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24-09-2013
Mots clés
Energies
Architecture
Afrique
Chine
Brésil

La ville durable met le cap au Sud

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La ville durable met le cap au Sud
(Le futur écoquartier de Changxindian, à Pékin (Chine). Crédit photo : arup)
 
Quand on habite un bidonville, l’électricité, l’eau courante et un boulot relègue les préoccupations environnementales au second plan. Cela n’empêche pourtant pas l’émergence de villes durables dans les pays du Sud.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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« Dans les pays en développement voire émergents, parler de ville durable semble souvent ahurissant. La priorité est la croissance économique », souligne Yvette Veyret, géographe coauteur de l’Atlas des villes durables (éd. Autrement). « Et, quand une classe moyenne émerge, elle n’a qu’une idée en tête : rattraper le modèle occidental, ce qui se traduit par une surconsommation, soit l’inverse de ce que prône la ville durable », renchérit Alain Dubresson, géographe spécialiste de l’Afrique. Répondre « plus particulièrement aux besoins essentiels des plus démunis » est, de fait, un des objectifs du développement durable. C’est écrit noir sur blanc dans le rapport Brundtland des Nations unies de 1987, qui a posé le concept.

Un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles où la préoccupation principale est l’accès aux services de base et à l’emploi. Dans « les Suds », la construction d’une ville compacte, écologique et où il ferait bon vivre peut être reléguée au dernier plan. Les transports en commun publics y font souvent défaut, de même que « l’idée d’un bien commun qui s’appelle “ ville ” », observe Alain Dubresson. D’où l’impression que la ville durable promue par les pays développés – qui plus est quand ils l’envisagent sous l’angle « smart » – n’y est pas franchement adaptée.

Architecture traditionnelle ou béton ?

« Détrompez-vous ! La ville connectée va peut-être s’y développer plus vite que chez nous, car ces pays sont à la pointe de l’innovation et s’équipent très vite », insiste Maggie Cazal, fondatrice et présidente de l’ONG Urbanistes sans frontières. Selon elle, « nul besoin de dépenser beaucoup pour rendre la ville durable. C’est souvent une question de bon sens : l’on peut ainsi développer les architectures bioclimatiques traditionnelles, au lieu de construire des tours en béton ». « Il existe de multiples initiatives locales informelles et vertueuses pour l’environnement », abonde Pierre-Arnaud Barthel, géographe à l’Institut français d’urbanisme. Des chiffonniers indiens trient les déchets non pas tant par conscience écologique que pour survivre, tout simplement ; des associations de quartiers, en Namibie, font du porte-à-porte pour collecter les détritus ensuite relevés par les services municipaux. Il peut y avoir « une surenchère de l’emploi du terme “ ville durable ”, car de nombreux bailleurs internationaux conditionnent leurs aides à cette rhétorique à la mode. Mais la prise de conscience est globale », estime le chercheur.

Transports doux et canicule

Certains pays concentrent leurs efforts sur les villes nouvelles. En Chine, on cherche moins à rendre l’existant « soutenable » qu’à créer ex-nihilo des cités répondant aux critères de la ville durable. Le Maroc a choisi de panacher sa mise au vert urbaine entre villes nouvelles écoconçues, ciblant les classes moyennes, et vaste programme national de « villes sans bidonvilles ». « Mais, dans les pays où l’on améliore les conditions d’habitat, on zappe le plus souvent l’aspect environnemental », déplore Maggie Cazal. Ou alors on crée des écoquartiers vitrines réservés à une clientèle aisée qui ne va pas forcément abandonner ses trois voitures. « Toutes les sociétés ne sont pas prêtes à accepter la mixité sociale, mais chaque approche est bonne à prendre, tempère Pierre-Arnaud Barthel. C’est un processus d’apprentissage. Il faut ajuster le modèle de ville durable aux capacités techniques et financières des territoires mais aussi à leur culture. » Et ne pas imposer nos sacro-saints modes de transport doux, avec leurs kilomètres de pistes cyclables, là où il fait 40 degrés à l’ombre. —

- Bidonvilles exemplaires

Des « bidonvilles durables », un oxymore ? C’est en tout cas le nom d’un défi lancé par Urbanistes sans frontières (USF). L’ONG a invité une dizaine de pays émergents et en développement à plancher sur la réhabilitation durable d’un de leurs sites d’habitat informel. Une équipe rassemblant universitaires, autorités locales, habitants et professionnels locaux doit déterminer comment y régulariser le foncier, y traiter les questions des déchets, des transports, de l’eau, de l’énergie, etc. Comment démolir le moins possible et maintenir la population locale ? Comment désenclaver ces quartiers ? Combien cela coûtera-t-il ? « L’idée n’est pas de faire de ces bidonvilles des écoquartiers de luxe réservés aux classes aisées mais des zones d’excellence environnementale, où les gens se seront pris en charge pour y vivre mieux qu’ailleurs », explique Maggie Cazal, présidente d’USF. Trois équipes gagneront un stage de six mois dans des bureaux d’études parisiens pour améliorer leur plan avant de le concrétiser, début 2015. —


- Kélibia au stade de l’engagement

2010, la station balnéaire de Kélibia, en Tunisie, vit sa révolution : 240 familles du quartier du Stade ont chamboulé leur mode de vie. A l’initiative d’une association locale financée par le Fonds mondial pour l’environnement, elles reçoivent gratuitement des ampoules basse consommation et installent des chauffe-eau solaires sur les toits. Elles sont sensibilisées au tri sélectif, au compostage des déchets verts et à la culture vivrière. Résultat : réduction des coûts des déchets et de la facture énergétique, relance de la production locale de fruits et légumes, et protection de la biodiversité. Issue de la société civile, l’initiative « quartier durable » essaime désormais dans tout le pays. —


- Deh Sabz, la ville verte au pays des mollahs

Quel sens a la ville durable dans un pays ravagé par la guerre ? En Afghanistan, Deh Sabz – la « ville verte » se veut une marque de foi en l’avenir. « Le pays connait une forte croissance démographique. S’il n’économise pas le plus tôt possible ses ressources naturelles, il va droit dans le mur », estime Laurent-Marc Fischer, architecte. Son agence, Architecture-Studio, a été chargée par l’Etat afghan de concevoir une ville écologique à 10 km au nord de Kaboul. Le chantier « est encore embryonnaire » sur ce haut plateau désertique traversé de ravines. A l’horizon 2030, la ville, largement financée par l’aide internationale (cinq milliards de dollars sur dix ans), devrait accueillir trois millions d’habitants. Pour s’adapter aux spécificités culturelles et sociales afghanes, le plan ne prévoit pas de place centrale, mais de nombreux petits centres avec leur écoles, dispensaires, mosquées, commerces et transports en commun en site propre « pour démontrer qu’ils sont plus efficaces que la voiture », précise l’architecte. Entre deux districts, des jardins où se côtoieront les ethnies. Autour de la ville, une ceinture verte sera réservée au maraîchage. Et, en son cœur, un immense parc central deviendra la référence commune des habitants. Un lac y recueillera les eaux de pluie et alimentera la cité. Un mix énergétique (ferme solaire, éoliennes, stockage géothermique) connecté en réseau permettra d’être autonome à 80 %, à terme. Mais, dans un premier temps, l’approche sera très gourmande en énergie : seuls les groupes électrogènes apporteront la lumière. Les logements seront construits en béton et non en terre crue, dont il faudrait prélever de trop grandes quantités. La main-d’œuvre sera locale. Mais, une fois le chantier fini, les employés du BTP céderont la place aux classes moyennes et aisées. Laurent-Marc Fischer veut croire que, avec une ville écologique et riche à ses portes, Kaboul – où 90% de la population vit sans électricité ni eau courante – « voudra se mettre à niveau ». Espérons-le ! —


- Quand Paris donne un coup de pouce durable à Rio de Janeiro

En 2004, Bertrand Delanoë est en visite officielle à Rio de Janeiro, deuxième plus grande ville du Brésil après São Paulo. Depuis, la mairie de Paris aide la métropole carioca à développer des projets urbains durables. L’expérience a commencé à l’échelle de São Cristóvão. L’Atelier parisien d’urbanisme a conçu un plan de revitalisation de ce quartier central, axé autour de la mixité sociale, des espaces verts, des transports et de la liaison entre le mythique stade de Maracanã, théâtre de la prochaine finale de la Coupe du Monde de football, et son voisinage, séparés par des voies ferrés. En 2009, la coopération a été étendue à l’ensemble du centre-ville de Rio, où le parc immobilier rénové accueille désormais toutes les classes sociales. L’expertise française va désormais aider à désenclaver et réhabiliter le quartier dégradé de Rio Comprido, qui abrite d’importantes favelas, et s’exercer sur la zone portuaire de la métropole carioca avec le projet « Porto Marvilha » (merveilleux port, en brésilien). Un nom prometteur. —

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