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Métro, boulot, allegro

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Métro, boulot, allegro
(Illustration de une : Jon Berkeley pour « Terra eco »)
 
Mais où vont ces gens souriants dans les transports en commun le matin ? Dans quelle boîte magique ? Sans doute dans une société où leur voix est prise en compte, où leurs actions ont du sens et améliorent le sort de la planète. Au pays des rêves ? Même pas. Découvrez l’entreprise idéale, celle où l’on siffle en travaillant.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Que ceux qui aiment le lundi lèvent le doigt ! Premier réflexe, instinctif : garder les mains sous la couette. Deuxième réaction : grimacer à l’idée de s’engouffrer dans un tunnel dont on ne verra le bout qu’au crépuscule du vendredi. Troisième mouvement : s’étirer en maugréant, se préparer un café et partir au turbin. Est-ce vraiment cela, le rapport que les 23 millions de salariés français entretiennent au travail ? Non. Dans une enquête du site de recrutement Meteojob et du cabinet de conseil en ressources humaines Alixio, publié en juin dernier par Les Echos, deux tiers des sondés ont déclaré être motivés le matin « par l’idée d’aller travailler dans [leur] entreprise ». Et personne ne les y a forcés ! L’institut OpinionWay a récemment obtenu la même proportion de « oui » à la question «  Aimez-vous votre entreprise ? »

Pour autant, le bilan 2011 de l’Observatoire de la vie au travail trahit un malaise réel chez les employés bleu-blanc-rouge. Inscrits pêle-mêle au cahier des doléances, le manque de transparence dans l’organisation et les relations, l’absence de proximité avec les managers, le trop peu de reconnaissance pour le travail fourni et les informations sur les enjeux de l’entreprise qui circulent mal. Voilà qui fait beaucoup. « Ces déséquilibres entre ce que l’organisation propose et ce que les individus attendent d’elle ne sont pas durables », prévient Pascale Levet, directrice scientifique de l’Anact, l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail.

En période de crise, on serre les dents

Ces discordances sont génératrices de stress et de mal-être. Or, en période de crise, on préfère bien souvent serrer les dents – au risque de craquer – plutôt que de se retrouver au chômage. Croissance faible (1,1 % du produit intérieur brut) et taux de chômage élevé (8,5 %) expliquent pourquoi seuls 3 % des salariés ont changé d’employeur chaque semestre entre 2003 et 2009, selon l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). Aujourd’hui, la croissance est nulle et les chômeurs représentent 10,2 % de la population active. Raison de plus pour jouer la sécurité et rester bien au chaud dans son boulot. Coûte que coûte.

Dans ce contexte, il est grand temps que l’entreprise idéale, celle qui serait une source d’épanouissement pour tous, devienne réalité. « La crise économique va y inciter », estime Pascale Levet. Cette société, à but lucratif ou non, fournirait non seulement un emploi – relation contractuelle qui subordonne l’employé à l’employeur – mais aussi un travail, donc une activité qui a du sens, avec des objectifs en accord avec l’idée que l’on se fait du travail bien fait et auxquels on accepterait de se soumettre. A condition d’avoir son mot à dire bien sûr. « L’organisation ne tombe pas du ciel, c’est un projet collectif qui doit me permettre de me développer en tant que personne, et de participer à une œuvre productive dans laquelle je trouve du sens », ajoute la responsable de l’Anact.

Mais où est-elle, cette entreprise où l’on se sentirait si utile et si bien ? Nulle part, répond Patrick Dumoulin, directeur de l’institut « Great place to work », qui établit le palmarès annuel des entreprises où il fait bon travailler. Mince. Mais si d’après lui, « il n’y a pas d’entreprise idéale, celle qui s’en rapproche le plus est celle où le salarié a confiance dans un management accessible, compétent et intègre, qui permet l’équilibre entre la vie privée et professionnelle, qui donne les moyens de bien faire le travail, qui demande l’avis du salarié sur la manière de faire, qui ne discrimine personne ».

Une définition que ni le Medef (Mouvement des entreprises de France) ni la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises) n’ont souhaité commenter. Le sujet du bien-vivre en entreprise est-il si délicat pour les patrons et leurs syndicats ? Tout dépend du patron. Sébastien Darrigrand, délégué général de l’Usgeres (Union de syndicats et groupements d’employeurs représentatifs dans l’économie sociale) a, lui, répondu illico. « Réfléchir à l’entreprise idéale, c’est revenir à l’essence même de l’entreprise. C’est remettre sa responsabilité sociale et le collectif de travail au centre du projet. » Thomas Delage, délégué général du Centre des jeunes, des dirigeants et des acteurs de l’économie sociale, abonde en son sens : « L’entreprise idéale fait primer l’objet social sur le capital. Elle permet à chaque collaborateur de développer ses compétences. »

« Entreprise à progrès collectif »

Les entreprises qui ont une politique volontariste en termes de responsabilité sociale (RSE), et tentent d’améliorer le bien-être de leurs salariés en limitant leur impact sur l’environnement, ont une longueur d’avance. « On n’imagine pas une entreprise engagée dans une démarche de RSE occulter les conditions de travail de ses salariés et adopter une stratégie de court terme, dont l’objectif unique est de rémunérer l’actionnaire », confirme François Fatoux, délégué général de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises.

« Il est temps de restaurer cette représentation de l’entreprise qui ne vise pas que le profit et qui concilie développement économique, justice sociale et intérêt de ses membres », estime Blanche Segrestin, coauteure de Refonder l’entreprise (Seuil, 2012) et professeure à l’école des Mines ParisTech. Cette « entreprise à progrès collectif », qu’elle appelle de ses vœux, permettrait de redonner du sens à ce qui nous occupe au moins trente-cinq heures par semaine. « Permettre au salarié d’être acteur de son métier et d’exercer sa citoyenneté en entreprise, c’est le grand enjeu », renchérit Jean-Paul Raillard, directeur de Syndex, cabinet de conseil auprès des instances représentatives des salariés, une boîte devenue elle-même voilà un an une Scop (société coopérative et participative).

Ces entreprises, dont au moins 51 % du capital est détenu par les salariés, bénéficient d’une gouvernance démocratique et d’une répartition des résultats favorisant la pérennité des emplois et du projet d’entreprise. « Même si leur but premier reste commercial, les Scop ont une vraie capacité à instaurer le dialogue, et à avoir une stratégie de long terme », estime Olivier Berducou, secrétaire confédéral de la CFDT (Confédération française démocratique du travail) en charge de la RSE.

Benoît Hamon fan des Scop

Les voilà nos entreprises idéales ? C’est sans doute aller vite en besogne. Mais le ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon, leur accorde un intérêt certain. Il compte déposer, d’ici à la fin de l’année, un projet de loi visant à étendre ce modèle coopératif, en permettant notamment aux salariés d’une société anonyme dont le patron partirait à la retraite de la reprendre en main. La révolution est déjà entreprise ! —



SOMMAIRE

REPORTAGES Nos cinq ingrédients pour un travail plein de vie La route est-elle dégagée pour la voiture ? Industrie, carburants, alternatives : découvrez les culs-de-sac et les voies rapides du secteur.
ENTRETIEN « Doit-on continuer à prendre les salariés pour des enfants ? » Isabelle Ferreras, sociologue spécialiste de la vie au travail, estime que les managers doivent arrêter de considérer les employés comme des instruments productifs.
PALMARES J’aime (vraiment) ma boîte Une entreprise avec des congés illimités, ça vous dit ? Non, vous préférez un espace repos pour la sieste ? Venez, venez.
QUIZ Test de motivation et jeu de sociétés Prêt(e) à entrer dans le vaisseau « Entreprise » ? Mûr(e) pour bosser le sourire aux lèvres ? Accrochez-vous !
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Le rédacteur :
Alexandra Bogaert
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