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28-02-2013
Mots clés
Alimentation
Agriculture
Europe
France
Dossier

Paysans, la nouvelle idylle

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Paysans, la nouvelle idylle
(Crédit photo : Louise Allavoine pour « Terra eco »)
 
Dossier - Entre agriculteurs et citoyens, le mariage a connu des orages, et la méfiance s’est installée. Les premiers voudraient y voir clair dans leur futur, les seconds dans leur assiette. Mais dans les campagnes, certains sont déjà prêts à conclure un nouveau contrat : ils vont vous passer la bague (verte) au doigt !
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Entassés dans les travées de porcs, les citadins se mettent des coups de corne pour glouglouter avec les dindons, et s’ébaudir devant les fiers taurillons. Pour son 50e anniversaire, le Salon de l’agriculture fait l’événement aux portes de Paris, jusqu’au 3 mars. Un demi-siècle de marées humaines charriées par les agriculteurs, qui représentent aujourd’hui 3,5 % de la population active française. Il y a de l’amour dans l’air… Enfin, une fois l’an. Car le reste du temps, le refrain « agriculteur = pollueur » revient souvent. Entrecoupé de nombreux couplets. Celui-ci, par exemple, entonné par les Bretons : « Qui paye pour les algues vertes et l’élimination des nitrates dans notre eau potable ? Les contribuables ! » Ou encore celui-là, fredonné à l’apéro : « Qui trinque à force d’ingérer des produits bourrés de pesticides ? Les consommateurs ! »

Pourtant, depuis cinquante ans, le monde paysan a fait de gros efforts pour satisfaire nos besoins. La commande passée après-guerre par la société était de « nourrir la France, l’Europe et même le monde », rappelle l’historien et journaliste Emmanuel Laurentin, auteur de La France et ses paysans (Bayard, 2012). Objectif confirmé par la politique agricole commune européenne, la PAC, lancée en 1962. Et atteint avec « la révolution dite “ verte ”, en réalité productiviste, des années 1950-1960, rendue possible grâce à la mécanisation, l’utilisation massive d’intrants chimiques et la suppression des haies et des fossés », explique Emmanuel Laurentin. Les exploitants nourrissent leur bétail de farines animales et déversent des hectolitres de produits phytosanitaires sur de vastes étendues en monoculture ? Tant que les ventres sont bien remplis, les gloutons de l’époque n’en ont cure et se désintéressent progressivement du monde agricole. « La contestation arrive avec mai 1968 et la critique de la société de consommation, poursuit l’historien. Alors que les agriculteurs pensaient que leurs efforts de production allaient être valorisés, ils se sentent rejetés. »

La rupture est consommée avec les crises sanitaires des années 1990, dont celle de la vache folle, et avec la prise de conscience écologique, désignant l’agriculture comme source de pollutions. « Ces crises ont mis en débat les pratiques héritées de la révolution verte. Les gens ont exprimé le besoin de se réapproprier le contenu de leur assiette et de développer un autre rapport à la nature », explique José Bové, eurodéputé Europe Ecologie - Les Verts (EELV), figure emblématique du conflit du Larzac dans les années 1970, pendant lequel avait commencé à émerger une autre image de l’agriculteur.

Droit d’ingérence des consommateurs

Selon le recensement agricole décennal réalisé par le ministère de l’Agriculture en 2011, le nombre d’exploitations a diminué d’un quart en dix ans. En cause ? Le recul des fermes classiques pratiquant la polyculture et l’élevage, au profit des très grands domaines. Mais, à l’opposé du méchant productiviste « qui applique à la nature les mêmes règles qu’au secteur industriel », Philippe Desbrosses, paysan pionnier du bio en France et auteur d’un Manifeste pour un retour à la terre (Dangles, 2012), décrit, lui, un petit producteur alternatif et indépendant, « qui travaille en symbiose avec la terre et fait de sa fonction un nouvel art de vivre ». En somme, un « agri-novateur », plus en phase avec les nouvelles attentes de la société. Vice-présidente de la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, Christiane Lambert hurle au cliché. « Si c’est fait par un petit producteur, c’est forcément sain et sûr. Small is beautiful, c’est ça ? », s’étrangle-t-elle. Avant de contrer : « Dans les grandes entreprises agro-industrielles, qui ont des contrats avec les agriculteurs locaux, les processus de sécurisation sont hypercontrôlés. »

Deux camps en guerre, entre lesquels il nous faudrait choisir ? Plutôt trois types d’agriculture qui coexistent, rectifie Samuel Féret, coordinateur du collectif Pour une autre PAC 2013. Les pouvoirs publics et les citoyens-consommateurs-contribuables gagneraient, selon lui, à se focaliser sur « la majorité silencieuse des exploitants agricoles français. Situés entre ces deux extrêmes, ils se posent la question de leur avenir, suspendu au maintien ou non des aides publiques ». Ce sur quoi s’efforcent de peser des associations de consommateurs en plaidant pour du donnant-donnant, et en revendiquant un certain droit d’ingérence sur la conduite des opérations. « Un soutien financier aux agriculteurs est légitime, mais il est légitime aussi de poser nos conditions, explique Olivier Andrault, chargé de mission alimentation et agriculture pour l’UFC-Que choisir. On n’a rien contre l’agriculture intensive si elle n’a pas d’effets sur l’environnement ou les ressources. Or, au regard de différentes études, il apparaît que le seul moyen pour diminuer ses effets négatifs est de réduire de moitié les pesticides, de tempérer le tout-intensif et de développer les modèles bios et les pratiques durables. Le tout sans diminution sensible des marges des agriculteurs. »

Le soutien financier sous réserve de pratiques plus respectueuses de l’environnement et de la santé, c’est tout l’enjeu des négociations actuelles sur la future PAC 2014-2020. La crise pourrait alors aider à glisser vers un modèle conciliant exigences des citoyens et pratiques agricoles. Le journaliste scientifique Vincent Tardieu vient de boucler un tour de France des exploitations innovantes, compilé dans Vive l’agro-révolution française ! (Belin, 2012). Il explique que « les agriculteurs sont aujourd’hui dans une telle impasse qu’ils sont obligés de réduire leurs coûts de production et donc de mettre moins d’intrants chimiques dans leurs sols, d’utiliser moins de fioul et moins leurs machines. La crise les pousse aussi à mieux valoriser leurs productions via les labels et les circuits courts. C’est ce à quoi l’agroécologie s’efforce de répondre. »

La crise, accélérateur de changement

Très en vogue ces temps-ci, l’« agroécologie » est un mot-valise dans lequel s’inscrivent toutes les méthodes de culture et d’élevage qui mettent les mécanismes naturels au cœur d’une production durable. De 10 % à 20 % d’agriculteurs (1) la pratiqueraient aujourd’hui, au sens large du terme : bio, agroforesterie, production intégrée, raisonnée… Cet ensemble de pistes, promu par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, pourrait servir de base à un nouveau contrat entre citoyens et agriculteurs. Reste que « le monde agricole a encore du mal à admettre qu’il a des comptes à rendre à la société », estime Charles Pernin, chargé de mission à CLCV (Consommation logement cadre de vie), autre association de consommateurs. Peut-être parce que les agriculteurs en conventionnel estiment être des boucs émissaires déjà submergés de contraintes. « Les Français ne mesurent pas les efforts fournis pour répondre à des attentes paradoxales, comme manger mieux et toujours moins cher, juge Christiane Lambert. Le consommateur passe une commande qualitative à l’agriculteur mais n’honore pas le contrat car, au moment de l’acte d’achat, il se tourne souvent vers le low cost sans se soucier d’environnement, de santé ou de provenance. » Un contrat se lit dans les deux sens, rappelle aussi Vincent Tardieu : « On ne peut réclamer des produits à la fois sains, beaux, pas chers et toute l’année. De même que l’agroécologie implique des exigences bien supérieures à l’agriculture chimique, le “ consommer durable ” implique une maturité nouvelle par rapport aux achats aujourd’hui majoritairement réalisés en supermarché. »

Des contrats pour un nouveau lien

Vecteurs d’un nouveau lien, de tels contrats existent déjà à l’échelle locale. Citoyens et producteurs cocréent depuis quelques années de nouvelles filières : vente directe à la ferme, réseaux d’Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), cantines scolaires qui achètent local et bio, etc. Des associations d’investissement solidaire comme Terre de liens permettent à des paysans d’accéder à du foncier et de s’installer, en échange de l’adoption de certaines pratiques. La preuve que manger peut nourrir les rapports humains qu’on a avec le producteur ! « Les deux mondes sont en train de se décloisonner et sont, du fait de la problématique environnementale, amenés à reconnaître leur coresponsabilité », affirme Jean-Louis Robillard, coordinateur d’une pépinière d’activités agricoles bios et rurales dans le Pas-de-Calais et vice-président EELV chargé de l’agriculture au Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. « De plus, le brassage est déjà favorisé par les mariages d’agriculteurs avec des femmes d’autres milieux et par la proportion croissante de néoruraux dans les établissements de formation agricole. » Comme quoi, nul besoin d’en passer par la téléréalité pour diffuser l’amour dans le pré. —

(1) Ces chiffres ont été dévoilés lors de la conférence nationale « Produisons autrement », organisée par le ministère de l’Agriculture au palais d’Iéna, à Paris, le 18 décembre dernier.


SOMMAIRE

PORTRAITS Les visages de l’agriculture de demain Ils sont jeunes ou moins jeunes. Ils sont nés les bottes aux pieds ou sont des néoruraux. Mais tous développent des pratiques innovantes, qui n’oublient pas les consommateurs.
INTERVIEW Stéphane Le Foll : « J’ai choisi une autre voie, l’agroécologie » Diplomatie et conviction : ce sont les maîtres mots du ministre de l’Agriculture, fervent défenseur d’un nouveau système agricole, plus à l’écoute de la nature.
DÉCRYPTAGE La prochaine PAC sera-t-elle plus verte ? Pour 2014-2020, aucune réforme de fond de la politique agricole commune n’est en vue. Mais l’espoir demeure…
QUIZ A vos marques, prés ! Vous pensez avoir trouvé la clé des champs et tout compris des bonnes pratiques ? Passez le test d’abord !
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Le rédacteur :
Alexandra Bogaert
Le rédacteur :
Olivier Aubrée
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