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8-06-2010
Mots clés
Transports
Energies
Chine

L’avion chinois aux agrocarburants, une idée durable ?

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L'avion chinois aux agrocarburants, une idée durable ?
(Crédit photo : boeingdreamscape - Flickr)
 
La compagnie Air China, le pétrolier Petrochina et le constructeur Boeing vont faire voler un appareil qui carbure à l'huile de jatropha, un arbuste originaire d'Amérique du Sud. Une plante miracle ? Rien n'est moins sûr…
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Les carburants de substitution sont de retour : après la mauvaise presse réservée aux agrocarburants de première génération, la seconde et la troisième arrivent dans les réservoirs. Et la Chine compte bien se placer sur le créneau… aéronautique. Pour ce faire, elle mise notamment sur le jatropha curcas, arbuste buissonnant qui offre des graines riches en huile non comestible. En 2007 déjà, elle ensemençait des terrains particulièrement peu propices à l’agriculture : des anciennes terres forestières ou des anciens terrains miniers dans des régions pauvres (Yunnan, Guanxi, Sichuan, Hunan et Guizhou). Après ces quelques années de culture à large échelle, Pékin passe à la vitesse supérieure avec un premier vol qui sera réalisé en partie grâce à des technologies étrangères. C’est l’objet du partenariat signé fin mai entre le constructeur Boeing – qui a déjà réalisé de tests grandeur nature – la compagnie Air China et le pétrolier Petrochina.

Originaire d’Amérique du Sud, le jatropha présente plusieurs avantages : il pousse sur des terres arides et hostiles, ne consomme pas trop d’eau et n’a pas d’impact direct sur le cours des prix des denrées, car il n’est pas comestible. Alors, solution miracle ? « C’est difficile à dire », estime Rob Earley, responsable du programme transports à faible intensité carbone au sein de l’ONG ICET (Innovation Center for Energy and Transportation). « On dit beaucoup que le jatropha pousse sur des terres qui ne servent pas à l’agriculture mais en réalité les plantes ont toujours besoin d’engrais et d’irrigation pour produire une quantité suffisante de fruits. Or ce sont souvent les terres agricoles qui sont choisies après des tentatives infructueuses sur des terrains pauvres », explique-t-il.

Manque de transparence

Autre problème : le manque de transparence de la recherche et le risque de perte de biodiversité en cas de monoculture. Sans compter les soucis générés dans le choix des terrains, comme en Inde où les terres réquisitionnées, en principe infertiles et dégradées, ne l’étaient en fait pas tant que ça aux yeux des paysans locaux. Pour Rob Earley, « beaucoup reste donc à faire concernant l’évaluation de la soutenabilité du jatropha ».

C’est aussi l’avis de Christian Berdot, référent agrocarburants pour les Amis de la Terre France : contrairement au « miracle » annoncé, la culture du jatropha pourrait se faire selon lui au détriment de la production alimentaire, puisque les rendements peuvent parfois être multipliés par 10 sur des terres agricoles irriguées. « De toute façon, on ne pourra pas arrêter le gaspillage actuel en développant une quelconque ressource alternative. Pour moi, les agrocarburants sont un alibi qui sert à poursuivre le business “as usual”. Ils ne font que mettre une béquille sur un système défaillant. »

« Derrière le jatropha, il y a un mythe »

Au niveau mondial, ce mouvement des agrocarburants s’accompagne par ailleurs d’un accaparement des terres agricoles par certains états, dont la Chine. « Derrière le jatropha il y a un mythe et une énorme opération de communication, poursuit Christian Berdot. C’est un peu comme le cas des OGM qui devaient résoudre, selon les industriels, le problème de la faim dans le monde. » Or ce sont souvent des banques ou des groupes industriels qui se saisissent de ces terres, à la recherche d’un retour rapide sur investissement.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, la tendance est à l’augmentation du rythme des vols utilisant des agrocarburants, estime Alice McKeown Jasperson, coauteure d’un rapport sur les agrocarburants pour le Worldwatch Institute, « ce qui n’est guère surprenant étant donné que les compagnies aériennes souhaitent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre », aujourd’hui estimées à 2% à 3% des émissions totales selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec). L’ambition de l’industrie aéronautique : réduire de 50% ses émissions en 2050 par rapport à 2005. Le groupe EADS présentera d’ailleurs cette semaine au salon de l’aviation de Berlin un bimoteur Diamond DA42 qui carbure… aux algues.

Sources de cet article

- Le jatropha en Inde
- Le site Paperblog
- Worldwatch

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