comparaison, les formaldéhydes, ces biocides dont la mise sur le marché est interdite en France depuis 2012, sont eux aussi classés en 2A. Les bitumes routiers, qui ont valu la condamnation en 2012 d’une filiale de Vinci après la mort d’un employé atteint d’un « cancer du bitume », ne sont classés eux que dans la catégorie 2B, c’est-à-dire « cancérogènes possibles ».

Certes, le Circ ne s’exprime pas sur l’évaluation du risque encouru actuellement par les populations exposées. Mais il a rappelé dans son évaluation que l’on trouve du glyphosate partout, dans l’air que l’on respire, dans l’eau que l’on boit et dans la nourriture que l’on mange produit.

La publication du Circ n’avait donc aucunement pour but d’inviter à la prudence. En insistant sur une prétendue controverse, Maud Fontenoy fait le jeu des industriels et leur stratégie de Fabrique du mensonge (livre de Stéphane Foucart. Denoël, 2013).


- « On ne peut pas, par principe, arrêter la recherche » sur les gaz de schiste Ça tombe bien, ce n’est pas le cas en France.

Interrogée par Léa Salamé sur les gaz de schiste, Fontenoy a rétorqué : « Sur la question des gaz de schiste, il faut aller sur de la recherche, on ne peut pas, par principe, arrêter la recherche. »

Là encore, la parole de Maud Fontenoy se confond avec celle du patronat. Et là encore, les propos de l’ancienne navigatrice sont erronés. Car en France, la recherche sur les gaz de schiste continue. Depuis l’interdiction de la fracturation hydraulique en France, en 2011, les industriels du secteur ne se sont pas cachés de tenter de localiser du pétrole « pour lequel les techniques de production […] sont interdites ».

Pourquoi ? « Ils veulent montrer à leurs actionnaires qu’ils sont dans la valorisation d’actifs. Ils font le pari qu’un jour, la France changera d’opinion. Ils essaient de préempter les sites pour éviter la concurrence », expliquait à Terra eco Arnaud Gossement, avocat en droit de l’environnement, en 2013. Même si depuis plusieurs déconvenues ont frappé ces industriels, des alternatives sont étudiées. Notamment l’exploitation des hydrocarbures de schiste sans fracturation hydraulique.


- « Il y a des diesels qui ne polluent pas » Ah bon ?

Sur le diesel, Maud Fontenoy a répondu assez longuement : « Cette question du diesel est passionnante parce qu’on a fait beaucoup d’amalgames, on a mélangé les voitures diesels d’anciennes génération qui polluent énormément et les voitures diesels de nouvelle génération, qui ont des filtres à particules et qui polluent moins que les voitures à essence. On a encouragé les Français à acheter du diesel parce qu’il pollue moins, il émet 20% de CO2 en moins et consomme 25% de carburant en moins. Aujourd’hui, on leur dit l’inverse, il est difficile de s’y retrouver. La décision de la maire de Paris vient des pics de pollutions aux particules fines. Quand il y a un 80 microgrammes de particules fines dans l’air, on considère qu’il y a un pic de pollution. Quand vous êtes dans vos rames de métro, vous pour venir ce matin au travail, vous avez environ 200 microgrammes de particules fines […]. Il faut arrêter de culpabiliser les Français, leur donner des solutions alternatives, quelqu’un qui doit venir travailler à Paris doit venir à travailler à Paris, il y a des diesels qui ne polluent pas, il y a des filtres à particules fines, il faut dire la vérité, il faut aider à mettre des filtres à particules ou à changer de véhicule. »

Là encore, on croit entendre la parole des représentants de l’industrie auto. Certes, les nouvelles normes et l’installation de filtres à particules – obligatoire sur les véhicules neufs depuis 2013 – ont permis de réduire de beaucoup les émissions des nouveaux véhicules diesel.

Sauf qu’il y a plusieurs « mais », qu’on peut lister ainsi :

Les normes mettent bien longtemps à être suivies d’effets. Selon l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, il faut 25 à 30 ans pour arriver à un renouvellement du parc. Ainsi, un quart des diesels qui circulent aujourd’hui datent d’avant 2000 et émettent encore de grandes quantités de particules fines ;

Une partie des automobilistes détruisent volontairement leur filtre à particules pour éviter de le remplacer, comme l’a montré l’émission « Cash Investigation » en 2013 ;

Les filtres à particules ne filtrent… que les particules. Alors que les moteurs diesels émettent aussi beaucoup d’autres polluants, les oxydes d’azote notamment. Des oxydes d’azote (NOx) que l’on retrouve d’ailleurs dans la liste des principaux polluants de l’air intérieur des logements en milieu urbain ;

Les filtres à particules ont certains inconvénients, rappelait en mars LeMonde.fr : « Selon l’Agence française de sécurité sanitaire (Anses) dans un rapport en 2009, leur installation associée à un catalyseur d’oxydation (pour abaisser la température nécessaire à la combustion des particules) a entraîné une hausse des émissions de dioxyde d’azote (NO2) » ;

Les mesures des émissions de particules fines ne sont pas très fiables, indiquait également LeMonde.fr dans le même article, citant un rapport du Joint Research Centre : « Il existe une très grande divergence entre les émissions mesurées sur le cycle d’essai réglementaire et les émissions mesurées pendant l’usage réel : les paramètres du véhicule (réglages du moteur et aérodynamisme) sont optimisés pour offrir les meilleurs résultats lors des tests, mais ils diffèrent grandement en conditions réelles, avec des vitesses de conduite qui changent brusquement, un état des routes variable et des véhicules qui ne sont pas neufs. »

Maud Fontenoy ne s’embarrasse pas de ces nuances, ce qui n’a pas manqué de faire réagir ce jeudi. Et c’est probablement tout ce qu’elle recherchait.

Cet article a initialement été publié sur Rue89 le 17 juin 2015

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  • "Quand il y a un 80 microgrammes de particules fines dans l’air, on considère qu’il y a un pic de pollution. Quand vous êtes dans vos rames de métro, vous pour venir ce matin au travail, vous avez environ 200 microgrammes de particules fines"

    il faudra expliquer à cette chère maud, qu’entre des taux mesurés dans des espaces aussi exigus que les rames de métro de paris où un francilien passe en moyenne 35 minutes par jour et un taux mesuré à l’air libre, où un francilien passe les 23h et 25 autres minutes par jour pour y dormir, courir, etc. il y a peut-être une différence

    surtout 80µg capté par le ballon d’airparif en moyenne sur la journée, ça veut souvent dire plus de 300µg sur les trottoirs à hauteur d’enfant et à 19h, là où les voitures sont le plus de sorties et accessoirement là où il y a le plus de piétons sur les trottoirs.

    le problème de tout ça, c’est qu’évidemment, techniquement son discours est vide, mais de la même façon que l’article de automoto disant qu’un cycliste émettait + de CO2 qu’une voiture, ça contribue à semer le trouble dans l’esprit des gens, qui se disent après ça "bah au final, tout pollue, donc à quoi bon essayer de classer les choses"

    22.06 à 13h28 - Répondre - Alerter
  • Les barbouzes de l’écologie sont de sortie.
    personne pour démonter la Bardot qui vient il y a 15j de soutenir le programme éco du FN ???
    pauvre de vous les empêcheurs de tourner en rond

    19.06 à 18h44 - Répondre - Alerter
  • De l’avis de J79 la nuance que je ferai c’est que cette dame dont peut en effet admirer la valeur sportive ( courage, endurance et pugnacité ) n’est victime de personne à vouloir s’embarquer sur un domaine où elle a pas fini de ramer d’incompétence tel l’idiot qui du gradin se jette dans l’arène pour braver aussi le taureau sous les yeux d’un public qu’il pense pouvoir conquérir fort de ses exploits antérieurs : il y aura toujours un Nicileon pour en faire profit momentanément pour lui même et qui perversement pour ce qui la concerne, pousse volontiers dans l’arène. Tant mieux si elle se prend le coup corne des que possible mais que je ne lui souhaite pas mortel ! qu’au moins il lui fasse cesser de dire des bêtises avec le ton docte qui lui donne cette assurance de l’idiotie qu’aime tant goumander les médias !

    19.06 à 17h17 - Répondre - Alerter
  • pija :
    Je regrette mais mon job c’est trouver des solutions qui polluent moins ET qui respectent la planete. Au lieu d’insulter il faut d’abord comprendre et argumenter.

    Le jeu des lobbys est de biaisier dans un sens ou un autre, mais un individu responsable ne doit basculer dans la croyance, il doit , d’abord, essayer vraiment de comprendre...

    Climat et planète : le CO2 émis est de 3,07 g/litre de carburant consommé. Donc ce qui consomme le moins est ce qui produit le moins d’effet de serre.

    Polluants affectant l’homme : NOx (oxydes d’azote), HC (imbrulés), PM (microparticules), CO (toxique) : la c’est un autre sujet. Avant de favoriser l’essence - ce qui consomme 20% de plus, donc plus de ressources fossiles, et plus de CO2 - il faut comparer les moteurs actuels dernière génération. Et prendre en compte les polluants émis par les moteurs à essence aussi.
    Si on veut dépolluer ce qui est dû au VIEUX diésel, il faut essayer de les retirer de la circulation, ou alors, de leur mettre des systèmes de dépollution (bon courage dans les deux cas !)

    C’est hélas exact que dans le métro on en prend plein les poumons en microparticules (la silicose des mineurs cela vous dit quelque chose ??), bien plus qu’en surface, à cause des freins notamment

    Dire de façon bélante nimporte quoi sans comprendre ni réfléchir comme de bon petit moutons c’est vraiment idiot.

    19.06 à 13h21 - Répondre - Alerter
  • Elle a l’encéphalogramme plat la donzelle ! Et le QI d’une fraise !

    19.06 à 11h20 - Répondre - Alerter
  • piji : trublion des forums, champion des lobbyistes (mandatés en trafic d’influence) encore un pollueur !

    19.06 à 10h36 - Répondre - Alerter
  • cette femme est écologique comme moi je suis curé C’est une honte de l’entendre

    19.06 à 10h30 - Répondre - Alerter
  • Comme quoi il ne suffit pas d’avoir été sur le devant de la scène médiatique pendant quelques temps pour une raison bien particulière (en l’occurrence une capacité à ramer hors du commun) pour devenir un oracle sur quelque question que ce soit.

    Mme Fontenoy s’est laissée récupérer par un parti politique et tire donc dans le sens que lui indique le dit-parti ! Rien là de bien extraordinaire. Comme beaucoup, elle ne fait qu’effleurer la surface des choses, donne dans le simplisme et le réductionnisme sur des thèmes complexes et tombe facilement dans la caricature.

    Rien d’autre à attendre de ces thuriféraires qui agite l’encensoir sous les narines de ceux qui nous gouvernent ou aimeraient nous gouverner (à nouveau !).

    Mieux vaut donc en rire et en faire rire !

    19.06 à 10h17 - Répondre - Alerter
  • Voyez aussi ceci :

    Pardon je voulais écrire ci-dessous : "Tous les constructeurs du monde s’y mettent parce qu’ils utilisent bien moins de ressources fossiles et produisent bien MOINS de CO2 que l’essence"

    Pour mémoire : un moteur produit environ 3,07 g de CO2 par litre de Gazole consommé, y compris le CO2 dépensé pour fabriquer ce gazole.

    18.06 à 15h05 - Répondre - Alerter
  • Voyez aussi ceci :

    http://www.moteurnature.com/actu/un...

    Les diésel modernes ne polluent presque plus, et c’est un fait, qu’il faut intégrer dans la reflexion. Tous les constructeurs du monde s’y mettent parce qu’ils utilisent bien moins de ressources fossiles et produisent bien plus de CO2 que l’essence.
    Cela dit les vieux diésels restent très polluants, mais plus pour les humains que pour la planete, et il faut séparer le cas des vieux diésels de celui des diésels neufs.

    Trente ans d’efforts ont fini par modifier profondément les diésels, est il raisonnable de l’ignorer ?
    _

    18.06 à 15h01 - Répondre - Alerter
  • Je regrette mais sur le Diésel quand Maud FOntenoy dit que
    A) les diésels (EURO VI) polluent très peu , moins que l’essence la norme EURO VI c’est 0,4 g/kWh de NOx contre 14 g/kWh pour les vieux diésels polluants, et moins de 0,01 g/kWh de particules fines (PM) contre 10 à 100 fois plus pour les vieux diésels.....
    B) dans le métro on a effectivement plus de PM (particules fines) que en ville à cause des Diesel et bien plus dangereuses (car celles du métro viennent aussi des freins, certaines sont dans les tunnels depuis des années, notamment à l’amiante - "Ferrodo" ca vous dit quelque chose ???)
    C) Diésel = 20% de ressources fossiles en moins que l’essence (le rendement d’un diesel est meilleur que celui d’un moteur essence)
    Sur ces 3 points, elle a, exactement, raison....

    18.06 à 14h56 - Répondre - Alerter
  • ma pauvre Maud ! t’es mal , très mal partie , tu seras utilisée dorlotée, machouillée , puis avalée , et enfin vomie par ceux que tu défends,le jour ou tu t’en rendras compte ce sera trop tard ,tu auras tout loupé , surtout si au fond tu as l’air de croire en ce que tu fais ! méfie toi tu es encore jeune !

    18.06 à 05h57 - Répondre - Alerter
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