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Mettre l’état de la nature en chiffres : pour quoi faire ?

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Mettre l'état de la nature en chiffres : pour quoi faire ?
(Crédit photo : woodleywonderworks/Flickr)
 
A la Conférence sur la biodiversité de Nagoya, la Norvège a fait beaucoup de bruit en lançant un indice pour mesurer l'état de la nature. Mais quelle en est vraiment l'utilité ? La France devrait-elle en prendre de la graine ? Eléments de réponses.
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Un indice sur l’état de la nature, késako ?

C’est « le premier indice au monde » permettant de mesurer l’état de la nature a annoncé la délégation norvégienne lors de la Conférence sur la biodiversité de Nagoya. L’idée de la Norvège ? Regrouper les très nombreuses statistiques et données qui existent sur le thème en un seul indice. Un peu comme l’indice de développement humain qui, en réunissant des données aussi variées que l’accès à l’eau, le taux d’alphabétisation ou le Produit intérieur brut (PIB) par habitant, est devenu une référence sur les inégalités de développement entre pays. Le cocktail norvégien comprend, lui, plus de 300 indices allant de l’état des forêts au nombres de prédateurs ou d’espèces rares dans chaque région.

A quoi ça sert ?

« Cet outil est surtout intéressant pour mesurer les évolutions dans le temps », estime Eloi Laurent, économiste et conseiller scientifique à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le centre de recherche en économie de Sciences po. Les données compilées s’étendent en effet sur les vingt dernières années et dans toutes les zones géographiques du pays. La Norvège a ainsi pu mesurer chez elle que ce sont surtout ses forêts et ses plaines qui ont été polluées ces dernières années. Elle devrait donc prendre des décisions en conséquence. Pour Thierry Lucas, chargé de la stratégie paneuropéenne de la biodiversité au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), « la Norvège possède un cadre législatif strict, et toutes les décisions doivent y être prises en fonction du principe de précaution et selon une approche par écosystèmes. Cet outil était donc nécessaire et va devenir un outil de référence ». Bien décidée à préserver ses fjords, la Norvège s’est équipée.

Peut-il chiffrer les services rendus par la nature ?

On sait qu’aujourd’hui, une bonne marée noire peut faire augmenter le PIB d’une nation. Pas très durable comme outil. L’initiative norvégienne peut-elle remplacer la star des indices par un indicateur qui intègre la valeur de la nature ? « Ce peut être un excellent outil qui pourrait venir en aide aux comptes nationaux. Ce n’est pas encore le cas avec l’indice mais c’est un très bon point de départ », estime la vice-ministre de l’environnement norvégienne Heidi Soerensen dans le Monde. Eloi Laurent, spécialiste de la question, est un peu plus mesuré. « Il faut s’équiper intellectuellement pour poser la question de la soutenabilité. L’initiative norvégienne va dans ce sens mais c’est encore très différent d’un PIB vert ou d’un indice de développement humain tenant compte de la durabilité. » Manquent en effet à cet indice des données sur le capital humain et le capital social et surtout un plafond à ne pas dépasser. Chiffrer l’état de la nature est une chose, trouver le seuil de durabilité en est une autre. Et il faudra encore du travail pour y arriver.

Faut-il imiter la Norvège ?

Si chacun s’accorde à louer les vertus de l’outil, personne ne semble se précipiter pour l’imposer à l’échelle mondiale. « Le processus d’élaboration de ce type d’indicateurs doit impérativement comprendre une consultation précoce et régulière avec l’utilisateur final », souligne Tristan Tyrrell, du Partenariat pour les indicateurs de la biodiversité, soutenu par l’ONU. Selon lui, le risque de voir les décideurs « mal comprendre les détails techniques de l’outil, comme la pondération des facteurs » est réel. Les dirigeants de la planète n’arrivent déjà pas à se mettre d’accord pour fixer des objectifs communs de réductions des émissions de CO2, on les voit mal se mettre autour de la table pour bâtir un tel outil en coopération !

Si la démarche semble compromise à l’échelle globale, peut-on imaginer que la France imite les Norvégiens ? Jean-Philippe Siblet, directeur du SPN, le Service du patrimoine naturel (1), n’est pas de cet avis. « Il est très difficile de mettre en équation le vivant. Vouloir trouver un indicateur universel et reproductible partout serait dangereux », prévient-il. « La France, avec son climat méditerranéen a une plus grande diversité de paysages que la Norvège. Réaliser un indice fiable coûterait donc une fortune parce que l’on ne pourrait pas, contrairement à la Norvège, faire des extrapolations entre les zones similaires et il faudrait énormément de mesures sur le terrain », détaille-t-il.

La France déjà outillée

Le directeur du SPN préfère que la France en reste à ses indicateurs actuels. « Nous avons commencé il y a trente ans l’inventaire de la nature remarquable en terme de biodiversité (les Znieff, les Zones naturelles d’intérêt faunistique et floristique, ndlr). Nous étions les pionniers en Europe. Cette carte ne couvre peut-être que 25% du territoire national mais ce sont uniquement des données de terrain très fiables. » Et un Observatoire de la biodiversité est prévu par le Grenelle de l’environnement. « Son but est de traduire les questions de société en interrogations scientifiques et d’y répondre par une réunion organisée de la masse des outils et des indicateurs utiles et disponibles. » Un exemple ? « Si l’on se demande demain quel impact aura sur la nature une augmentation de la surface couverte en panneaux solaires, il faudra quelqu’un qui chapeaute la batterie d’indicateurs déjà disponibles, dont le très vaste inventaire national du patrimoine naturel (INPN) réalisé par le SPN depuis 2002, pour y répondre. L’Observatoire de la biodiversité s’en chargera ». Espérons donc que cet observatoire ne s’ajoute pas à la liste des déceptions du Grenelle et que les indices sur la nature restent une question d’actualité.

(1) Organisme dont la fonction est d’optimiser la collecte et la diffusion d’informations sur le patrimoine naturel (animaux, végétaux, habitats et patrimoine géologique).

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