publicité
Accueil du site > Actu > Politique > G20 : un compromis presque schizophrène
28-06-2010
Mots clés
Développement
Macro-économie
Monde
Canada

G20 : un compromis presque schizophrène

Taille texte
G20 : un compromis presque schizophrène
(Crédit photo : pjs_deceased - Flickr)
 
Réunis ce week-end à Toronto, les membres du G20, qui représentent plus de 85% du produit mondial brut, ont fini hier soir par accoucher d’une souris.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
SUR LE MÊME SUJET

Quand on arrive difficilement à s’entendre à 8, comment le faire à 20 ? C’est ce qu’a laissé entendre dimanche 27 juin le Premier ministre canadien Stephen Harper. Selon Dominique Strauss-Khan, patron du FMI (Fonds monétaire international), l’accord a même été si dur à formuler que les participants ont mis 45 heures à rédiger le communiqué final.

A l’origine pourtant, le G20 [1] affichait un menu fort alléchant : croissance soutenable, réforme du secteur financier, réforme des institutions financières internationales, rééquilibrage du commerce international... Or qu’a-t-on vu à l’issue de ce grand rendez-vous, qui aura coûté soit dit en passant 940 millions d’euros ? Des mesures « à la carte » destinées à ménager la chèvre et le chou.

C’est à la faveur de la crise que le G20 avait gagné ses lettres de noblesse, en passant d’un sommet de ministres des Finances à un sommet de chefs d’État. Mais contrairement aux sommets de Londres et Pittsburgh organisés en pleine tourmente économique, les signes de reprise de part et d’autre de la planète ont bousculé cette année l’esprit collectif.

Accord a minima

Pour tenter de combler le fossé entre les pays endettés à croissance déprimée (Grande-Bretagne, Allemagne, France...), partisans de la rigueur budgétaire d’une part, et les pays émergents (Brésil, Inde, Chine...) rejoints par les États-Unis d’autre part, qui pensent que la rigueur ne peut que couper l’herbe sous le pied de la reprise, le G20 a abouti à un compromis presque schizophrène. Les pays développés s’engagent à réduire leur déficit budgétaire de moitié d’ici 3 ans, mais les autres peuvent poursuivre leurs plans de relance pour soutenir la reprise, à condition que le tout se fasse de façon concertée.

Si la réduction des déficits apparaît comme atteignable - Japon mis à part - l’autre engagement pris à Toronto, à savoir la stabilisation du ratio dette/produit intérieur brut (PIB) d’ici 6 ans, s’annonce plus délicat à tenir, en particulier pour les États-Unis.

Pas de taxes globales

Le G8, donc a fortiori le G20, a échoué vendredi à valider l’idée d’une taxe bancaire globale. La faute à des pays comme le Canada, qui n’a pas été contraint de renflouer ses banques au pire de la crise, et ne voit donc pas pourquoi il devrait les mettre à contribution. Toutefois, la taxation sur les banques, même à la carte pour les pays qui en voudraient, est désormais reconnue comme légitime par le G20. « Nous nous sommes entendus sur le fait que le secteur financier devrait contribuer de manière substantielle et équitable à la prise en charge du fardeau lié aux interventions du gouvernement, lorsqu’elles se présentent, visant à remettre en état le système financier ou à financer le règlement, et à réduire les risques découlant du système financier, précise le communiqué final. Nous avons reconnu qu’il existe une série d’approches stratégiques à cet égard. Certains pays ont choisi une taxe financière. D’autres ont adopté une approche différente. »

Pas de mesure concrète non plus sur la taxation des transactions financières, à laquelle s’oppose toujours les États-Unis. Quant à la réforme de la régulation financière, elle repose principalement sur le renforcement des normes de fonds propres obligatoires imposées aux banques. Et celles-ci ont encore un peu de temps pour s’y préparer.

Colère des ONG

Grosse déception du côté des ONG qui n’ont pas manqué de rappeler qu’une taxe sur les transactions financières aurait pu aider à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement fixés par les Nations Unies. « Score nul contre la pauvreté » titre Oxfam. « Après le G8 qui a botté en touche sur l’aide, les membres du G20 ont raté une occasion de marquer des points contre la pauvreté en refusant de se diriger vers une taxe Robin des Bois sur le secteur financier et bancaire », a souligné Mark Fried, porte-parole de l’ONG.

Quant à la question des énergies alternatives, dont le développement doit permettre de lutter contre changement climatique, elle a été renvoyée aux calendes grecques. Il y avait huit références dans le texte de Pittsburgh, contre zéro à Toronto note Kim Carstensen, de l’ONG WWF. L’environnement est passé à la trappe. Même les conséquences de la marée noire du Golfe du Mexique n’ont donné lieu qu’à une creuse déclaration pour « reconnaître la nécessité de mettre en commun les pratiques exemplaires en vue de protéger le milieu marin, de prévenir les accidents liés aux activités d’exploration et de développement pétroliers en mer, ainsi qu’au transport, et à en gérer les conséquences. »

Le prochain sommet du G20 se tiendra à Séoul (Corée du Sud) en novembre, à quelques jours l’ouverture de la conférence internationale sur le climat de Cancùn. Il sera cette fois difficile aux chefs d’États de faire l’impasse sur ces questions.

[1] États-Unis, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Chine, Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Corée du sud, Indonésie, Mexique, Turquie, Canada, Australie, Argentine, Union européenne

Sources de cet article

- La déclaration
- Le site d’Oxfam
- Le verbatim des Echos

Faites réagir vos proches, diffusez l'info !
Vous aimez Terra eco ? Abonnez-vous à la Newsletter
TOUS LES COMMENTAIRES
COMMENTAIRES SÉLECTIONNÉS
RÉPONSES DE LA RÉDACTION
Trier par : Plus récents | Plus anciens
Affichage : Voir tout | Réduire les discussions
Soyez le premier à réagir à cet article !
PUBLIER UN COMMENTAIRE

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

  • Se connecter
  • Créer un compte

publicité
publicité
publicité
SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
publicité