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Ces OGM méconnus que la France produit par millions

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Ces OGM méconnus que la France produit par millions
(Moyan_Brenn_BE_BACK_IN_SEPTEMBER - Flickr)
 
Des plantes génétiquement modifiées sont produites en France en grande quantité depuis plusieurs années, mais n'ont pas à respecter la législation sur les OGM. Explications.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Certains OGM se cachent-ils sous une fausse identité ? Oui, d’après neuf associations qui ont adressé en début de semaine une lettre ouverte à Stéphane Le Foll. Entrainées par la Confédération paysanne, l’Union des apiculteurs de France et les Amis de la Terre, elles pointent du doigt le développement de variétés tolérantes aux herbicides (VTH), qu’elles considèrent être des « OGM cachés ». Le ministre de l’Agriculture leur a répondu que ces variétés ont subi des « mutations de gènes sans qu’il y ait de gènes rapportés » et ne sont donc pas des OGM. Terra eco décrypte cette querelle de langage lourde de conséquence.

  • Comment sont produits ces « vrais-faux » OGM ?

Par la mutagenèse, qui est une technique permettant les mutations génétiques. C’est à l’origine un phénomène naturel : « Dès les formes primitives de l’agriculture, les plantes différentes (ou mutantes) ont été recherchées. Les premiers agriculteurs ont sélectionné, à l’intérieur de la diversité des espèces, les individus qui avaient des caractères particuliers », indique sur son site le Cetiom, le Centre technique interprofessionnel des oléagineux. « C’est le cas des carottes, rappelle Olivier Le Gall, directeur général délégué aux affaires scientifiques de l’Inra, l’Institut national de recherche agronomique. Jusqu’à la Renaissance, les carottes étaient blanches comme des panais. Mais des mutants spontanés, orange, ont été trouvés dans un champ. Les agriculteurs néerlandais l’ont sélectionné en l’honneur de leur prince d’Orange, et c’est désormais la seule couleur qu’on connaisse à la carotte ». C’est ainsi à la suite de la mutation naturelle d’un tournesol sauvage, devenu résistant à un herbicide répandu sur le soja, que l’entreprise BASF a développé une VTH « naturelle » sous l’appellation Clearfield, et qui est cultivée en France.

Mais les mutations pointées du doigt ne sont pas naturelles mais bien provoquées. Il s’agit, dans le cas qui nous occupe, d’introduire intentionnellement un « trait » de tolérance à un herbicide donné dans le génome d’une plante. Actuellement en France, le tournesol (autre que Clearfield) et le colza sont les seules VTH commercialisées. On les a obtenues grâce à des agents mutagènes, soit chimiques, soit physiques (rayons X, gamma, à neutrons rapides). Ces agents sont dirigés de manière à induire une cassure précise dans le gène ciblé. « C’est la réparation erronée de l’ADN qui provoque la mutation », explique Yves Dessaux, directeur de recherche à l’Institut des sciences du végétal (CNRS) et co-auteur d’une expertise collective Inra-CNRS publiée en 2011 sur les effets agronomiques, environnementaux et socio-économiques des variétés végétales tolérantes aux herbicides [1]. Il explique que cette technique « ne crée pas de nouveaux mécanismes de mutation mais ne fait qu’accélérer des mutations qui se seraient produites naturellement, notamment à cause des UV des rayons solaires ».

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  • Pourquoi en parle-t-on maintenant ?

Ce n’est pas la première fois que les ONG signataires de la lettre alertent sur ces variétés artificiellement mutées. Elles protestent depuis 2010, quand les premiers tournesols rendus tolérants aux herbicides (TH) ont été semés. En dépit de quelques opérations de fauchage volontaire, ces tournesols représentent aujourd’hui environ 10% de la production hexagonale. D’ici quelques semaines, c’est le colza que les agriculteurs français vont semer. Pour la première fois, un certain nombre d’entre eux vont épandre des graines d’une variété rendue tolérante aux herbicides. D’où cette lettre.

  • S’agit-il d’OGM ?

Non, dit clairement la FNSEA (communiqué presse). Car par « OGM », le principal syndicat d’agriculteurs entend uniquement les organismes obtenus à partir de la technique de la transgenèse, soit l’introduction d’un ADN provenant d’une autre espèce. C’était aussi le sens des propos de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, quand il a déclaré, le 30 juillet dernier : « Il faut être précis : ce ne sont pas des OGM mais de la mutagenèse ». Toutefois la directive européenne 2001/18/CE en a une autre lecture. Elle considère bien la mutagenèse comme une technique de modification génétique, donc comme un OGM, qu’elle définit en ces termes : « un organisme, à l’exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ». « Dire comme le font les ONG qu’il s’agit d’OGM ’cachés’ n’est donc pas pertinent puisque oui, ce sont bien des OGM, ce dont la directive ne se cache pas », explique Yves Dessaux. Cependant, la réglementation européenne place les organismes obtenus par mutagenèse hors de son champ d’application. Les plantes issues de cette technique sont donc exemptées des obligations que doivent satisfaire celles obtenues par transgenèse en matière d’évaluation, d’autorisation de mise sur le marché, de traçabilité et d’étiquetage.

Pourquoi ? Corinne Lepage, eurodéputée européenne, a son explication : « Les fabricants d’OGM ont réussi à mettre tout le focus sur la transgenèse, de manière à obtenir de la réglementation qu’elle passe complètement à côté de la mutagenèse. En gros, ils se sont laissés un champ d’action, une porte de sortie ». Yves Dessaux avance une autre raison : « la technique de la mutagenèse est utilisée depuis les années 30, bien avant l’adoption de la directive en 2001. Aujourd’hui, plus de 2200 lignées végétales et 175 espèces – dont les trois-quarts sont destinées à l’alimentation -, sont issues de mutagenèse induite. L’orge qui entre dans la composition du muesli ou de la bière, est issu d’une lignée obtenue par mutagenèse, donc est OGM ! Si on faisait rentrer ces lignées dans le champ d’application de la directive sur les OGM, il faudrait revoir entièrement toute notre alimentation. » Olivier Le Gall, de l’Inra, est d’accord : « il n’y a pas lieu d’appliquer les mêmes restrictions qu’aux transgènes ».

  • Est-ce grave de ne pas les traiter comme des OGM en bonne et due forme ?

Oui, estime Guy Kastler, de la Confédération paysanne. « Les mutations dirigées peuvent provoquer des effets non intentionnels et entrainer des recombinaisons génétiques non prévues. Et rien de cela n’est étudié ! », déplore-t-il. Il pointe également les risques de contamination des parcelles voisines de celles où des VTH sont cultivées, notamment pour le colza, qui se disperse à des kilomètres à la ronde. « Et comme ce sont des variétés brevetées, il se pourrait bien qu’un agriculteur qui se retrouve contre sa volonté voire à son insu avec du tournesol ou du colza TH sur sa parcelle, doive payer des redevances aux fabricants ! », gronde-t-il. Pire, estime Yves Dessaux, « Ces VTH, pulvérisées de désherbant, contiendront forcément des résidus d’herbicides, malgré la réglementation mise en place qui vise à diminuer au maximum l’accumulation dans la plante. Mais dans quelle proportion ? Et avec quels effets sur la santé ? » La question reste ouverte. On connait bien en revanche les effets sur l’environnement : apparition de résistances aux herbicides des adventices, d’où le besoin d’épandre de nouvelles molécules en supplément, et donc d’augmenter les quantités de produits phytosanitaires ; pollution des eaux, des sols ; disparition dans les parcelles d’espèces diversifiées que les abeilles venaient butiner.

  • Que peut faire le ministère de l’Agriculture ?

A quelques semaines des semis de colza, et alors que les agriculteurs ont déjà acheté leurs graines, pas grand chose. Et même si ces variétés de tournesol et de colza TH ne sont pas inscrites au catalogue français des variétés, elles sont répertoriées dans le catalogue européen. Donc « le ministre est un peu coincé. Sauf à démontrer un risque immédiat et majeur pour la santé, il ne peut pas interdire ces VTH, puisque l’Europe les autorise. Même si ce n’est pas dans l’esprit de l’agroécologie qu’il souhaite développer », estime Yves Dessaux. Passer en force provoquerait l’ire des agriculteurs, qui voient dans cette technique un moyen de faciliter leur travail : l’herbicide peut être pulvérisé une fois que les semis ont levé, et sans risque de diminuer les rendements, puisque seuls les adventices réagissent au produit... du moins avant d’y résister.

[1] M. Beckert, Y. Dessaux, C. Charlier, H. Darmency, C. Richard, I. Savini, A. Tibi (éditeurs), 2011. Les variétés végétales tolérantes aux herbicides. Effets agronomiques, environnementaux, socio-économiques. Expertise scientifique collective, CNRS-INRA (France)

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  • Peut importe le vocabulaire. Rendre une plante résistante à un herbicide, ça veut surtout dire qu’on va épandre le-dit herbicide. Et donc affaiblir, sinon tuer l’écosystème environnant. Et vendre des herbicides.

    Elles sont où les promesses de Montsanto, son Maïs qui pousse au Mali ? C’est vous chers agronomes qui constituez des banques de semences, qui préservez la diversité ? C’est vous mêmes qui engagez des lobbies pour mettre VOS semences au catalogue officiel, excluant de facto toute concurrence "déloyale" ?

    "Le terme de contamination est déjà orienté, c’est un mythe d’une nature fixe", si on ne voit aucun mal à utiliser de la transgénèse ou de la mutagénèse, on peut se demander si on souhaite que des gènes de résistance à un herbicide très puissant se retrouvent dans d’autres organismes. Et donc oui, parler de "contamination" c’est engagé, politique.
    Bien sûr que la nature est féconde et qu’elle se reproduit, et que l’homme participe activement à un processus de sélection. Quand il n’utilise pas de clones stériles...

    Le mythe c’est de croire que la science elle seule nourrira l’humanité. C’est aussi un acte politique que de préserver la biodiversité, sélectionner des plantes et des espèces animales sur d’autres critères que la rentabilité. L’homme à un rôle à jouer, mais ce n’est ni chez les pseudo-sciences ni chez la FNSEA qu’il faudra le trouver.

    13.10 à 10h27 - Répondre - Alerter
  • Je retombe sur cet article d’OGms cachés, il était temps de faire une mise au point. C’est un Article de trouille encore une fois. Une mutation ça n’a rien à voir avec l’introduction d’un gène, et que ça se produise "naturellement" ou en l’avançant ça ne change rien sinon par principe sacré non fondé (pour rappel c’est lent, si on devait dépendre de la nature on serait déjà tous morts ! Dame Nature n’est pas très généreuse en matière d’alimentation). Il faudra aller le dire aux agriculteurs bio qui utilisent les plantes issues de la mutagènese. ça existe depuis 1930 est ce grave ? On perdrait des dizaines d’espèces à commencer par le chevrefeuille, des légumes, des oléagineux... Voici une vidéo qui démonte ces balivernes : http://agriculture-environnement.fr....

    Cette obscurantisme anti-science et anti-amélioration variétale n’est pas digne d’un journal économique comme le votre. Que veut la Conf ? Revenir au moyen âge ? Il est vrai qu’on mangeait à notre faim, le problème de la sélection massale c’est que dépendant de nombreux caractères il faut attendre des siècles pour obtenir un bon caractère et encore la productivité ne sera jamais bonne.

    Étonné également de l’appel à la nature qu’on invoque ici allègrement : c’est totalement irrationnel et c’est un sophisme, un journal plutôt à gauche ne devrait pas se baser sur un "ordre naturel", ce n’est pas fondé rationnellement et on sait à quoi ca mène !
    En plus, l’agriculture ce n’est pas naturel,c’est inventé par l’homme, on parle de mutations spontanées ici mais ça a bien été sélectionné par l’homme, sinon bah ça ne serait peut être pas reproduit ! Donc le génome a été aussi modifié sans qu’on ai pu jamais l’évaluer. La CONF ment totalement sur ce sujet : aucune variétés pures, hybrides ou sélectionnées par la main de l’agriculteur n’ont été évaluées aussi rigoureusement que le sont les variétés transgéniques : le génome entier est modifié, et on sait ce que ça peut donner : voir le cas des courgettes de semences paysannes ayant reproduit une toxine éliminée dernièrement en Allemagne (1 mort). Dans le cas de la transgénèse pour le coup on sait ce qu’on fait, c’est encore mieux que la mutagènese et il y un procédure d’évaluation rigoureuse surtout en Europe.

    Pour le reste, encore une confusion, le brevetage concerne toutes les plantes, non ogms comprises, ça n’a rien à voir et d’un point de vue scientifique ça ne suffit pas pour les interdire, il "suffirait" de changer le système économique à coté. Et non ça ne concerne pas les plantes préexistantes, revoyez le droit de la propriété intellectuelle please, on ne brevète que ce qui n’existe pas dans la nature ! Jusqu’à présent le brevetage de gène n’est pas possible, hormis ce qui est dérivé (genre ADNc ADN complémentaire car il y a un savoir faire, des techniques développées derrière).

    En plus on oublie le COV en Europe qui n’est pas un brevet et pour avoir assisté aux conférences de la CONF là dessus, ils exagèrent, ils le savent très bien et le disent. Je ne reviendrai pas sur la polémique du catalogue qui est une garantie de sécurité et de biodiversité pour l’agriculteur, ce sont eux qui l’ont demandé bien avant les semenciers. Il y a un très bon article pour expliquer son intérêt et c’est la garantie de la sécurité alimentaire : http://www.pseudo-sciences.org/spip...

    On parle d’ailleurs de dissémination, bah si pas de catalogue, on fera comment pour controler l’échange et le resemis des semences paysannes ? Bonjour les disséminations multiples encore une fois avec les plantes sauvages et ornementales ! Le colza c’est une chose mais il n’y a pas d’OGms encore, et le Mais ne pose pas de problème puisque c’est une plante d’origine tropicale (la pomme de Terre d’ailleurs aussi...), il n’y a donc pas d’équivalent sauvage. Il est faux de dire qu’il y a un risque de dissémination sauf chez le non ogms, ça il existe aussi des techniques de coexistence... Et c’est pareil pour toute variétés, les sous espèces non ogms peuvent se féconder entre elles. Le terme de contamination est déjà orienté, c’est un mythe d’une nature fixe, ça n’existe pas, l’écologie c’est le règne de la variabilité et de hétérogénéité.

    D’ailleurs pour reprendre le commentaire précédent : on ne fait pas un végétal pour faire marcher l’industrie, mais pour que ça marche aussi chez l’agriculteur et qu’il ai des revenus corrects avec de la production nécessaire pour nourrir une population croissante ! Cessons cette vision caricaturale. Par ailleurs, pour avoir nourri 3 milliards de personne en moins de 50 ans, il est indécent de penser que cela servirait uniquement à faire marcher l’industrie. Que propose Terra Eco pour nourrir demain 10 milliards de personne en garantissant une sécurité alimentaire irréprochable ?

    Le militantisme de la CONF fait penser au lyssenkisme, à l’exception qu’aujourd’hui on propose des solutions anciennes et traditionnelles comme solutions uniques (bien entendu) à tous les problèmes rencontrés par une crise. C’est une pseudo science et ce n’est pas compatible avec les défis de demain.
    Tout ça pour dire qu’il y a une multitude de solutions agro-écologiques (qui n’est pas un dogme, qui a dit que les ogms y étaient incompatibles justement si on réduit les pesticides ?) et qu’on ne va pas commencer à revenir en arrière en s’attaquant à des plantes jugées non pures génétiquement (d’ailleurs ça rappelle d’autres choses...) ;

    Un ingénieur agronome

    6.10 à 14h37 - Répondre - Alerter
  • il était temps que l’on mette les définitions sur la table. Je me heurte à chaque discussion avec des ’écolos’ à cet écueil de terminologie...qui cache souvent une peur irraisonnée.
    Alors qu’est ce qui compte au final :

    La méthode de production d’un OGM (l’article rappelle que cela se faisait artisanalement depuis 1930...) ?
    L’objectif à atteindre (obtenir un végétal qui fasse marcher l’industrie, au sens le plus large du terme) ?
    L’atteinte à une forme sacrée de la nature, jugée à tort intangible ?
    La recherche du profit quel qu’en soit le prix à payer...par les consommateurs ?
    Le brevet du vivant préexistant depuis des millions d’années ?

    Chaque cas devrait être traité, autorisé ou non avec un recul certain mais aussi loin des lobbies car chaque cas peut être très différent des autres.
    A titre personnel je trouve simplement scandaleux qu’un agriculteur voit ses choix réduits par des directives Européennes ou des lois plus hexagonales décidant à sa place de ce qu’il peut ou non semer : OGM, semences ’contrôlées’ et ’certifiées’ ou ses propres semences à l’ancienne.
    Merci en tout cas pour cet article qui éclaire d’une lueur prometteuse les débats à venir.

    9.08 à 22h02 - Répondre - Alerter
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