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12-04-2013
Mots clés
Transports
France
Reportage

A Notre-Dame-des-Landes, l’espoir germe au printemps

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A Notre-Dame-des-Landes, l'espoir germe au printemps
(Crédits photos : Sébastien Salom-Gomis - sipa / Thibaut Schepman)
 
Prudents, mais déterminés, les habitants de Notre-Dame-des-Landes croient de plus en plus à l’abandon du projet. Et s’inventent un futur après la lutte.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Devant nous, la voici enfin, cette zone humide, devenue terre d’affrontements. Elle porte bien son nom, en ce matin d’avril hivernal. Le soleil se reflète à peine dans les fossés à ras bord. La zone est calme. Depuis quatre mois, une trêve a été négociée sur la ZAD (« Zone d’aménagement différé » pour les uns, « Zone à défendre » pour les autres), le temps que trois commissions se penchent sur les aspects techniques du dossier Notre-Dame-des-Landes. Restent les stigmates des combats passés. Ici, une palette dans un arbre, là une route défoncée par les barricades. En entrant, l’un des gendarmes qui barrent l’accès au site a lâché, en examinant notre carte de presse : « Faites attention quand même. On voit toutes sortes de gens, ici. »

Cet ancien champ de bataille n’est pas un no man’s land. Une centaine de personnes ont passé l’hiver sur ces 1 650 hectares de terres destinées à l’aéroport. A commencer par les six agriculteurs expropriés qui ont refusé de quitter le site. On croise Bruno, devant son exploitation laitière. Au même moment, la factrice lui livre son courrier. « Tant qu’il y a du monde, je distribue », répond-elle devant notre étonnement. Même les lettres pour les « zadistes », ou ayant pour adresse les noms des lieux-dits inventés par les occupants, trouvent maintenant leurs destinataires. Une routine s’est installée.

Celle de Bruno, qui est né ici, a peu changé avec l’expropriation : « On doit traire les vaches deux fois par jour, elles n’attendent pas. » La veille, les commissions ont enfin rendu leurs rapports. Le projet est validé, mais doit être corrigé. Dans la ZAD, ni fête, ni effusions. Mais on se réjouit : « Bien malin qui sait ce qui va arriver, dit l’éleveur. Mais on gagne du temps et on pense qu’il joue pour nous, donc on y croit de plus en plus. »

Astérix et poèmes

Sylvain Fresneau arbore un catogan et une moustache longue, celle d’Astérix et de José Bové. Il fait visiter La Vache Rit. Le nom fait référence à La Bergerie, site symbolique de la lutte du Larzac, dans les années 1970. Aux murs, des archives, des poèmes et des tracts. Eleveur laitier, il préside l’Adeca, l’Association de défense des exploitants concernés par l’aéroport, cofondée par son père, en 1972. Il se dit prudent, mais son discours est optimiste. « On n’attendait rien de ces commissions, mais elles ont confirmé nos arguments. Et la méthode inventée par Vinci (titulaire de la concession de l’aéroport, ndlr) pour compenser les terres agricoles a été rejetée. C’est une victoire, parce qu’elle aurait fait jurisprudence. Et c’est peut-être ce point-là qui va nous sauver. »

Son portable sonne, beaucoup. Il filtre. il pense aussi à demain. Quand « tout ça sera fini », il espère « passer en bio ». Mais avant, « quand les beaux jours seront revenus », il n’aura plus le temps « pour tout ça ». D’autres viendront, plus nombreux, ceux qu’on appelle « les zadistes », « les jeunes » ou « les squatteurs ». « On n’a aucun problème avec eux. Moi aussi, je suis un squatteur. Il y a juste quelques extrémistes. Il y a un jeu de chat et de la souris entre eux et les flics, qui les réveillent parfois à 7 heures du matin. J’ai peur que ça dégénère et qu’on dise que les opposants sont violents. » Parole prémonitoire, quelques jours après notre passage, le 15 avril, des affrontements opposaient gendarmes et « radicaux ».

Paul est un « zadiste ». Il est ce jour-là à la ferme Bellevue, à deux kilomètres de La Vache Rit, pour une réunion. Rennais, il milite dans la ZAD depuis trois ans. Dans quelques jours, il s’installera ici, avec une dizaine d’autres militants, pour produire du blé. Ils espèrent alimenter la zone en pain, projettent une ruche et des vignes expérimentales. « Il y a eu des crispations fortes entre des gens qui voulaient s’attaquer au projet sur le fond et des gens, comme moi, qui ont cru en des actions sur le terrain, mais aujourd’hui on réussit à composer ensemble. » S’il veut cultiver la terre, c’est pour occuper le terrain, mais pas seulement. « On veut bousculer notre rapport à la vie collective et à l’agriculture. Ici, on a une occasion en or de le faire. »

Cyril, éleveur laitier avec sa sœur, non loin de la ZAD, se consacre presque à temps plein à « la lutte », depuis six mois. « On a empêché des destructions, comme celle de la ferme où l’on se trouve. Maintenant, on veut construire et faire de cette ferme un lieu d’expérimentation de l’agriculture alternative. » Ici, on multiplie les projets agricoles, sur 50 hectares, et on pense à long terme. Depuis quand ? « Avant l’automne, on ne savait plus trop quoi faire. Et d’un coup, devant la violence des expulsions, beaucoup de gens nous ont rejoints, ça nous a confortés », se souvient Cyril. Paul, stratège, remonte au mois de mai : « Pour être nommé Premier ministre, Jean-Marc Ayrault a dû mettre fin à la grève de la faim. Ils ont négocié l’arrêt des expulsions jusqu’à la fin des recours en justice. Avant cela, le temps jouait pour eux ; maintenant, c’est nous qui avons un coup d’avance. »

« Fête de la victoire »

Dans son local installé dans le bourg de Notre-Dame-des-Landes, Julien Durand, président de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Acipa) et anti-aéroport depuis quarante ans, tente d’anticiper « les coups » à venir. Des semis, une chaîne humaine. Et des opérations juridiques, avec quatre avocats bénévoles. « On bloque le projet petit à petit, en le retardant. On va aboutir à une sorte de moratoire », prédit-il. Il invite à un festival dans la ZAD, les 3 et 4 août prochains. « Peut-être la fête de la victoire », glisse-t-il dans un sourire. —
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