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30-09-2013
Mots clés
Ville
France
Interview

« La ville écologique n’est pas une utopie, c’est un combat »

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« La ville écologique n'est pas une utopie, c'est un combat »
(Mat Jacob - Tendance Floue)
 
Pour Thierry Paquot, philosophe de l'urbain, on ne pourra penser la ville écologique que si l'on s'ouvre à toutes les surprises, et que l'on revoit nos modes de vie de fond en comble.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Terra eco : Pourquoi repenser le territoire urbain comme écologique, vous qui préférez ce terme à ville durable ?

Thierry Paquot : Pour rompre avec la ville productiviste, née dans le contexte de la révolution industrielle. Or, la question environnementale, le réchauffement climatique et l’approche du pic pétrolier nous obligent à sortir du productivisme, de la logique du toujours plus. Il faut penser au toujours mieux, à consommer moins et autrement. Pourquoi continue-t-on à ouvrir des centres commerciaux en France ? Cela collait peut-être bien avec un mode de vie où l’on pouvait faire venir au même endroit 10 000 voitures par jour via des autoroutes urbaines. Mais à l’aune de l’écologie, ce modèle est trop coûteux. Il faut penser au commerce en ligne, et donc au développement des systèmes de livraison. Pourquoi les taxis et ambulanciers, dans leurs heures creuses, ne se transformeraient-ils pas en livreurs dans les villages par exemple ? Pourquoi les bâtiments n’auraient-ils pas plusieurs usages, comme les facs qui accueilleraient des associations hors des périodes de cours ? Un bâtiment peut avoir plusieurs fonctions. Pour penser la ville écologique, il faut innover, accepter des changements de pratique importants. Il nous faut nous ouvrir à toutes les surprises.

Comment construire cette ville écologique ?

Une ville écologique doit permettre à ses habitants de participer de manière active et spontanée, bien au-delà de la simple concertation une fois de temps en temps. Partir des gens, du local, du cas par cas, pour mettre en place des solutions, par exemple de covoiturage. On peut considérablement améliorer le territoire, par petites touches, en partant des citoyens. Il faut développer une demande, comme pour de l’habitat en bois, en briques, et l’offre suivra.

Certains n’ont pas attendu que ça vienne d’en haut. En Bretagne, par exemple, dans certains villages on coupe l’éclairage public dès 22h. Si vous devez sortir de chez vous, vous envoyez un SMS à la mairie et le chemin que vous empruntez est éclairé. Résultat : 30% d’économies d’énergie ! On sait depuis 1972 et la première conférence des Nations unies sur l’environnement, à Stockholm (Suède), ce qu’il faudrait modifier pour accéder à la ville écologique. Mais depuis cette date, la liste n’a pas changé ! D’où l’importance d’avoir un débat public. Et de, très concrètement, établir un bilan environnemental de chaque solution préconisée. Prenez le tramway, présenté comme la nouvelle panacée de la ville du futur. Moins écologique, il n’y a pas ! Le coût énergétique de la fabrication des rails est énorme ! Mieux vaut les faire rouler sur pneus – et des pneus pas issus de la pétrochimie... Certes, le passage du tramway permet la revalorisation de certains quartiers, mais ça coûte 3 fois plus cher qu’un bus. Et quand un usager met 1 euro dans un ticket de tram, la collectivité locale en met 6 ou 7 !

La ville écologique existe-t-elle déjà ?

Pas encore non, car nous sommes trop imbibés de la ville productiviste. La ville écologique, c’est quelque chose que l’on n’a pas encore complètement imaginé. Les Citta slow (villes lentes, ndlr), en Italie, ont établi une liste de 70 critères à remplir pour les rejoindre, ce qui est déjà énorme. Donc il faudrait établir des critères à cette ville écologique et y répondre progressivement. Si tous les bâtiments neufs étaient à énergie positive, ce serait déjà un premier pas. La ville écologique n’est pas une utopie, c’est un combat.

Ça et là, des expériences sont menées à l’échelle de quartiers. Un bon début ?

Un écoquartier n’a aucun sens. L’écologie implique la relation à l’autre. Or, ce qu’il apparaît, c’est que les habitants des écoquartiers quittent leur quartier le matin pour aller polluer à l’extérieur, reviennent le soir et adoptent à nouveau un comportement vertueux chez eux. La ville écologique se construit sur l’ensemble d’un territoire urbanisé, en commençant partout, en même temps, dès qu’on peut. Il faut impulser un nouvel art de vivre.

Par quoi cela passe-t-il ?

Déjà par une harmonisation des temps sociaux et individuels. Une ville écologique prendrait en considération la chronobiologie des individus et les saisons et adapterait les rythmes urbains à ces données. La vitesse ne serait plus forcément source de satisfaction. Le TGV – qui est l’exemple type du bienfait dans la société productiviste – devient un handicap dans la ville écologique.

La ville écologique impliquera donc de nouveaux modes de vie ?

Oui, elle nous apprendra à être économes dans tous nos faits et gestes. Mais il revient à chaque ville d’inventer sa propre écologie, il n’y a pas de recette unique. Il ne peut y avoir de modèle tout prêt.

La ville écologique, c’est pour quand ?

On en est au tout début car aujourd’hui l’écologie est moins vue comme un art de vivre que comme une contrainte à laquelle on va devoir se plier « parce qu’une catastrophe arrive ». A l’échelle des villes, on saupoudre les projets d’une couche de « durable » pour se prémunir d’attaques d’associations écologistes. Mais le thème ne traverse pas encore l’ensemble de la société. Les entreprises se penchent sur le sujet quand elles constatent que cela peut être un levier de croissance pour elles, et qu’investir dans ce secteur leur permet de rester leader. Les politiques, eux, veulent rester le plus longtemps possible dans leurs fonctions et si une entreprise leur propose une solution clé en mains de mise en réseaux permettant une économie de 10% sur l’ensemble des factures d’énergie de leurs administrés, ils signent. Cependant, je crois encore à une prise de conscience individuelle de la nécessité de changer nos modes de vie et de villes, mais ce sera lent. Car la ville écologique ne se décrète pas, elle se se construit petit à petit avec les gens.

Quelle pourrait être la devise de cette ville écologique ?

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  • Un écoquartier n’a pas de sens ? En quoi une ville en aurait-elle alors ? je comprends bien la remarque de Thierry Paquot, mais alors ceux de la ville écologique iraient polluer la ville voisine en quittant la leur ?
    Nous sommes tous d’accord, la vie est un tout et il n’y aurait d’écologie que si elle était universelle. Là serait l’utopie, alors, en attendant, soyons réalistes et pensons écologie à n’importe quel niveau, individu, famille, école, quartier, ville... L’écologie ne viendra pas du haut, pas de manière efficace tout du mois et radical, nous n’avons pas les politiques qu’il faut pour cela... Alors s’ils ne nous permettent que des écoquartiers allons-y et vive les initiatives individuelles !

    13.06 à 14h48 - Répondre - Alerter
  • Je ne sais pas quelles sont les personnes qui parlent d’écologie sans parler des voitures,et des voiries qui prennent de la place ,meme qui avalent le peu d’espace vert..Avec son océan de parcking et de béton.A mon avis il faut réduire considérablement les voitures ,ainsi que les places qu’elles prennent.Nous avons(j’espère) des cerveaux qui peuvent étudier les déplacements motorisés,d’étudier à des ramifications de circulations des transports en commun,de la ville à la campagne,genre tramtrain.35% de la circulation automobile ne font que 3,4 km par jour,c’est une hérésie !On parle d’écologie,en occultant les voitures,preuve que nous faisons le jeu des lobistes pétroliers et constructeurs d’auto,il faut que sa cesse,par une prise de conscience de l’égoisme très profrond,voir conditionné( Depuis les années 72,ou Pompidou excellait "Toutes constructions et routes se fera autour de la voiture et pour la voiture"..) Moi je dit des études poussées sur le transport en commun,qu’on puisse le prendre presque à proximité et pouvoir partir en pleine campagne à 30 km c’est possible,alors qu’attendent ’ils ses grands manitous de malheur,pour se mettre au travail ? Je finis ,on est très très loin de la prise de conscience écologique..

    4.03 à 10h24 - Répondre - Alerter
  • merci, merci,merciiii pour ce constat simple et pourtant tellement sensé !

    Aux septiques du dessus, je répondrais :
    La mondialisation va de paire avec la dématérialisation qui outre son effet sur les marchés favorise un dialogue mondiale et critique des citoyens, la diffusion d’une information alternative qui progressivement éveillent les consciences, pour reprendre l’expression de Pierre Rabhi. Ainsi les cons-tenus et vils acteurs deviennent les acteurs de la ville de demain.
    T.Paquot prend l’exemple du partage des propriétés publiques, les facs qui de fait par leur statut peuvent réellement répondre à un mutli-usage. Quant au partage des propriétés privées, il est déjà à l’œuvre -monde diplo d’octobre 2013-, certes avec ses détracteurs. Concernant la ville et l’habiter, l’augmentation significative des projets d’habitats groupés et coopératifs représentent un signe, parmi tant d’autres, de cette évolution des mentalités par rapport à la propriété et son partage, des modes de vies et l’implication des individus et foyers vers une ville plus écologique....

    14.12 à 22h53 - Répondre - Alerter
  • Bonjour
    On ne saurait trop espere que ces principes s’appliquent au Grand Paris mais cette ville est plus que jamais en concurrence avec les autres metropoles du monde, et plus que jamais dépendante des prix du terrain qui s’arrache à prix d’or. L’ecologie et le partage des usages dont vous parlez tres bien supposerait que les propriétaires consentent au nom de l’interet general au multiusage de leurs biens. Belle utopie !

    1er.10 à 10h50 - Répondre - Alerter
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