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9-12-2013
Mots clés
Alimentation
Agriculture
France

Pollué, labouré, oublié : le sol français est en train de disparaître

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Pollué, labouré, oublié : le sol français est en train de disparaître
(Crédit photo : LSDSL - Wikimedia)
 
On croit souvent cette ressource illimitée. Mais près d'un quart des sols français sont menacés de disparition. Explication.
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Sous les pavés et le bitume, la terre est bien mal en point. Dans de nombreux champs, c’est encore pire. Les sols de France sont en danger, et on commence à peine à s’en rendre compte. « On a longtemps considéré les sols comme un simple support de l’agriculture, et on pensait qu’on savait très bien les gérer. Les scientifiques ont commencé à réaliser dans les années 1990 que ce n’était pas le cas, mais il a fallu attendre 2012 pour qu’il y ait une prise de conscience internationale du phénomène » , alerte Dominique Arrouays, président de l’Association française pour l’étude des sols (Afes) et organisateur d’un colloque dans le cadre de la journée mondiale des sols, la semaine passée, le 5 décembre.

Difficile à concevoir, mais le sol qui nous entoure est bien une ressource très limitée. La couche de 30 cm de terre qui recouvre une bonne partie des terres non immergées (et non bétonnées) de la planète est le subtil résultat de la très lente dégradation des roches. On trouve plus d’organismes vivants dans une poignée de ce mélange richissime que d’êtres humains sur la surface de la planète. De ces terres dépend la quasi-totalité de notre alimentation bien sûr, mais aussi notre climat. En effet, les sols du monde contiennent sur à peine 30 cm de hauteur autant de CO2 que toute l’atmosphère terrestre (environ 800 milliards de tonnes).

Touche pas à mon sol

Et pourtant nous dégradons ce patrimoine à grande vitesse. Une partie des sols s’érode et finit sa course dans les rivières et les océans. La faute principalement à l’agriculture intensive qui laboure et laisse les sols nus et donc sans défense une bonne partie de l’année. Et qui a détruit les haies et prairies qui limitaient le ruissellement des eaux. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que cette seule érosion frappe 24 milliards de tonnes de sols par an, soit 3,4 tonnes par être humain. Enorme. En France, la situation est inquiétante notamment en région parisienne mais aussi dans une partie de la Bretagne et de la Picardie (voir carte ci-dessous réalisée dans le cadre du projet GISSOL).

« Dans ces régions, on peut voir l’érosion à l’œil nu avec les ravines, les rigoles ou les rivières qui sont marrons, pleines de boues », indique Dominique Arrouays. L’autre grand danger pour le sol, c’est le béton. D’après le ministère du Développement durable (aujourd’hui remplacé par le Service de l’observation et des statistiques), 600 km2 de terres sont artificialisées chaque année en France, soit l’équivalent d’un département tous les dix ans. « Le sol n’est alors plus exploitable à jamais. Et il ne joue plus son rôle de filtration des eaux de pluie », note le spécialiste. On s’en rend compte souvent trop tard, lors d’événements violents, comme les inondations. Et la liste des mauvais traitements infligés aux sols ne s’arrête pas là : ils sont aussi tassés, pollués, contaminés, acidifiés et perdent en biodiversité.

« Le pic sol »

Le problème, c’est que l’on dégrade ces sols beaucoup plus vite que la nature n’en crée. A-t-on atteint le « pic sol », comme on a atteint le pic du pétrole ou le pic de certains métaux ? « A mon avis on l’a déjà dépassé oui. Il y a des régions en France où l’on perd entre 20 tonnes de sol par hectare et par an, alors qu’il s’en forme entre 100 kilos et une tonne par hectare et par an », s’alarme le président de l’Afes qui estime qu’au moins 20% des sols français sont en situation de déficit. Soit autant de territoires qui pourraient se retrouver sur le caillou à l’échelle de quelques dizaines d’années. A tel point que, selon l’expression du spécialiste des sols Claude Bourguignon « nous manquerons de blé avant de manquer de pétrole ». La course au sol est déjà lancée, notamment en Afrique où l’accaparement des terres se fait au détriment des populations locales

Peut-on faire machine arrière ? De nombreuses solutions sont connues. D’abord, reconquérir les milliers d’hectares de friches industrielles plutôt que de bétonner des sols « vivants ». Ensuite, changer les pratiques agricoles, en labourant moins, voire plus du tout, en cultivant des plantes « pièges à nitrates » entre deux cultures, en retrouvant les bienfaits de la prairie. Cela passe aussi par nos jardins où ne pousse trop souvent qu’une pelouse bien tondue et où les pesticides sont répandus sans façon. Chacun peut aussi contribuer à nourrir la terre de ses déchets organiques en adoptant des lombrics. Pas d’excuses, de nombreux citadins montrent que c’est possible même sans jardin, voire même au pied des immeubles.


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Non, nous n’avons pas à « sauver la planète ». Elle s’en sort très bien toute seule. C’est nous qui avons besoin d’elle pour nous en sortir.

19 commentaires
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  • Je ne connaissait pas cette stat sur la contenance du sol en CO2. C’est impressionnant !

    7.11 à 17h17 - Répondre - Alerter
  • De nombreuses études montrent l’importance des couches superficielles du sol, notamment pour réduire le CO2 dans l’atmosphère : voir ww.scoop.it/t/biomimetisme-economie-societe "Restoring Global Soil Quality Is One Of The Best Things We Can Do For Climate Change"

    31.10 à 08h30 - Répondre - Alerter
  • Un arbre miracle pour depoluer et fertiliser le sol : Paulownia Elongata

    29.10 à 14h59 - Répondre - Alerter
  • S’il vous plaît n’écoutez pas ces bétises de bobos endoctrinés. Vos nourriciers crèvent, respectez-les au moins. Ils sont pas le cul derriere un ordinateur à rien branler de la journée au bureau eux. Un peu de tempérance chers pseudo-experts.
    De plus , vous apprendrez que le labour est un régénérateur de sol et que cette pratique est longue et couteuse, donc utilisée à bon escient.

    28.10 à 06h16 - Répondre - Alerter
    • Êtes-vous si sûr de ce que vous avancez ?
      Comment et avec quoi nourrissez-vous votre sol ?
      Qu’exigez-vous de lui en continu ?
      De quand datent vos pratiques ?
      De quand datent ces pratiques ?
      Quels changements ont-elles entrainés ?
      Que vous ont-elles obligé à changer ?
      Etc.

      28.10 à 19h09 - Répondre - Alerter
    • Respecter des ’nourriciers’ qui ne pensent qu’à gagner le plus possible, sans égard pour les générations futurs ? NON ! Le monde change, il faut vous adapter.

      Du fait d’un labourage du sol, la couche supérieure de la terre (les matières organiques en décomposition, ou Humus, riche en vie microbienne aérobie, dont se nourissent les vers de terre) se retrouve inversé avec la deuxième couche (riche en minéraux lessivés par l’Humus) .

      Il en résulte une perturbation immense du cycle de la nature car :

      Les vers de terre ne remontent plus à la surface pour leur nourriture, ce qui est une catastrophe pour plusieurs raisons :

      - Les vers de terre, en passant régulièrement de la seconde à la première couche de terre pour chercher leur nourriture, "aérent" le sol. Les Anciens les appelaient les "laboureurs".
      Les trous laissés par leurs passages permettent une bonne absorbtion de l’eau par le sol.
      Celà évite et prévient de l’Erosion.

      - C’est dans l’intestin du ver de terre que se forme la substance la plus complexe au monde chimiquement : le "complexe Argilo-Humique", qui est vital pour une bonne fertilité de la terre.

      2 / Les microbes aérobies meurent à cette profondeur, car il n’y a pas assez d’air, et les microbes de la couche plus profonde qui se retrouvent en surface, ils meurent aussi car ils sont anaérobies, et meurent au contact d’oxygène.

      Cette vie microbienne est la base de la fertilité de la terre (Humus) et tout simplement la base du cycle de la vie.

      En clair ... :

      La terre se meurt peu à peu.
      Elle devient incapable d’absorber l’eau des pluies (un sol de Forêt à une capacité d’absorbtion de 150 mm d’eau par Heure, alors qu’un sol de Labours à une capacité de seulement 1 mm d’eau par Heure).
      Car la terre devient compacte et n’est plus aérée par les passages des vers de terre qui remontent pour se nourir. De plus leur "nourriture" (microbes aérobies) se retrouvent en profondeur.
      La matière organique en décomposition, qui génère l’Humus et permet de filter vers le sol plus profond tous les minéraux, se retrouve en profondeur : la vie microbienne meurt, la décomposition de la matière organique cesse, les minéraux ne sont plus filtrés en profondeur, le sol n’est plus aéré ... bref :

      Non seulement quand viennent les temps de pluie l’eau n’est plus absorbée par le sol et devient de la boue en emportant la terre dans les fleuves : c’est l’Erosion des sols (10 Millions d’Hectares par An de désertification mondiale dus à l’érosion)

      Mais en plus votre sol ne contient plus de vie organique et microbienne.
      Il est tout simplement mort.

      Donc ... :

      Renseignons-nous sur les techniques de cultures alternatives comme :

      - Masanobu Fukuoka, ou comment cultiver avec 4 principes simples :

      - NE PAS CULTIVER,
      - PAS DE FERTILISANT CHIMIQUE OU DE COMPOST PREPARE,
      - NE PAS DESHERBER, NI MECANIQUEMENT, NI AUX HERBICIDES,
      - PAS DE DEPENDANCE ENVERS LES PRODUITS CHIMIQUES

      29.10 à 10h47 - Répondre - Alerter
    • Le labour ne régénère en rien le sol. Il l’aere. Un sol mort est un sol mort. D’où l’utilisation excessive d’intrants. Regarde ce qu’il est possible de faire avec la culture sur butte par exemple.

      29.10 à 18h38 - Répondre - Alerter
    • Ce n’est pas en se taisant qu’ils vont allez mieux les Agri. ! C’est en se libérant de la dépendance vis à vis des banques et de l’industrie, en se regroupant pour tenir tête, en restant solidaires pour être plus fort (comme dans le Jura par exemple), en changeant leurs pratiques qui les rendent esclaves, (à vivre avec rien mais en travaillant 12 heures par jour), alors que d’autres s’en sortent... Les agriculteurs passés à la Bio s’en sortent mieux, ceux en permaculture, ceux qui font de la vente directe... D’autres solutions existent et à ce que j’ai cru comprendre qu’ont-ils à perdre à changer puisque sans changement ils perdront tout, y compris la vie pour certains (un suicide tout les 2 jours en France ?) ! Si je peux être "Le cul au chaud derrière mon ordinateur" ce soir, à taper ce message, c’est parce que, au lieu d’attendre que l’on fasse pour moi ce que je devais faire, je me le suis bougé (le cul) et que j’ai changé ma vie ! Cela prend du temps, mais c’est possible.

      29.10 à 20h56 - Répondre - Alerter
    • Ducon !
      A ce niveau de connerie réactionnaire, je n’ai même plus envie d’argumenter.
      Pour vous et vos semblables, écolo = bobo. C’est d’un con !
      Si au moins vous creviez seul de votre connerie, ce serait un soulagement. Le drame, c’est que vous nous condamnez tous.

      1er.11 à 02h38 - Répondre - Alerter
      • Ils feront quoi de toute façon les agriculteurs utilisant exclusivement des engins mécanisés le jour où le carburant sera prohibitif. On ne pourra plus fonctionner sur le même principe et un retour aux sources s’imposera de lui même. J’espère que je vivrais assez longtemps pour assister à cette transition globale. C’est sûr que d’insulter les gens fera avancer le débat Rufus.

        1er.11 à 08h56 - Répondre - Alerter
  • je suis choque que ce soit que maintenant

    4.05 à 17h52 - Répondre - Alerter
  • Bah oui c’est pas en apprauvrissant la terre tout en la bourrant d’engrais contenant seulement 3 éléments alors qu’une plantes en a besoin de plus d’une 50aines qu’on peut préserver nos terres, notre terre, et nos corps..
    L’humain se gave de médocs pour palier à ces multiples carences alors qu’en ayant tout simplement une alimentation respectueuse de nos corps et de nos terres tout irais déjà bien mieux...
    Mais depuis des millénaires l’homme s’épuise à regler ses problèmes en s’occupant des conséquences sans chercher a en comprendre les causes, c’est misérable...
    Vive la permaculture !
    Et à mort l’exploitation intensive (qu’on devrais nommer DESTRUCTIVE)
    J’ai beau avoir l’immense chance d’être né en france, j’en ai honte, tout les jours...

    20.02 à 21h30 - Répondre - Alerter
  • Je veux croire qu’à l’avenir, il y aura plein de Pierre Rabhi, pour continuer à sauver la terre agricole et nous faire prendre conscience, continuez ...
    http://www.truc-astuce.info

    14.12 à 07h32 - Répondre - Alerter
  • Rémi Manso : Trop de monde ?

    Pour limiter la catastrophe, on pourrait aussi essayer de contenir la croissance des effectifs de notre pays : 350.000 français de plus tous les ans c’est trop, car c’est l’équivalent d’une ville de la taille de Nice à bâtir pendant cette même période et autant de terrains artificialisés. Même si ça n’est pas politiquement correct, il faut savoir que l’association Démographie Responsable appelle à cette indispensable retenue démographique...

    11.12 à 19h02 - Répondre - Alerter
    • Il y a des gens qui pensent comme toi aux USA ; je pense qu’il faut commencer à supprimer les vivants ! A qui le tour ? Bon, à toi l’honneur !!!

      27.10 à 06h24 - Répondre - Alerter
  • Il faudrait aussi se poser les questions :
    Pourquoi pratiquons-nous des cultures intensives ?
    Pourquoi bétonnons nous de plus en plus de sols ?

    Une seule réponse : Pour satisfaire les besoins en nourriture, logements et infrastructures d’une population en croissance permanente.
    Quoi que nous fassions pour réduire ces dégradations et disparitions, si nous ne maîtrisons pas notre démographie, tous les efforts ne serviront à rien, car tôt ou tard, l’augmentation de la population finira par dépasser la capacité de gestion des sols.

    11.12 à 18h59 - Répondre - Alerter
  • L’arrivée des Plathelminthes terrestres invasifs risque bien de ne pas arranger les choses :/
    http://www.habitat-eco-responsable....

    10.12 à 13h38 - Répondre - Alerter
  • LIFEnews à propos des sols

    This month’s LIFEnews looks at the issue of soil. In our lead article we present a round-up of a recent soil platform meeting held in Greece. In our second article we speak to Thomas Strassburger, a policy officer at the European Commission’s Directorate-General for the Environment, about the LIFE programme’s contribution to soil and the need for legislation.

    http://ec.europa.eu/environment/lif...

    10.12 à 09h36 - Répondre - Alerter
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